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« Tu devrais écrire ton prochain texte pour URBANIA sur ton sentiment d’imposteur. »
Je dois avouer que ma mère a toujours raison.
J’étais montée en surprise à Gatineau pour la fête des Mères et on buvait un café dans son gazebo. Je lui racontais que je n’en revenais pas que quelqu’un ait écrit à ma gérante spécifiquement pour m’avoir à son événement. Moi? Mes jokes? Genre… par exprès?
Je lui avais aussi parlé d’un extrait d’un de mes numéros qui a un peu pogné sur TikTok, amassant un peu plus de 2500 « j’aime ». Le chiffre n’est pas impressionnant dans l’immensité de l’internet, mais je n’en revenais pas qu’autant de gens aient perçu mon existence et pesé deux fois sur leur écran pour que le petit cœur devienne rouge.
J’attends encore que Louise Richer m’appelle pour me dire que mon admission à l’École de l’humour était une erreur de paperasse.
Je pense que c’est un peu tombé sur les nerfs de ma mère, avec raison, parce que je fais tout le temps ça. Je diminue tout ce que je fais, toutes mes victoires. Je me suis demandé si c’était de la fausse modestie, mais je ne pense pas que ce soit le cas. Dès que je réussis ou que je gagne quelque chose, j’assume que je ne le mérite pas. Des fois, je blague en disant que j’attends encore que Louise Richer m’appelle pour me dire que mon admission à l’École de l’humour était une erreur de paperasse, même quatre ans plus tard. Une partie de moi ne le dit pas tant en blague.
C’est un réflexe. Si je prends le temps d’y penser, je sais que je ne suis pas complètement incompétente. J’ose même penser, des fois, que je suis pas pire drôle et une pas pire autrice. Je reçois assez de retours positifs sur mon travail pour savoir que, non, je ne suis pas là par chance ou par charité. Malgré tout, je n’arrive pas à me débarrasser de ce doute insidieux que je suis en réalité la plus grande manipulatrice de tous les temps et que je vole des opportunités de travail d’autres qui les mériteraient plus que moi. Comme si, à un moment donné, tout le monde allait réaliser que je n’ai aucune idée de ce que je fais.
Ceux et celles qui ont lu d’autres de mes textes ne seront pas surpris.es de lire que j’ai longtemps eu des grands problèmes d’anxiété et d’estime de moi. Je ne sais pas exactement quand et comment ça a commencé, mais pendant longtemps, j’ai été terriblement sensible aux commentaires négatifs des autres.
On est beaucoup à avoir l’impression de ne pas savoir ce que l’on fait.
Pendant mon bac en bande dessinée, au début de ma vingtaine, j’étais au sommet de mes troubles anxieux. Quand j’ai gagné des prix pour mon projet final, certain.e.s collègues de classe ont parlé devant moi de comment les juges étaient incompétent.e.s, et de leur opinion qu’une autre étudiante méritait mieux de gagner que moi. Je ne sais pas s’ils réalisaient que j’étais là, ou si même ça leur a traversé l’esprit que c’était quand même pas pire chien, mais je me suis sentie coupable pendant des années d’avoir gagné ces prix.
Puisque la fin de mon bac coïncidait avec certains événements traumatiques de ma vie, je me suis convaincue qu’on ne m’avait fait gagner que par pitié. Au fond, j’étais absolument nulle, mais personne n’osait me le dire.
Je n’ai été capable de relire mon projet que quatre ans plus tard. À ma sincère surprise, je me suis trouvée drôle. J’ai trouvé mon projet bon et je me suis trouvée bonne. Je n’avais rien volé.
Peut-être que ça prend une microdose de sentiment d’imposteur de temps en temps pour ne pas s’enfler la tête.
Je suis aussi contente de ne pas être complètement incapable de me remettre en question, et je pense que je commence à m’approcher d’un équilibre entre avoir confiance en mes compétences et ne pas prendre la réussite comme acquise. Peut-être que mon doute constant peut-être une bonne chose, en petite dose. Peut-être que ça prend une microdose de sentiment d’imposteur de temps en temps pour ne pas s’enfler la tête.
En attendant, ma mère vous salue.
Même si j’ai encore mes mautadines de réflexes d’autodépréciation, ça fait longtemps que mon sentiment d’imposteur n’est plus aussi paralysant et omniprésent qu’avant. Plus je prends de l’expérience, plus je prends confiance en mon travail. Aussi, en parlant avec des ami.e.s, j’ai réussi à relativiser certains trucs. Dans le fond, on est beaucoup à avoir l’impression de ne pas savoir ce que l’on fait. Je sais que ça a l’air évident, mais ça a été toute une révélation pour moi.