Le « Vrai » Gab Roy

Faque voilà, la province web s’est de nouveau enflammée cette semaine pour notre enfant terrible adoré. Comme si janvier 2015 n’avait pas encore atteint son taux de déficience mentale pour nous faire douter de l’humanité. Misère.

Mardi, alors que nous avions toujours peine à nous remettre du PFKgate de la veille, le célèbre journaliste d’enquête Matthieu Buzz a mis en ligne une entrevue exclusive avec Gabriel Roy sur son site buzzbonin.com. Outre le fait que le jaune pétant n’est pas la meilleure couleur de background pour mettre en valeur quiconque, on y apprend dès la première minute que la webstar déchue plaidera aujourd’hui (vendredi 30 janvier 2015) coupable aux chefs d’accusation qui lui sont reprochés dans l’affaire d’abus d’une mineure — leurre, contacts sexuels, tu vois l’genre…

Avant que je me lance tout’ lousse dans ce poème étrange, il faut mettre certaines choses au clair. D’un côté, Gab Roy a encore quelques milliers de supporters qui, même après ses aveux de culpabilité, vont le défendre avec une férocité qui m’échappe; et de l’autre, il y a une horde de haters pour qui la nuance la plus élémentaire est au degré zéro. Je suis donc, dès le départ, double-fourré no matter what la position que j’adopte.

Ceci étant dit, j’ai deux demandes spéciales à formuler d’emblée aux tatas qui ont le commentaire irréfléchi facile :

  1. T’as le droit de défendre l’humour douteux de Gab Roy. Je suis moi-même un très grand fan d’humour douteux. Le trash, dont se réclame Gab Roy, est effectivement une forme d’expression artistique. John Waters et GG Allin en sont probablement les plus flamboyantes mascottes. Sache cependant que ce n’est pas tout le monde, même dans ton entourage proche, qui prend plaisir au trash, pis c’est pas grave. Mais le plus important, c’est que dans cet article, il ne sera aucunement question de l’art que pratiquait Gab Roy. Ainsi, ne viens surtout pas me dire que c’est parce que je ne comprends pas le « personnage », kiddo. J’ai une coup’ d’épisodes d’avances sur toi, crois-moi.
  1. T’as tout à fait le droit de pas trouver drôle les jokes de bébés morts (par exemple). Ça existe ces farces-là, ça peut arriver qu’un bozo en shoot une ou deux dans un 5 à 7, mais en aucun cas tu devrais être obligé de les subir si ça t’écœure. Personne t’a jamais forcé à visionner une vidéo de stand-up de Gab Roy, clique sur un autre lien si ça te plaît pas. Les artistes qui œuvrent dans le trash s’en sacrent de toi, ils s’adressent à d’autre monde. Pis c’est correct, ils ont le droit. Frette de même. Si tu me beurres ici un commentaire qui frôle à peine la morale, je te jure que j’allonge trois cents piasses au projet Kickstarter qui promet une machine à voyager dans l’temps juste pour t’expédier back au Moyen-Âge, dans sa période la plus crasse.

Voilà. Merci de votre écoute.

Faut dire que je ne fréquente plus trop trop les réseaux sociaux depuis novembre. Ma tête un peu beaucoup fucked-up et mon cœur en mille miettes ont eu raison de ma capacité à supporter la bêtise humaine et à endurer l’insignifiance. Mais voilà, mardi soir, j’ai reçu une pelletée de courriels où on me demandait ce que je pensais de « toute cette histoire voyons don’ man ç’a pas d’allure !? »

Crisse. Presque personne ne m’avait écrit après ma rupture pour prendre des nouvelles de moi, et là, on débarquait soudainement dans ma boîte à lettre pour discuter de la dernière connerie de Gab Roy. Crisse.

Après avoir répondu quelques WTF laconiques, j’ai finalement craqué et j’ai cliqué sur le lien menant à la fameuse entrevue — foutue curiosité morbide à’ marde!

Trois minutes, c’est juste ça que j’ai réussi à tolérer comme malaise avant de peser sur stop. C’est pas gros, si on considère que je me suis tapé au complet la vidéo de Magnotta en 2012.

Oh, et je tiens à préciser, avant que tu me garnottes des roches : je ne compare en rien l’odieux de 1guy1icepick avec la confession de Roy. C’est juste que j’aime les gags trash, et un de ces gags trash que j’affectionne particulièrement, c’est de ploguer Gab Roy et Luka Rocco Magnotta dans le même article le plus souvent possible. Ça me fait rigoler de laisser ces traces sur l’autoroute de l’information.

