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Comme parents, on sait que nos petits sont loin d’être toujours des anges. Alors imaginez ce que c’est que d’en gérer des dizaines avec leurs particularités bien attachantes (ou pas) tous les jours de la semaine de septembre à juin. Entre ça et faire le tour de la Lune dans une capsule pas de toilettes, pas certain de ce qui est le plus relax.
Et c’est sans compter la gestion des parents de ces petits trésors, qui peut ajouter une couche de désagréabilité non négligeable au métier de prof. Mais justement, quels sont les types de comportements de parents les plus irritants en milieu scolaire? J’ai sondé les profs de mon entourage pour le savoir.
*Marie est technicienne en éducation spécialisée (TES) dans une école primaire publique de la Rive-Sud de Montréal. Elle a souvent remarqué que des parents, pour accélérer la routine du matin par exemple, aident leurs enfants à réaliser des tâches qui ne devraient pas nécessiter d’aide, comme s’habiller en hiver.
«À l’école, l’enfant devient dépendant de l’adulte et a de la difficulté à devenir autonome. Il est moins débrouillard.»
Et ça, en plus de faire de la peine à Gregory Charles, ça n’aide certainement pas l’enfant dans son développement.
De son côté, *Jean-Luc, enseignant en secondaire 2 dans une classe de type soutien, se rappelle d’un élève avec une mesure adaptative qui avait l’autorisation d’utiliser un ordinateur portable dans son plan d’intervention. En plein examen, l’enseignant a remarqué que les mains de l’élève étaient posées sur son bureau et que le texte s’écrivait tout seul à l’écran. Quelqu’un tapait le texte à distance pour lui venir en aide. Confrontée par la direction, sa mère a toujours nié malgré les preuves et a fait changer son enfant d’école grâce à une dérogation. Un subterfuge digne de Messmer.
«Cette peur demesurée du parent est transmise à l’enfant, qui devient lui-même souvent craintif et peu confiant en ses moyens.»
Laisser les tout-petits se péter la gueule de temps en temps, ça coûte plus cher en diachylons à court terme, mais pas mal moins en psy à long terme.
*Bobby, travailleur dans un camp de jour, se rappelle d’un enfant de 11 ans, dont la mère avait clairement un manque de confiance envers le personnel et/ou son enfant et qui avait tout simplement décidé d’accompagner le groupe lors d’une sortie à la Ronde.
«C’était tellement malaisant pour tout le monde parce que c’était une maman avec une vibe de parent sévère qui chicane les amis de ses enfants. Les kids disaient juste pas un mot… » La ride de Goliath la plus silencieuse de l’histoire de la Ronde a été réalisée cette journée-là.
*Karolyne, enseignante en 2e année dans une école primaire publique, a déjà senti que des parents croyaient qu’elle était à leur service, notamment pour des tâches qui n’avaient rien à voir avec celles liées à l’enseignement. Un père lui a déjà demandé d’agir comme intermédiaire pour une vente entre deux parents d’élèves de sa classe, du genre
«Prends le manteau de Brayden dans son sac, vérifie qu’il est en bonne condition et si tout est beau, mets-le dans le sac de Jacob.»
Toute autre tâche connexe pour une prof, ça me surprendrait que ça comprenne de faire de la coordination Marketplace.
Certains parents dont les enfants démontrent des signes de troubles de comportement ou d’apprentissage ont tendance à se mettre la tête dans le sable jusqu’à ce que la réalité finisse par les rattraper.
Les enfants-rois, ça vous dit quelque chose? Eh bien, ils sont maintenant parents. Et plutôt que de demander un Xbox pour la St-Valentin, ils exigent tout, tout de suite, mais à l’école. Karolyne se rappelle de parents qui ne répondent pas à ses courriels, ne retournent pas les appels, mais se pointent sur l’heure du midi en demandant de voir la direction. L’histoire ne dit pas s’il faut dérouler un tapis rouge à leur arrivée.
Il y a aussi ceux qui se pointent en retard pour les rencontres de 15 minutes avec le prof et ne comprennent pas que tous les autres rendez-vous ne peuvent être décalés.
Ou encore pire : une mère qui entre dans la classe pendant une discussion et demande au parent qui parle avec l’enseignante de quitter puisqu’elle doit se rendre à l’aéroport. Un chausson avec ça?
Des gens du milieu scolaire doivent même parfois faire face à des commentaires critiques, voire désobligeants, de parents, alors que leur petit bout de chou est à leurs côtés, ce qui n’encourage pas l’élève à démontrer du respect envers ceux et celles qui jouent un rôle prépondérant dans son éducation. Et après ça, il faut essayer de lui faire aimer les mathématiques…
*Tous les noms des personnes qui témoignent dans cet article ont été modifiés pour préserver leur anonynmat.
J’en ai déjà parlé dans un article, mais la prise de risques est essentielle pour le développement des enfants. C’est ne donc pas rendre service à sa progéniture que de la surprotéger en lui évitant le moindre danger. Il arrive fréquemment à *Geneviève, TES, de rencontrer des parents insécures et anxieux qui empêchent carrément leurs amours de participer à des activités parascolaires ou sorties pour éviter un risque potentiel.
D’autres parents lui font parfois des demandes bien spécifiques, qui exigeraient pas mal de boulot supplémentaire, comme de préparer des travaux et exercices à faire durant l’absence d’un élève parce que sa famille voyage. «Désolé, mais c’est vous qui avez décidé de partir pendant deux semaines de classe. Je n’ai pas à vous fournir de matériel», qu’elle leur explique avec un maximum de tact. Tant qu’à moi, juste un «Non lol» comme réponse devrait suffire.
*Cassandra, une professeure avec un parcours en adaptation scolaire, sait déceler ces signes et essaie d’aborder le sujet rapidement avec les parents afin que l’élève reçoive le diagnostic approprié et l’aide requise, sauf qu’elle se bute souvent à de la résistance en raison d’un tabou persistant. Or un enfant qui n’est pas pris en charge devient un fardeau dans la classe et risque d’avoir de grandes difficultés dans son parcours scolaire. Un peu comme le REM en panne en pleine nuit sur la ligne Deux-Montagnes, métaphoriquement. Genre.
*Fanny, également TES, rencontre à l’occasion des parents qui refusent les services de l’école (professionnels, orthopédagogie, évaluation psychologique) après qu’une demande ait été placée par des intervenants et intervenantes de l’établissement. «Cette décision nuit au développement de l’enfant puisque s’il y a une demande, c’est que l’élève a un réel besoin. Ça s’explique souvent par un clash culturel et une méconnaissance du système plutôt que d’une mauvaise intention», avance-t-elle. C’est au moins ça.
Il n’y a pas si longtemps, l’autorité des profs et des membres du personnel scolaire n’était jamais remise en doute. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Il n’est pas rare que Geneviève voie des parents questionner les décisions de l’école en rapport avec les agissements de leur enfant, parfois même devant lui. «L’enfant y voit tout de suite une faille et comprend que peu importe, le parent sera de son côté. L’école perd un peu de sa crédibilité, ce qui est très nuisible pour l’élève.», explique-t-elle.