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Le retour aux sources de Fierté Montréal
URBANIA et Fierté Montréal s’allient pour discuter de l’importance de célébrer, à distance comme en personne.
Attendue de pied ferme par beaucoup, la mouture 2021 du festival Fierté Montréal bat son plein, jusqu’au 15 août prochain. L’organisation a opté pour une formule hybride cette année : à la fois à distance et en personne, mais aussi, à la fois festive et revendicative. Le mot d’ordre : « Ensemble pour toustes ». On s’est entretenu avec la chanteuse Sandy Duperval, porte-parole de Fierté Montréal, pour comprendre ce que ça implique pour les communautés 2SLGBTQI+.
En 2020, on a eu droit à une Fierté virtuelle. Comment ça va se passer cette année?
Sandy Duperval : Cette année, il y aura à la fois des rassemblements physiques et des diffusions virtuelles des événements. On s’est rendu compte que, même si c’était difficile de ne pas se voir en personne l’année passée, la formule à distance permettait de rendre le festival beaucoup plus accessible. Toutes les personnes qui ne pouvaient pas se rendre aux événements avant pourront maintenant y assister. Ça nous permet aussi de diffuser la Fierté partout dans le monde!
De l’autre côté, ça va tellement faire du bien aux gens de pouvoir se rassembler. C’est dur de ne pas pouvoir se voir en personne. On a vu que beaucoup de personnes des communautés marginalisées ont souffert de l’isolement causé par la pandémie. Et ce sont ces difficultés qui nous ont donné envie de revenir aux origines revendicatrices de la Pride. Cette année, ce n’est pas un défilé qui va clôturer le festival, mais une marche. On veut se rassembler pour faire entendre les voix des personnes qu’on entend moins et qui ont été particulièrement touché⸱e⸱s par les effets de la pandémie.
Comment la Fierté a-t-elle évolué depuis ses origines? Est-ce que le festival se veut encore militant?
Chaque année, la Fierté se transforme. Une organisation comme celle-là se doit de rester à l’écoute et de ne pas avoir peur de changer. Il y a toujours plus d’outils et toujours plus de liens à créer entre les organismes.
Mais cette année, nous tenions particulièrement à rappeler les origines de la Fierté, la lutte contre l’homophobie et pour les droits des personnes 2SLGBTQI+. Il y a eu un grand manque de visibilité de nos communautés durant la pandémie. Plus que jamais, on a besoin de cet espace-là pour célébrer, mais aussi pour revendiquer. Cette année, on se rappelle les raisons pour lesquelles on a fait tout ce chemin et la direction vers laquelle on veut aller pour la suite.
Pourquoi la Fierté est-elle encore nécessaire en 2021?
Oui, les défis sont différents de ceux des années 70, mais il y en a encore des défis. Si on arrête, qui nous représente? Qui nous écoute? Ça serait l’équivalent de commencer à construire une route et de s’arrêter au milieu, en laissant derrière toustes celleux qui auraient voulu continuer.
Avec la pandémie, on s’est rendu compte qu’il y avait encore beaucoup de chemin à faire. Il y a encore des gens pour qui l’homosexualité, c’est une maladie. Ce sont les communautés elles-mêmes qui le disent, elles veulent se sentir en sécurité. On se rend compte qu’il y a encore beaucoup de violence motivée par l’orientation sexuelle ou l’expression de genre des personnes, et que l’accès à des soins appropriés est encore difficile, par exemple pour les personnes trans et les personnes âgées.
Que fait Fierté Montréal pour offrir un festival le plus inclusif possible?
Chaque année, Fierté Montréal s’assoit avec le public, mais aussi les artistes invité⸱e⸱s pour voir ce qui peut être amélioré. Ça n’empêche pas que ça prend parfois des événements comme l’interruption de la Pride de Toronto par Black Lives Matter pour qu’on se rende compte de nos angles morts.
Une personne n’est pas juste gaie, lesbienne, trans, comme elle n’est pas juste noire, autochtone, latinx. On ne peut pas les découper et garder juste ce qui nous intéresse.
Cette année, c’est vraiment notre volonté de donner une visibilité accrue aux communautés plus marginalisées, en particulier aux personnes autochtones. Nous voulons faire connaître, par exemple, la bispiritualité, dont on entend encore très peu parler, mais aussi le principe d’intersectionnalité. Une personne n’est pas juste gaie, lesbienne, trans, comme elle n’est pas juste noire, autochtone, latinx. On ne peut pas les découper et garder juste ce qui nous intéresse. Ce qu’on veut envoyer comme message, c’est qu’on veut se battre pour les personnes dans leur entièreté, pour tous leurs droits, pas juste pour une partie d’elleux. Dans ce cadre-là, c’est tout à fait pertinent de parler des droits des personnes autochtones durant la Fierté.
On veut permettre aux personnes des communautés marginalisées de partager leur expérience. On passe par des capsules vidéo, des balados et des épisodes de Heure BIPOC, une série qui donne la parole aux personnes noires, autochtones et de couleur des communautés 2SLGBTQI+. De plus, les journées communautaires permettent faire le lien entre toutes ces communautés et des organismes qui offrent une panoplie de services adaptés.
Quel chemin reste-t-il à faire au Québec pour les droits des personnes 2SLGBTQI+?
Il y a de plus en plus de visibilité dans les médias, mais on manque encore de représentations réalistes. Il faut comprendre qu’on n’est pas toujours en mode spectacle. Il faudrait plus de personnages qui ne sont pas définis uniquement par leur genre ou leur orientation sexuelle, qui ont leur sensibilité propre.
Et la visibilité, c’est bien, mais ce n’est pas tout. Les gens ont besoin d’espaces sécuritaires et d’accès aux services. Encore trop de personnes âgées doivent retourner dans le placard quand elles sont prises en charge par le système de santé, comme en CHSLD, et sont souvent invisibles quand il est question de personnes 2SLGBTQI+. Les personnes vivant avec le VIH sont encore stigmatisées et victimes de désinformation sur la maladie et ses traitements.
Même si un service se donne, la manière dont il est donné est tout aussi importante.
Il faudrait plus de services offerts directement à ces communautés-là, par des organismes qui comprennent leur réalité. Parce que même si un service se donne, la manière dont il est donné est tout aussi importante. Bon nombre de personnes trans se sont heurté⸱e⸱s à de l’incompréhension en ce qui concerne leur nom ou à des difficultés administratives absurdes parce que les gens à qui iels avaient affaire n’étaient pas informés.
Les choses avancent, mais il reste du chemin à faire. Notre but, c’est d’avancer toustes ensemble. Même si des fois ça va un peu moins vite, on en ressort certainement plus fort⸱e⸱s.
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