LOL. Misère.

Parmi les messages que j’ai reçus, il y a eu celui d’Urbania. On m’invitait cette fois à « me prononcer » publiquement sur la chose, gros cash et faveurs diverses de la part d’une stagiaire en échange de quelques centaines de mots — je niaise ici, Urbania n’a pas les moyens d’offrir du gros cash, t’sais.

J’ai hésité un moment, oui, mais j’ai alors pensé au fame qui pouvait jaillir sur moi en abordant LE sujet de l’heure, aux milliers de clics, au scandale… Nah. Du tout. J’ai juste dit oui pour les faveurs de la stagiaire d’Urbania.

J’ai avalé ma vitamine B12, me suis calé un pichet de café fort en chain-smokant et je me suis rappelé alors que mes articles sur le site d’Urbania n’attiraient pas vraiment les clics. Je n’avais pas le charme des Rabii Rammal, Jonathan Roberge et Martin Perizzolo; je n’étais pas drôle comme Catherine Ethier, Pierre Lemay et Les filles ne rient jamais; j’étais incapable de toucher les cœurs comme Véronique Grenier; j’étais loin d’être aussi clever qu’Éric Samson; bref, si j’écrivais sur Gab Roy, personne allait vraiment le remarquer de toutes manières. C’est donc boosté par cette étrange motivation de parler dans le vide que je me suis lancé dans la fosse aux trolls.

J’explique ici le processus qui m’a amené à écrire ce texte parce que ça fait partie intrinsèquement du phénomène Gab « m’as-tu vu » Roy. C’est très important. Dans son délire mégalomane, Gab Roy s’est dit que n’importe quelle publicité, bonne ou mauvaise, pouvait le hisser vers le « véritable » stardom, la grosse affaire, en dehors du web obscure. Il aura fallu qu’il ponde un mauvais porno avec Mariloup Wolfe pour qu’il goûte enfin à la célébrité. Et la célébrité, il y a goûté en tabarnac!

*6*6*6*

Ainsi donc, la terreur du web québécois s’est offert un spectaculaire repentir publique sur le site funny-funny de son ami. Un long quart d’heure vidéo où, avec un cigare gros comme ça dans’ gueule, il chie un mea culpa comme si de rien n’était. Ou si peu. Les quelques rares références à la victime sont expédiées avec une désinvolture malaisante.

C’est quand il avoue ses remords qui lui grugent le plus l’âme, ceux qu’il ressent face à ses enfants, qu’on perçoit enfin quelque chose qui ressemble à de la sincérité, à de l’humanité. Ses kids vont lui sauver la vie, c’est clair, et il leur en sera redevant jusqu’à sa mort.

Sauf que… Misère.

Sauf qu’on pourrait crissement se questionner sur la pertinence de diffuser une telle vidéo à quelques jours du plaidoyer de culpabilité. On pourrait, oui, s’il ne s’agissait pas de Gab Roy. Mais il s’agit de Gab Roy, le plus show off des show off que le web québécois ait connu — Murphy Cooper, son émule le plus flagrant, n’est qu’un yorkshire à côté du doberman roux.

La manigance de Bonin et de Roy est subtile comme un scénario de film porno. Ça s’inscrit dans la continuité de leur incroyable projet d’être des stars. Pareil comme Éric Salvail qui rêvait de « devenir une vedette ». Deux ou trois trucks de clics pour Bonin, deux ou trois articles « sensationnels » dans les médias de masse pour Roy. La belle affaire.

Mais Bonin, il ne s’en va pas en prison. Bonin n’a pas touché une mineure en détresse.

Roy, lui, il s’en va en d’dans. Il a beau se la jouer cool avec son cigare, son sourire en coin pis ses miettes de fame : il va faire du temps. Pour une histoire de cul avec une mineure. C’est pas le genre de crime avec lequel tu brag, ça t’enlève même beaucoup de points de street cred.

Si un jour on lui redonne la permission de consulter l’Internet et qu’il tombe sur cet article, j’aimerais lui dire une chose :

« Je m’excuse d’avoir fait semblant de pas t’orconnaître quand tu m’as souris en face du dépanneur Bonjour sur Saint-Zotique. J’ai été élevé pour ne pas parler aux monsieurs louches. »

Et en guise de conclusion, j’aimerais qu’on ramène Pat Vaillancourt su’a mappe pour rire un peu. Je me sacrifie pour ouvrir le bal : Pat Vaillancourt, t’es encore moins palpitant que Renart Léveillé.

Ed.
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