Vanessa Breton

Typologie des trolls

Je suis, entre autres, gestionnaire de communauté. Les trolls, je connais ça. Pas les bibittes qui vivent sous les ponts ou qui se battent contre les hobbits, là. Vous savez, ces gens anonymes qui semblent vivre dans le seul but d’écrire des commentaires déplacés ou déplaisants sur les sites web et les pages Facebook. L’équivalent web du gars qui s’invite à ton party sans apporter de bière, mais qui trouve le moyen de se plaindre de ta playlist et du fait que ton chat lui donne des allergies.

 Et j’ai les miens, ceux qui sévissent sur URBANIA.ca. Je connais leurs noms de plume, une petite alerte se déclenche en moi dès qu’un d’eux commente sur les réseaux sociaux. Je sais ce qu’il va dire. Et il sait que je vais l’effacer. Il commente quand même. Il trolle. C’est son rôle. C’est sa raison de vivre.


Ce texte est adapté du magazine Anonymat, présentement en kiosque et disponible sur la Boutique URBANIA.

Mais il existe une belle biodiversité dans le monde des trolls, c’en est presque touchant. Voici donc ma typologie des trolls, mon herbier de la bêtise, mon petit guide d’observation du pollueur de commentaires dans son habitat naturel.

Le troll vulgaire

Le plus bas sur la chaîne alimentaire, le troll vulgaire s’applique généralement à écrire le plus de fois possible le mot « fuck », à poster des images obscènes ou à tester les frontières intersidérales de sa créativité avec les formulations blasphématoires de base. Le gars qui va se mettre à conjuguer le mot « crisse-cul », mais qui n’a aucun rapport dans la discussion.

Le troll qui aimerait que tu sois autre chose

C’est le gars qui commente sous chaque article pour dire qu’URBANIA manque de sérieux, que le Devoir est anti-conservateur, que le Journal de Montréal parle trop de sport, que Matthieu Bonin est trop vulgaire ou que le Voir n’est plus ce qu’il était. Il pourrait juste passer son tour, mais considère que ses remarques judicieuses sont nécessaires à l’avancement de l’humanité et à la bonne marche de l’univers. Idéalement, il aimerait que tu sois autre chose. Le concept de ligne éditoriale ou de mandat lui est totalement étranger.

Exemple : « Comment osez-vous, URBANIA, faire des articles sur les pommes quand des gens meurent d’Ebola? »

Le troll à l’opinion tranchée

Ce gars-là n’aime pas ______ (insérez ici : les féministes, les séparatistes, les gauchistes, les photographes, les iPhones, les subventions, le bilinguisme, Radio-Canada, etc.) et tient à ce qu’on le sache. À chaque fois qu’un billet touche approximativement au sujet qui lui tient à cœur, il débarque avec toute sa fougue, déplorant que le sujet soit encore traité, de la même manière, par le même média, sans réaliser qu’il fait exactement la même chose à chaque fois.

Exemple : « Encore un billet de féminazis. » (Évidemment le troll ne s’arrête pas en si bon chemin, mais quand tu écris le mot « féminazis » pour référer aux féministes, moi j’arrête de te lire et j’appuie sur Delete.)

Le troll rigoureux

Ce gars n’a jamais tort. Il n’a jamais, non plus, accès au second degré. Quand quelqu’un écrit un billet sarcastique ou utilise une figure de style comme l’hyperbole ou la métaphore, le troll rigoureux corrige. OH QU’IL CORRIGE.

Exemple : « Vous saurez que contrairement à ce qui est écrit dans cet article, Pierre Bruneau est non seulement un excellent lecteur de nouvelles, mais il n’a pas 145 ans, étant né en 1952. Personne ne vous relit? Et ça se dit journaliste! »

Proche parent du troll rigoureux :

Le troll Antidote

Il aurait voulu être réviseur grammatical. Il est malheureusement conseiller en ressources humaines chez Lasik MD. Pour tromper le temps, il a absorbé son Bescherelle par osmose, connaît toutes les règles du Ramat de la Typographie et, surtout, a une vision de 22/20 à cause de son prix staff. Résultat : chaque faute de frappe, chaque erreur d’accord est aussitôt signalée, avec moult reproches. Mais ce n’est pas tout! Les anglicismes le terrifient et toute formulation joualisante l’horripile. Ces écarts du français normatif doivent être punis. Son modus operandi consiste alors à utiliser la méthode carotte-bâton suivie d’une réflexion historico-sociologique.

