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Si l’Apartheid est bel et bien terminé, la cloison sociale entre les très riches et les très pauvres est plus haute que jamais. Le plus gros échec de Mandela en Afrique du Sud est symptomatique. Là où l’un « gazouille sur Twitter, et l’autre cherche son eau potable ». En Haïti, même constat. Surtout dans les montagnes bordant la capitale.
La division est claire. Les villas en haut de Pétion-Ville et leurs murs de ciment et de roches qui montent jusqu’au ciel sont collés aux bidonvilles où l’eau propre peine à arriver.
Les plus riches se promènent en 4×4. Ils vont dans un restaurant aux gardiens armés, toujours avec des murs de 12 pieds. Le passé violent du pays hante encore les esprits, surtout chez les plus puissants.
Les transports collectifs, qui déplacent la majorité de la population, sont pointés du doigt par plusieurs automobilistes comme la source d’un problème plutôt que la solution. Comme si on était à Québec.
Des constats similaires sont posés dans des pays comme la République dominicaine voisine ou la Jamaïque. C’est l’échec d’un système économique qui promettait de l’argent pour les gens qui triment fort. Le tourisme n’aura permis qu’à une petite frange de la population de s’enrichir.
En Haïti, le malaise est plus grand. La misère du pays a fait les manchettes plus souvent. L’image de pauvreté traverse l’imaginaire, à l’étranger comme ici.
En Haïti, on est né pour un petit pain.
Le président haïtien, à l’image d’un Labaume ou Coderre, est un homme d’action, légèrement populiste. Pour Michel Martelly, les résultats doivent être visibles et rapides. Les zones franches et leurs usines aux employés payés 5 dollars par jour doivent être érigées en quelques mois.
Haïti, comme l’Afrique du Sud probablement, n’arrive pas à créer une classe moyenne forte. Souvent, ceux qui y parviennent ont un niveau de vie qui s’approche de la pauvreté. Les prix des appartements décents dans un quartier central sont équivalents à ceux de New York ou Montréal. Et il y a parents, frères et sœurs à supporter.
La crise du logement touche plusieurs centaines de milliers de familles à Port-au-Prince. Une quinzaine de nouveaux ministères sont maintenant en chantier au centre-ville, mais on peine à construire des logements décents. Les 1000 premiers logements sociaux étatiques, toujours vides, ont rapidement été construits au milieu de nulle part, à plus d’une heure du centre-ville, par une compagnie dominicaine (on a juste oublié les fondations, paraît-il).
Plus souvent qu’autrement, le salut passe d’ailleurs par l’étranger: tourisme, zones franches ou ONG internationales. Comme au Casino, on parie sur la relance de l’économie haïtienne avec l’argent des États-Unis, de la France ou du Canada. Le modèle du plan Marshall est loin derrière. Les partenariats publics-privés sont rois.
Le riz vietnamien ou américain, grandement subventionné, se vend moins cher que le riz local. Les tarifs douaniers sont au plus bas.
Les titres de propriété (et tout le système de justice en fait) sont toujours aussi aléatoires. Il est presque impossible d’acheter un morceau de terre à Port-au-Prince sans prendre le risque qu’il soit contesté.
Devant la frustration, les partisans du parti de l’ancien président déchu Jean-Bertrand Aristide sont de retour depuis quelques semaines. Pour la troisième fois jeudi, une manif va prendre la rue et monter des ghettos du bas de la ville jusqu’en haut, à Pétion-Ville.
Là où tous les prix sont en dollars US. Le symbole est fort, une nouvelle « lutte des classes ».
Des contre-manifestants aussi s’y mettent généralement, partisans du président au pouvoir. La mêlée risque de dégénérer à chaque fois, d’autant qu’un nombre grandissant d’armes sont à nouveau en circulation depuis quelques semaines.
D’ailleurs, encore ce matin, comme plusieurs fois cet automne, des habitants de Cité-Soleil ont manifesté aussi pour la fin des violences grandissantes dans leur quartier laissé pour compte.
Le théâtre macabre de l’insécurité laisse paraître le bout de son nez, ce qui sert bien certaines personnes aux poches pleines qui distribuent armes et argents aux plus louches.
Twitter: etiennecp
*Photo du haut: plat du dispendieux nouveau resto de sushis de Pétion-Ville (le premier du genre). La déco est un peu Laval-chic japonais, mais la bouffe et le service sontexquis (10 dollars US le rouleau).
Je me dis souvent que si les poupounes de la rue Crescent ont le droit d’exister sans qu’on leur envoie des roches (quoique, c’est parfois tentant), les zuzus tête en l’air du chic Pétion-Ville aussi. Dommage parfois, comme à Hochelaga-Maisonneuve dernièrement, la confrontation est souvent la seule manière que des politiciens discutent ouvertement d’un problème criant. Si l’effet médiatique est là, les disparités sociales ne se ressouderont pas à coups de machettes (à moins de planifier une révolution, ce qui est aussi parfois tentant).
À l’heure où tous ces politiciens québécois, canadiens, français ou haïtiens prennent des avions pour Pretoria ou Soweto, la politique de l’intransigeance prend toujours le pas sur les rapprochements: Charest et les étudiants, Marois et son voile ou encore Martelly et les élections législatives qui tardent. Le fanatisme est de tous les partis politiques confondus, l’esprit malin jamais très loin. Les problèmes à résoudre sont pourtant toujours pareils, même si l’ordre et les moyens d’y parvenir diffèrent : pauvreté, économie, santé, etc. Reste cette étrange impression que la recherche du pouvoir semble encore aujourd’hui la fin en soi.