Les 5 suggestions de lectures d’été de Manon Grenier

Manon a quelques romans à vous impos- euh suggérer…

J’vais pas rentrer dans les détails, mais voilà, j’ai été bannie de la bibliothèque municipale de Blainville. Tout c’que je peux dire, à ce stade-ci de l’enquête, c’est que j’ai eu un différend avec une borne libre-service.

Oui, c’était dans ma bucket list d’être un jour qualifiée de persona non grata quelque part, mais là, franchement, la bibliothèque me manque.

Ce dont je m’ennuie, surtout, c’est de faire des suggestions de lectures aux gens. Ç’a toujours été mon p’tit plaisir: me tapir dans une allée, attendre les lecteurs dans l’détour pour les assaillir de prescriptions littéraires non sollicitées. 

Donc, à défaut de pouvoir remettre les pieds à la biblio, permettez-moi de le faire ici. 

Alors voici mes cinq suggestions de lectures d’été. Pis j’entends pas « lectures d’été » dans le même sens que « théâtre d’été ». C’pas parce qu’il fait beau qu’on est obligés de s’abrutir.

(En passant, puisqu’on est dans le sujet, j’trouve ça vraiment de valeur qu’il y ait une limite d’âge pour s’inscrire au Club des aventuriers du livre. Voilà. Fallait que ça sorte.)

SUZANNE TRAVOLTA – ÉLISABETH BENOIT

Mon coup de coeur de l’année. Pour décrire ce livre à mes amies, je dis toujours que c’est Burn After Reading dans le Mile-End.

Le point de départ, c’est le suicide d’une femme qui se fait appeler « la Marie-Jo ». Ça secoue ses voisins de la rue Waverly, dont Suzanne Travolta, qui se retrouve mêlée à la famille de la défunte. À ceci s’ajoute une deuxième couche narrative : pour des raisons pas tout à fait claires, Suzanne est épiée par deux inspecteurs.

Chaque personnage est donc l’objet de fascination d’un autre: tout le monde est à la fois l’épieur et l’épié, l’observant et l’observé. Ça nous est présenté à coups de racontars et de ragots, donc c’est souvent très drôle, et puis l’écriture a quelque chose d’hypnotisant, d’addictif : notre regard glisse sur les mots comme dans du babeurre. Pis j’suis un peu jalouse, parce que le livre réussit ce que j’essaye de faire sur une base quotidienne : élever la médisance au statut d’Art.

 Aussi, ça m’a donné envie de télécharger l’application Parcomètre, de descendre à Montréal pis d’aller faire un pèlerinage à thématique Suzanne Travolta dans le Mile-End.

PRÉDATRICE – ALISSA NUTTING

Celui-là, c’est ma coiffeuse qui me l’a conseillé.

« Ça s’appelle Prédatrice », qu’elle m’a soufflé à l’oreille directement après sa gorgée de café brûlant, de sorte que l’intérieur de mon lobe s’est momentanément rempli de condensation (après ça j’ai été pognée pendant quatre jours avec un climat tropical humide dans les canaux auditifs).

Si Prédatrice fait partie des livres dont on parle à voix basse, c’est parce que son contenu est carrément scabreux. Tu ne veux pas être associé à c’te bouquin-là.

Si Prédatrice fait partie des livres dont on parle à voix basse, c’est parce que son contenu est carrément scabreux. Tu ne veux pas être associé à c’te bouquin-là. Ça parle d’une jeune enseignante au secondaire qui entretient des liens malsains avec ses élèves. Elle multiplie les ruses et les tours de passe-passe pour se sexualiser auprès d’eux (exemple : prendre un deux menutes avant le début du cours pour aller se crisser devant le climatiseur afin de se faire durcir les mamelons).

Ça te chamboule les moeurs, c’est outrageux, certes, mais y’a une bonne dose d’humour noir qui vient tempérer les propos indécents de la narratrice. Pour la petite histoire, y’était censé avoir une adaptation cinématographique réalisée par Harmony Korine, le réalisateur fétiche de tous les cégépiens de la province. Le projet semble être tombé à l’eau, pis c’est peut-être mieux de même. 

MRS FLETCHER OU LES TRIBULATIONS D’UNE MILF – TOM PERROTTA

Tom Perrotta est un de mes romanciers fétiches, parce que 1) c’est un sacré bon observateur de la nature humaine et 2) son sens de l’humour décape tel du Purell sur une cuticule.

J’vous présente son p’tit dernier. Laissez-vous pas abattre par le navrant « les tribulations d’une MILF » qu’on retrouve dans le titre : le roman est beaucoup plus nuancé et subtil que ça. C’est une conversation intergénérationnelle sur la sexualité, une comédie de moeurs à la fois brillante et dingo. J’aime ce livre d’amour. 

En gros, ça raconte l’histoire d’une femme dont le fils quitte le nid familial. C’est donc un méchant changement de paradigme qui commence pour Eve, et sa nouvelle vie prendra plusieurs tours et détours plus succulents les uns que les autres. J’ai tout particulièrement aimé les séquences où elle s’inscrit à un cours d’été en Gender studies. 

Oh, pis y’a une adaptation qui s’en vient sur HBO, avec Kathryn Hahn dans le rôle de Mrs Fletcher. Ça sent l’abonnement à Crave!

LA BRÛLURE – VIOLAINE CHAREST-SIGOUIN / MYKONOS – OLGA DUHAMEL-NOYER

Attention : on tombe dans quelque chose de plus dark.

J’me permets de vous présenter La brûlure et Mykonos en diptyque, parce que ce sont deux romans québécois qui explorent les drames et les tensions qui peuvent advenir dans les destinations soleil. Car le voyage a ceci de spécial: il peut mettre en lumière nos défaillances profondes. Sous le soleil, les démons émergent. Adjoye.

Bref, deux livres à lire sur un Kindle tellement brûlant que tes mains grésillent à son contact.

Ce qui fascine avec ces deux livres-là, c’est qu’on sait jamais quelle forme le drame va prendre… mais on sent qu’il peut survenir au détour de chaque page/plage. Chaque livre présente des enjeux différents (une relation précaire mère-fille pour La brûlure et la masculinité toxique pour Mykonos), mais ils partagent cette même aura de menace, ce sentiment omniprésent et lourd que le pire peut advenir, malgré la chaleur pis les drinks à volonté. 

Bref, deux livres à lire sur un Kindle tellement brûlant que tes mains grésillent à son contact.

PRENDS MA MAIN – MEGAN ABBOTT

Ceux qui aiment Big Little Lies vont raffoler de celui-là, qui montre l’univers de la gymnastique pour jeunes filles sous un angle assez freakant merci. Malsain est le mot-clé.

Ça m’a souvent donné froid dans le dos d’apprendre à quel point ce sport peut être éprouvant sur le corps des jeunes filles, d’assister à toute la violence derrière les pirouettes et les paillettes . 

Quant à moi, Megan Abbott fait partie de la Sainte-Trinité du thriller anglophone, aux côtés de Gillian Flynn pis Liane Moriarty. Elle a vraiment un don pour créer des personnages dont les secrets sont tellement lourds que t’en fais des courbatures. Tous ses livres sont excellents, mais si j’avais à vous en conseiller un autre, je choisirais Prends ma main. Ça se déroule dans une clinique d’étude sur les symptômes prémenstruels, pis ça fesse rare.

Bonne lecture!

Manon

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