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Le retour du bon samaritain de l’hôpital de Saint-Jérôme
« Heille, c’est mon anniversaire de déneigement aujourd’hui! », lance Donald Hargray en s’échinant sur le pare-brise d’une voiture avec son balai à neige à manche télescopique.
« Regarde, le bout est en caoutchouc pour éviter de maganer les chars », précise d’emblée l’attachant gaillard, avant de se précipiter au pas de course vers un prochain véhicule. Oui oui, littéralement au pas de course, même s’il est à la retraite et que personne ne lui donne une cenne pour faire ça.
Si le nom de cet homme ne vous sonne aucune cloche, vous avez peut-être entendu parler de lui l’an dernier.
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Dans un élan altruiste comme on en voit très peu, Donald Hargray est cet homme qui déneige gratuitement des voitures d’employé.e.s du réseau de la santé. Juste comme ça, pour faire sa part. J’en parle au présent, parce que s’il l’a fait une trentaine de fois l’an dernier, voilà qu’il remet ça à nouveau cette année.
Je le rencontre lors de sa deuxième sortie lundi après-midi dans le stationnement du personnel de l’hôpital de Saint-Jérôme.
Je lui ai passé un coup de fil la veille, pour voir justement s’il reprenait du service au moment où on annonçait une grosse tempête de neige et la fermeture des écoles.
« Rendez-vous à 14 h dans le parking des employés de l’hôpital », m’a-t-il texté.
Donald Hargray aurait sorti sa pelle même si je ne l’avais pas contacté. Quelques secondes en sa compagnie suffisent pour comprendre qu’il ne joue pas les samaritains pour avoir de l’attention médiatique.
Non, ce menu homme de 66 ans agit par pure gentillesse, content de faire sa part pour ceux et celles qui s’essoufflent pour les autres depuis deux ans. « Plusieurs ont essayé de me payer, me donner des cartes-cadeaux, mais je refuse parce que je ne fais pas ça pour ça. C’est juste ma façon de leur dire merci pour leur ténacité, leurs efforts depuis deux ans, et de montrer ma solidarité avec ces gens qui doivent composer avec le virus et des non-vaccinés en plus », lance entre deux coups de balais ce coloré personnage, qui porte une combinaison orange fluo pour être le plus visible possible.
« Le soir, il y a beaucoup de souffleuses dans le coin, sans compter les voitures. Ça ne me dérange pas d’aider à l’hôpital, mais la dernière chose que je veux, c’est me retrouver à l’intérieur! », badine Donald, qui habite Mirabel, pas très loin d’ici. Outre l’hôpital de Saint-Jérôme, il a aussi déneigé l’an dernier les voitures d’employé.e.s des hôpitaux de Laval et de Saint-Eustache.
À cause des horaires atypiques du personnel de la santé, pas évident pour Donald de prévoir le bon moment pour entreprendre son bénévolat.
«Je suis souvent brûlé ben raide, mais quand j’entends leurs témoignages et qu’ils me racontent leurs journées, ça m’encourage et j’y retourne à la prochaine tempête.»
Mais avec le temps, il s’est familiarisé avec les lieux et en connaît un peu plus sur les quarts de travail. « Ici, c’est le stationnement des équipes d’urgence, des infirmières, des préposés et des employés de cuisine et d’entretien. Ils font des doubles et parfois même plus. L’an dernier, une dame m’a raconté avoir fait 24 heures en ligne », relate Donald, qui dit puiser son courage dans celui des gens qu’il dépanne.
« Je suis souvent brûlé ben raide, mais quand j’entends leurs témoignages et qu’ils me racontent leurs journées, ça m’encourage et j’y retourne à la prochaine tempête. Je sais que quand les employés sortent de l’hôpital, la dernière chose au monde qu’ils ont envie de faire, c’est de déneiger leur char », ajoute le samaritain.
Il traîne aussi une souffleuse et des pelles dans le coffre de son pick-up au cas où il aurait besoin d’aider les employé.e.s à se frayer un chemin jusqu’à leur portière.
Ça ne sera pas le cas aujourd’hui. « À cause du vent, la neige se ramasse juste d’un bord, ça va plus vite. Parfois, les voitures sont complètement ensevelies et c’est plus long », analyse Donald, un ancien cadre d’une entreprise de distribution d’équipement.
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Il me raconte encore ému la manière dont il est sorti de l’anonymat l’an dernier. « Des gens me prenaient en photos et écrivaient des témoignages à mon endroit sur Facebook et du jour au lendemain, j’étais devenu le bon samaritain », se remémore-t-il.
Donald avait au départ hésité à accorder une entrevue à La Presse, avant de se raviser. « J’ai voulu sortir publiquement pour encourager des gens à faire comme moi, mais j’avais sous-estimé le pouvoir des réseaux sociaux. Désolé du jeu de mots, mais ça a alors fait “boule de neige” », admet-il sourire en coin, en s’attaquant aux voitures les unes après les autres sans jamais reprendre son souffle.
Donald avait alors enchaîné les entrevues, en plus de faire parler de lui jusqu’en Europe. « Ma femme était très fière de moi au début, mais c’est devenu un peu compliqué puisqu’on recevait beaucoup d’appels à la maison. On ne pensait pas que ça causerait autant d’émoi », confie Donald, marié depuis 46 ans.
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«Mon objectif a toujours simplement été de déneiger le plus de voitures possible avant que les gens terminent leur shift.»
S’il voulait inspirer des gens à faire comme lui, Donald a découvert avec tristesse que certaines personnes proposaient leurs services en échange d’une rémunération. « Mon objectif a toujours simplement été de déneiger le plus de voitures possible avant que les gens terminent leur shift », résume simplement Donald.
C’est peut-être cliché, mais son véritable salaire prend la forme des témoignages reçus en personne de la part des employé.e.s. « Une infirmière monoparentale mère de trois enfants qui avait de la misère à arriver m’a déjà dit que la petite demi-heure que je lui avais sauvée en déblayant sa voiture valait de l’or », s’enorgueillit Donald.
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Lors de mon passage, j’ai aussi pu témoigner de la gratitude des employé.e.s à son endroit. « Ça fait vraiment du bien en sortant du travail, je pensais sur le coup que j’avais été épargnée par la neige! », souligne Marie, une employée de la pharmacie, avant de lancer un « merci beaucoup » bien senti à Donald.
« Merci à VOUS », réplique aussitôt le samaritain, sans même interrompre son sprint de déneigement.
Le jour avance et Donald Hargray ne sait pas vraiment quand il va s’arrêter. « Quand je ne serai plus capable ou vers 17 h », lance-t-il enfin, avant de repartir avec son balai à neige, au pas de course.