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Lendemain de veille aux chutes de Rawdon

La vie après le grand débordement.

Par
Hugo Meunier
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Un nuage de mouches tourne autour de la carcasse d’un chevreuil en bordure du boulevard Pontbriand, tout juste en face des cascades de Rawdon, dans Lanaudière. C’est probablement la scène la plus triste au monde, à égalité avec celle de ces hordes de douchebags qui avaient pris d’assaut les populaires chutes au début de l’été, forçant la municipalité à fermer ses sites aux visiteurs durant une semaine après les débordements. Environ deux mois plus tard, que reste-t-il du «CascadesdeRawdonGate».

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Le ciel est bleu, le soleil tape fort, mais le stationnement du parc des Cascades est relativement désert. « Le bordel a duré une fin de semaine parce les gens s’étaient garrochés ici alors que rien n’était encore ouvert au début du déconfinement. Là, c’est revenu à la normale », m’explique l’employée à la guérite, accusant au passage certains médias d’en avoir un peu beurré épais.

Par chance, URBANIA est là pour donner l’heure juste.

Deux jeunes hommes en bedaine descendent le petit sentier de gravelle pour se rendre aux chutes, où quelques dizaines de personnes font les lézards sur les roches chauffées par le soleil. « Baignade interdite », peut-on lire en gros sur les panneaux un peu partout, une consigne autant suivie que le port du masque chez les jumeaux Tadros.

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Une femme s’exerce avec des instruments de cirque sur une roche (pas des diabolos, mais quelque chose du genre), pendant que des haut-parleurs crachent un beat entraînant.

Comme je maîtrise bien les nouvelles technologies, j’utilise la nouvelle application SHAZAM pour découvrir l’identité de la toune: Dinero de J. Lopez avec Cardi B, la nouvelle trame sonore de MON FUN.

Sur une roche en face de ma table de pique-nique, trois dames enfilent les égoportraits à la chaîne avec un iPad mini. Tout près, un couple se fait des mamours à l’ombre d’un rocher dans les cascades. Ça aurait pu être une belle image, très romantique même, si le gars n’était pas roux.

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Ma voisine de table, Zaya, a pris le traversier depuis Sorel pour venir profiter du site avec sa famille. C’est la première fois qu’elle vient et n’a jamais entendu parler du bordel médiatisé survenu durant le week-end de la Saint-Jean-Baptiste.

La Montréalaise Natasha aussi se baigne aux chutes pour la première fois. « C’est très beau », commente-t-elle à chaud.

« Je suis très jaloux de ton texte à date Hugo », vient à peine de me texter Bob Woodward.

Par chance, les Lavalloises Arielle et Marianthy connaissent bien l’endroit et lui font honneur en se sifflant subtilement des petites bières sur leur grosse roche au milieu de la rivière.

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Au moins elles se ramassent et butchent leur cigarette dans une canette vide. Elles condamnent d’ailleurs ceux qui sont moins consciencieux. « Je ne viens pas la fin de semaine, ça fait trop Beachclub. Je trouve que le problème, c’est que les gens boivent et fument trop sans récupérer leurs déchets », explique Arielle, qui assure effacer toute trace de son passage à chaque visite. « Je trouve l’endroit thérapeutique quand il n’y a pas trop de monde », renchérit Marianthy.

Même si elles sont bien éduquées, les deux filles font quand même fi des affiches récemment enfoncées dans la roche informant que la consommation d’alcool et la cigarette étaient désormais passibles d’une expulsion immédiate.

Mais bon, les Lavallois ne font qu’à leur tête, c’est bien connu. Après tout, ils ont construit le Colossus, même si le consensus était : VOYONS DONC!

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Un peu plus loin, Dominique prend un bain de soleil en solitaire sur sa roche, profitant d’une escale fraîcheur avant de poursuivre sa route vers L’Estérel. « Je passe mon tour le week-end, il y a trop de monde et le monde est cochon. C’est comme ça ici, mais partout ailleurs aussi », analyse cette Mascouchoise, qui ajoute connaître quelques spots de baignade secrets. « J’essaye d’aller où le monde ne va pas », résume Dominique, philosophe.

