Germain Barre

La SCOOTERPOCALYPSE

Quand l'arrivée de trottinettes électriques vire au cauchemar.

Quand j’étais petit, la trottinette était mon moyen de transport préféré. J’ai appris à faire du vélo beaucoup trop tard, alors j’étais à peu près aussi bon en vélo que Charles Xavier. Et les patins à roues alignées me terrifiaient. Un moyen de transport pour lequel le seul moyen de freiner quand tu descends une pente à une vitesse folle est de lever soudainement tes pieds? Non merci.

Alors, je suis content du retour en force des trottinettes. J’étais également très enthousiaste quand j’ai entendu parler de certaines compagnies américaines qui offrent des trottinettes en libre-service.

Jusqu’à tant que je voie les résultats. À San Francisco, ça se passe tellement mal qu’on parle d’une « scooterpocalypse ». J’ai donc parlé avec Ugo Lachapelle, professeur au département d’études urbaines et touristiques de l’ESG-UQAM, pour faire le point.

Pourquoi une «scooterpocalypse»?

Avant d’aller plus loin, faisons juste un peu le point sur la situation à San Francisco. Trois compagnies, Bird, Lime et Spin, ont décidé de lancer simultanément des services de prêt de trottinettes électriques.

Le problème, c’est qu’elles l’ont fait soudainement, sans avertir personne. Et contrairement à Bixi, par exemple, elles n’ont pas non plus de bornes de stationnement pré-établies.

Ainsi, du jour au lendemain, les habitants de San Francisco se sont retrouvés avec des trottinettes qui traînaient partout : sur les trottoirs, devant les magasins, dans les entrées privées.

Ainsi, du jour au lendemain, les habitants de San Francisco se sont retrouvés avec des trottinettes qui traînaient partout : sur les trottoirs, devant les magasins, dans les entrées privées. Assez vite, les citoyens ont donc décidé de leur trouver eux-mêmes de nouveaux stationnements : dans les poubelles, sous leurs roues de char, dans le fleuve.

Et comme si ce n’était pas suffisant, les trottinettes vont assez rapidement, jusqu’à 25 km/h. Il n’y a donc pas vraiment d’endroits où elles peuvent rouler. Sur la route, elles sont beaucoup trop lentes (sauf, mettons, si tu roules sur Décarie, là où des gens sont pris dans le même bouchon de circulation depuis la fin de La Fureur). Sur les trottoirs, elles sont beaucoup trop rapides. Un joggeur va au maximum à 10 km/h. Imaginez quelqu’un qui va deux fois plus vite, juché sur un objet en métal.

Les citoyens ont donc vandalisé les scooters en grand nombre : freins coupés, guidons arrachés, trottinettes recouvertes d’excréments (qui se promène avec des excréments à portée de main?), les exemples sont nombreux.

Des trottinettes bientôt à Montréal?

Alors, peut-on croire que ces trottinettes de l’enfer débarqueront bientôt dans la métropole? Ugo Lachapelle, professeur à l’UQAM, même s’il remarque «qu’on [ne voit pas] beaucoup de propriétaires de trottinettes se promener», croit que c’est très probable : «C’est sûr que ces compagnies-là ont un avantage à avoir le plus d’inscriptions possible. Une fois que tu as ton application en route, ça ne coûte plus grand-chose».

«Les abonnements ont une valeur, parce que le jour où elle décide de vendre à un plus gros, elle vend non seulement sa technologie, mais aussi ses abonnements».

En effet, le plus coûteux dans ce genre d’entreprises, c’est de développer l’application et de mettre en place le système. Une fois que c’est fait, ça ne devient pas tellement plus coûteux de s’installer dans chaque nouvelle ville, puisque les trottinettes se paient assez rapidement.

Et au-delà de la simple rentabilité, M. Lachapelle voit d’autres motivations à vouloir s’étendre dans le plus grand nombre de villes possible : «Les abonnements ont une valeur, parce que le jour où elle décide de vendre à un plus gros, elle vend non seulement sa technologie, mais aussi ses abonnements».

On sait déjà que ces entreprises ont des plans d’expansion à Vancouver, Calgary et Toronto. Alors, pourquoi pas Montréal?

Comment éviter l’apocalypse (version trottinette)?

Alors, puisque ça semble probable que les trottinettes arrivent ici, comment éviter le pire?

La solution n’est probablement pas de les interdire, d’autant plus que ces trottinettes peuvent répondre à un réel problème : celui du dernier kilomètre.

Au lieu de prendre son auto parce qu’on ne veut pas marcher les 2 kilomètres qui séparent notre travail de la station de métro, on pourrait enfourcher une trottinette et les faire couvrir assez rapidement, sans devoir chercher du stationnement pendant 30 minutes.

Ce qu’on entend par ça, c’est qu’il y a souvent un manque dans l’offre de transport au niveau des courtes distances qui sont juste un peu trop longues pour qu’on ait envie de les faire à pied : «La Société des transports de Montréal (STM) parle de son dernier kilomètre. On est prêts à marcher une certaine distance pour se rendre jusqu’au métro, mais à un certain point, ça devient un obstacle à l’usage ».

La trottinette électrique peut être une bonne solution de rechange. Au lieu de prendre son auto parce qu’on ne veut pas marcher les 2 kilomètres qui séparent notre travail de la station de métro, on pourrait enfourcher une trottinette et les faire couvrir assez rapidement, sans devoir chercher du stationnement pendant 30 minutes.

Mais pour ça, il faut que les compagnies s’entendent préalablement avec les villes. Pour M. Lachapelle, « c’est important que la ville réagisse très rapidement et qu’il somme les compagnies de leur produire un plan de gestion des situations problématiques ».

Parce qu’elles ne le feront pas nécessairement par elles-mêmes… «Si t’as pas établi de plan de gestion avec la ville, c’est que ces [engins]-là se paient assez rapidement pour que pleins de compagnies ne soient pas trop soucieuses de comment ça va se passer».

S’il s’agit d’une initiative de transport qui se veut verte, elle semble toutefois avoir une philosophie du jetable…

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