Les 10 commandements du joueur de guitare dans un party

En plus d’écrire dans mes temps libres, je gratte également la guitare. Je ne suis pas un virtuose de l’instrument à six cordes, mais je me débrouille assez pour qu’on me dise de l’apporter dans les rassemblements festifs. L’été est très propice à ce genre d’activité. On veut aller dehors, on veut boire et bouncer au rythme d’une guit. Fête de cour arrière, camping, BBQ, house party, tout peut s’y prêter.

J’ai eu mon lot d’agréables “spectacles” cet été que ce soit avec ma gang de chums, en famille ou alors, improvisé dans un groupe d’inconnus.

Peu importe l’auditoire, tu remarqueras que des tendances reviennent constamment. Particulièrement si, comme moi, t’es ce que la mielleuse Matricule 728 appelle “un osti d’gratteux d’guitare”.

Voici donc les 10 règles à suivre en tant que guitariste officieux dans une soirée :

10- Le bandmate temporaire, tu endureras.

La guitare est un instrument rassembleur, c’est pourquoi elle est si populaire dans un party. Tsé t’as beau être le Jimi Hendrix du gazou, après trois tounes, ça s’peut qu’un fêtard éméché te la fasse disparaître dans le rectum. La guitare c’est smooth, c’est plaisant, et son registre d’émotion est large, ce qui en fait un instrument qui a un pouvoir d’attraction puissant. Alors après plusieurs chansons, quand le party lève, il est possible qu’un percussionniste amateur se joigne à toi, vous transformant désormais en un duo.

Est-ce que celui-ci est un legit drummer de 10 ans d’expérience qui se joint à toi ? Bin sûr que non. C’est le gars bin trop paqueté qui, de surcroît, possède le sens du rythme le plus exécrable de la Terre qui devient désormais ton métronome. En plus de s’exécuter terriblement mal, il prendra l’instrument improvisé qui lui tombera sous la main : bol à salade, cuillère de métal, table, etc.

Endure et concentre-toi sur ton beat à toi.

9- Les demandes spéciales, au mieux tu feras.

Tu agis un peu comme un jukebox, alors c’est normal qu’on te mette un 25 sous en bouche, qu’on t’appuie sur les mamelons et qu’on te crie une demande spéciale.

Parmi celles-ci, t’as la demande que personne connait sauf le dude; t’as celle que tout le monde connait sauf toi pis t’as l’air cave; t’as celle de la fille qui t’a harcelé toute la soirée pour la jouer et quand tu la fais, elle s’en calisse; t’as celle que tu joues pour quelqu’un et que tu te rends compte qu’il connait juste trois mots du refrain (salutations à mon père); t’as la demande spéciale confuse (HEY, JOUE DONC LA TOUNE DE SMASHING PUMPKINS LÀ, TSÉ LÀ, C’EST GENRE … PRETTY FLY FOR A WHITE GUY!), t’as les excellentes demandes spéciales… mais que y’a toi pis le dude qui feel la chanson, faque les 13 autres personnes s’en calissent.

Bref, une partie de plaisir !

8- Tes compos, tu ne joueras pas.

R’garde. T’es peut-être un excellent auteur-compositeur aux compositions véritablement solides. Sauf que c’est très rarement souhaitable dans une atmosphère festive comme autour du feu en camping où tout l’monde est chaud comme des poêles. Le monde veut danser, chanter et juste tripper. Si tu te mets à jouer ta composition ultra-emo sur la naissance de ton premier enfant, ta première rencontre avec ta blonde ou encore sur la fois où ton ex-copine t’as brisé le coeur en faisant un threesome avec tes deux frères… man, tu vas crisser un solide malaise dans place. Tes compos, le monde s’en torche. À moins que ce soit une toune funky où tu énumères humoristiquement les sortes de vagins. Là, le monde embarque.

Autrement, calme-toi le Linda Lemay.

7- Être la musique de fond, tu accepteras.

De façon générale, les gens aiment la guitare. Sauf qu’il faut tu comprennes que c’est pas tout l’monde qui veut nécessairement que toute l’attention soit pendant 2 heures sur un dude qui se la fend en se flattant l’ego de pseudo-artiste. Pis hey, c’est bin correct. Y’a des dudes et dudettes qui préfèrent jaser entre eux et espérer trouver une connexion wi-fi entre leurs organes génitaux. Cette indifférence fait que tu seras de la musique dans un café-bistro : juste cool pour mettre une ambiance, mais le son doit rester à maximum 4 coches.

Accepte-le, ne sois pas l’animateur de radio douchebag qui hurle et qui cherche désespérément la participation.

6- La douleur, tu méconnaîtras.

