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Le show de ballet

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C’est une belle fin de semaine de mai. Je prends mon auto et je vais chercher mon amie Gab pour aller voir le show de ballet annuel de notre ex-école de danse.

Je n’y suis pas allée depuis que j’ai arrêté de danser, il y a de ça 10 ans. Pourquoi j’ai décidé d’y aller cette année? Bof, je sais pas. Je pense que je suis rendue zen, je veux revisiter mon passé, et surtout, j’ai vraiment envie de voir des petites filles en tutus blancs se décrotter le nez sur scène. On arrive au centre culturel, ça grouille de chignons et de petites pattes en collants roses. Surtout, ça se pousse et ça s’énerve parmi les parents-spectateurs. Les mamans disent aux matantes de garder l’oeil ouvert pour Olivia, qui a le rôle d’un petit singe. Pour Lily-Rose, qui a le rose d’une elfe. Pour Raphaëlle, qui a le rôle d’un perroquet-oiseau-ou-en-tout-cas-un-genre-d’animal-tsé-ceux-avec-les-maillots-oranges.

Gab et moi, on se fait un plan: prendre la meilleure rangée, celle qui est juste une step plus haute que les rangées d’en avant. La rangée où la prof de ballet s’assoyait pour checker la répétition générale. Le meilleur spot. Sauf qu’en entrant dans la salle, déjà là, notre plan part mal: notre précieuse place est occupée par des parents qui gardent des places pour leur famille au grand complet. C’est pire qu’un auditorium d’école secondaire lors du spectacle amateur: ça court pis ça crie. Gab et moi, on s’assoit donc dans des bancs corrects, genre, 10e rangée. Au milieu. Parce que sinon on voit les profs faire des simagrées dans les coulisses, pis ça, c’est distrayant. Le show commence. Full suspense, on se demande qui est la méchante, qui a le plus de solos, et plus important encore: qui va voler le cristal magique.
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Ça fait pas 5 minutes que le show est commencé que les lueurs des iPhones illuminent la salle. Les parents filment le show, malgré le fait qu’un professionnel est sur place pour enregistrer le tout. C’correct, c’est compréhensible, tsé, faut Instagramer sa petite luciole dans son maillot iridescent et ce, MAINTENANT. Je suis semi-patiente, mais bon, on n’est pas à la Place-des-Arts. J’entends la mamie assise derrière moi dire qu’elle a donc hâte de voir sa Raphaëlle-perroquet-oiseau-ou-en-tout-cas-un-genre-d’animal-ceux-avec-les-maillots-oranges. C’est stressant, reconnaître son infin dans une marée d’infins en costumes pareils.
«Ha ben, une p’tite grosse!»
Laser eyes.
stage mom
Mais est-ce que la technique du regard qui tue est la plus efficace? Dans le cas de la petite luciole insultée par mamie, j’aurais pu dire: «MA FILLE se passe de vos remarques sur son poids!», en espérant que mamie réalise que dans la salle se trouvent des parents aimants, qui veulent juste que leur enfant ait du fun en pratiquant une activité. Quand même, il y a une différence entre un idiot qui parle tout haut au cinéma (gossant, mais pas insultant) et un idiot qui fait des remarques sexistes, racistes, xénophobes, ignorantes, méchantes… en public.
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Après le show, mes charmants voisins de siège ont invité leur petite famille à venir prendre un verre à la maison: «On a en masse de chips», qu’elle a dit, mamie. Tsé, c’était sans doute pas des mauvaises personnes. Juste des gens qui devraient arrêter leurs jugements deux secondes, et profiter du moment présent comme des êtres civilisés et respectueux. Anyway, c’est tellement eux qui y perdent le plus: avec tous leurs commentaires, je suis certaine qu’ils n’ont même pas vu qui a volé le cristal magique.
Illustration: Audrey Malo
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