Exemple : « Excellent texte, mais illisible à cause de tous ces “pis”, ces “toé” et ces anglicismes. Il est loin, le temps de Félix, où on soignait notre langue… Les jeunes veulent faire COOL et massacrent notre belle langue. Pas surprenant que le Québec se fasse manger la laine sur le dos! Petit peuple qui oublie ses racines! »

Le troll de peu de mots

Selon lui, son opinion est claire et n’a pas besoin d’être élaborée. Ses commentaires se tiennent en un mot (et énormément de ponctuation). Que ce soit la surprise (« Vraiment?!?!?! »), le mépris (« Vraiment, URBANIA? Vraiment? ») ou la nostalgie d’un temps lointain  (« C’est là que vous êtes rendus URBANIA?? Vraiment? »), il signale son mécontentement avec une efficacité redoutable. On le soupçonne d’être allé à HEC (ou plus probablement à l’ESG UQAM), à cause de son économie de mots et, souvent, de réflexion.

Exemple : « VRAIMENT????!?!?!?!????!?!?!! »

Le troll ascète

Lorsqu’il maîtrise parfaitement son art, le troll de peu de mots accède à un territoire mystérieux où le clavier devient superflu. Pourquoi se casser la tête à former des mots et donner un sens à des phrases quand tu peux copier-coller des mèmes usés à la corde ou, dans les bonnes journées, des photos d’Yves Corbeil? Lui non plus n’en voit pas l’utilité.

Exemple :

Le troll encyclopédique

L’opposé du précédent, le troll encyclopédique ne publie rien qui n’est pas au moins deux fois plus long que l’article qu’il commente. C’est le premier gars qui a pensé à insérer des notes de bas de page et une bibliographie dans un commentaire sur Facebook. Le problème, c’est qu’il ne répond que très rarement au vrai propos du texte, préférant s’insurger contre une demi-phrase en plein milieu d’un paragraphe.

Exemple :

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Le troll fiscaliste

Tout ce qui importe au troll fiscaliste, c’est ce qu’on fait avec ses taxes. Une émission d’humour à Télé-Québec? De l’art public? Un pont? Des cyclistes? Les cégeps? Des médicaments? Tout le monde en parle? Des hôpitaux? Guy Laliberté dans l’espace? Ubisoft? Les noms des stations de métro? Les manifestations? Les policiers qui empêchent les manifestations? Les tam-tams d’abreuvoirs hybrides végétaliens en sens unique du maire Ferrandez? C’est tout lui qui paye ça.

Avec. Ses. Taxes.

Exemple (en fait, rigoureusement, exactement la même chose, tout le temps) :

“Je peux pas croire que je finance ça avec mes taxes!

Le troll bol-en-pain

Ce gars-là réfléchit dans le pas-creux. S’il lit de l’opinion, c’est pour se faire dire qu’il a raison. Quand ça dépasse un peu les lignes, no compute. Si quelque chose ne semble pas tout à fait cadrer avec sa vision des choses, son cerveau tilte autant que la fois où il s’est trompé de porte en allant voir le gala de François Massicotte et qu’il est entré dans le Musée d’art contemporain. Il ne connaît qu’une seule mesure : le sacro-saint gros bon sens. C’est son refuge, sa doudou. Avec lui, il se sent toujours en sécurité.

Exemple :  « Ben voyons don! Rien qu’à voir, on voit ben que ça a pas de christ de bon sens! C’est qui les clowns qui ont pensé à ça? »

Finalement:

Le troll qui déraille 

Un troll, ça n’a jamais tort. Ça a raison dans une réalité parallèle, et ça fait tout pour essayer de t’y entraîner. Que ce soit en affirmant que le sexisme ou le racisme n’existent pas, que les vaccins sont un complot ou simplement en insérant (ou retirant) du deuxième degré où ça leur fait plaisir, ces trolls te forcent constamment à repartir de zéro. Ils font tellement dérailler le débat que tu commences en parlant de changements climatiques et, sans t’en rendre compte, après une demi-douzaine de commentaires, t’es rendu à parler de l’agenda islamiste caché d’Amir Khadir pis de l’assassinat de Kennedy. Mais il tient son bout.

Exemple : « La guerre en Irak, c’est ben à cause des OGM pis des péquistes, ça. »

Vous en connaissez d’autres? Vous vous reconnaissez? 

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