Le jour avance, le soleil plombe de plus en plus et le stationnement se remplit tranquillement pas vite.

J’escalade courageusement des roches comme Sylvester Stallone dans Cliffhanger pour papillonner d’un visiteur à un autre.

Je tombe soudain sur Caroline, flanquée de son meilleur ami Pierre et des ados Kelly-Ann et Elodyâ. « C’est un «a» québécois », note l’Eustachoise Caroline, lorsque je l’interroge sur l’accent circonflexe.

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« La baignade est interdite, mais les gens se baignent pareil. Ça me stresse là de voir des enfants sur la roche là-bas », mentionne justement la principale intéressée, en pointant une petite famille au loin.

Par chance, les noyades/accidents se font rarissimes et la dernière remonterait à plusieurs années. Afin de sécuriser le site davantage, les responsables du parc ont profité de la fermeture d’une semaine pour installer des bouées pour limiter les rencontres entre les baigneurs et des adeptes de motomarines.

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Je l’avais vu venir

Sur la rue Lee à un jet de pierre de là, Clément habite depuis 28 ans sa maison dont la cour donne sur le stationnement du parc des cascades. S’il se souvient de la situation anarchique d’il y a deux mois, c’était à ses yeux de la petite bière comparé à la situation dans les années 90. « Les gens se stationnaient partout, bloquaient les rues, c’était le gros bordel », se souvient ce sympathique gaillard, qui porte magnifiquement les bretelles.

Depuis, il s’est plaint à seulement deux reprises du voisinage, dont une fois où des jeunes faisaient le party en pleine nuit tellement fort que « la vaisselle se promenait toute seule dans l’armoire. »

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« Depuis que le proprio gère le site, il s’occupe vraiment bien de ses affaires. Il se promène toujours dans sa fourgonnette rouge et veille à ce que tout se passe bien », louange Clément.

Justement le proprio débarque quelques minutes plus tard à la guérite à côté, au volant de la fourgonnette rouge en question. Robert Mariani gère le parc des Cascades depuis 1999, avec l’aide de sa conjointe et quelques-uns de ses sept enfants. Il raconte avoir vu venir un peu en avance les dérapages médiatisés de la Saint-Jean-Baptiste. « Il y avait une canicule. Tout était encore fermé. Les gens commençaient à venir et se stationnaient n’importe où. On a décidé d’ouvrir, mais on était loin d’être prêts », admet avec franchise M. Mariani.

Ce qui devait arriver arriva. « Les stationnements étaient pleins en après-midi. C’était pas ma clientèle, c’était le Beachclub. J’ai dû appeler les policiers. Il y en avait une quarantaine le dimanche et ils se sont tous fait intimider. Je ne savais pas quoi faire avec tout ça », raconte M. Mariani, qui a alors demandé au maire d’interdire l’accès aux non-Rawdonnois(es) durant une semaine.

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Dans l’intervalle, Robert Mariani, a été très proactif. « On en a profité pour remettre les pendules à l’heure. On a perforé 30 roches pour installer nos pancartes interdisant l’alcool et les fumeurs et on a mis nos bouées », énumère le propriétaire, ajoutant que les heures d’ouverture ont été revues à la baisse et que le montant des contraventions pour le stationnement sauvage avait triplé.

Après le tumulte, la situation est rentrée dans l’ordre. Les clients réguliers sont revenus et les foules ont depuis migré vers la plage d’Oka ou au parc aquatique Atlandide. « La baignade demeure en théorie interdite, mais mon rôle n’est pas de jouer à la police, je veille à la sécurité des gens », résume Robert Mariani, avant d’aller rejoindre un groupe qui l’attend à la cantine pour célébrer son anniversaire.

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Bonne fête M. Mariani, on vous souhaite une CASCADE de bonheur, des festivités pas trop RAPIDES et aucune CHUTE de pression. On se tient au COURANT.

Ok bye.