Avec la pratique, tu développeras quelque chose d’essentiel à tout joueur de guitare : la corne. Cette couche de peau sèche et dure te permettra d’endurer la douleur que peut produire la pression continue sur des cordes de métal. Sauf que pour les musiciens à temps partiel, la corne fait le travail jusqu’à un certain point. Quand le party est fou et que tu joues pendant 3-4 heures de temps comme si t’étais sur l’acide à Woodstock, ta corne sert autant qu’un corset sur Sonia Vachon. Alors, tu ressentiras de la douleur sur le bout de tes doigts.

Fuck la douleur, joue pour ta gang.

Ce qui peut t’aider c’est…

5- La bonne dose d’alcool, tu consommeras.

Ah! l’alcool, la solution à trop de choses. Non seulement l’alcool engourdira tes doigts et ainsi diminuera la douleur, mais, pour un guitariste-chanteur, c’est également un excellent lubrifiant d’égo. Je t’explique. Tu sais la toune de Bon Jovi que t’aimes tellement chanter chez vous, mais où t’es jamais capable d’atteindre la note ? Deux mots pour toi : Bi – ère. Un peu paqueté, un joueur de guitare n’a plus de limites, car il n’a pas la conscience d’être off. Alors, lorsque tu reverras ton chum le lendemain en lui disant à quel point tu te sentais “in the zone pendant Livin on a Prayer”, il te montrera la vidéo qu’il a prise la veille et tu constateras qu’en fait, tu sonnais comme si t’avais les testicules dans le Magic Bullet.

4- Les jugements, tu ignoreras.

Inévitablement, lorsque tu pars dans ton trip, t’enchaînes des tounes que t’aimes jouer. Tu veux également faire une pierre, deux coups et jouer ce que la crowd aime. Tu l’sais, rendre tout le monde heureux, c’est impossible. Alors, tu te retrouves comme dans la section commentaires d’une toune légendaire genre “Bohemian Rhapsody” sur Youtube. Y’a toujours un pogo pour dire “Justin Bieber > Freddie Mercury”. Sauf que dans un contexte de musicien de party, le pogo s’exprime comme : “Sérieux fuck ton Nirvana, joue du Dany Bédar man!”

Ignore-le et attends à la fin du party quand il sera en coma éthylique, pour enterrer son corps dans le bois. Ou pas.

3- Le mood de la soirée, tu jugeras.

Une des qualités du musicien de party est de “feeler le mood”. Vrai que tu peux être celui qui influence l’ambiance avec des pièces festives du terroir folklorique québécois. À l’inverse, si tu enchaînes “Creep”, “Le répondeur”, “Everybody Hurts”, “Alléluia” et “Suicide Solution”, ton auditoire pourrait te faire comprendre que ton registre pourrait être plus coloré. Si tu joues juste des chansons que personne ne semble connaître, tu te transformeras en numéro 7 de ce palmarès. Sur le bord d’un feu, vas-y pour des classiques smooths avec des refrains accrocheurs. Dans un house party, tu peux pas mal plus gueuler et y aller plus énergique.

Feel le mood.

2- Avant l’ennui, tu arrêteras.

Souviens-toi de ça : arrête avant d’être le musicien de métro. Le type qui se démène et qui, malgré son talent, se fait ignorer, dévisager et se fait prendre en pitié parce que personne ne l’écoute. C’est même pire parce que toi, tu ne recevras pas de change pour ta pitié. Regarde les réactions autour, tu devrais le savoir quand le monde est  écœuré d’toi. Check, joue “Wonderwall” d’Oasis. Si personne embarque au refrain, finis la toune, lâche un “bon bin allright m’a prendre un break” juste un peu blasé, remets ta guitare dans son étui pis va boire. C’est terminé. Hey, voir que PARSONNE veut chanter Wonderwall. “‘CAUSE MAYBEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE !”

1- Pour la crowd, tu joueras.

Le plus important, c’est que tu joues pour divertir les gens.

Ne pense pas que tu joues pour toi, jeune naïf. Tu joues pour toi quand tu te tapes des plaisirs coupables chez vous, caché dans ta chambre. Quand t’es l’amuseur public, le cracheur de feu, l’acrobate, voire la femme à barbe du party, tu dois jouer pour eux. C’est cool que t’aimes ça Étienne Drapeau, mais non. Adapte-toi à ton party.

Chez ta famille à Noël, joues du Donald Lautrec, pis check bin tes matantes se swinger les années 60 à en perdre leurs dentiers. Dans ta belle-famille anglophone, évite les Cowboys Fringants pis le Plume. Avec ta gang de chums d’hockey, joue du Bob Bissonnette bin chaud, les gars vont tellement capoter qu’ils vont se casser des chaises dans l’dos. Dans ton souper avec tes chums de filles, gratte doucement une toune des sœurs Boulay, ça va finir en bataille d’oreiller pis en expérience lesb… ok je m’éloigne.

Bref, sois la bougie d’allumage et fais en sorte que tout le monde passe un bon moment !

À toi, joueur et joueuse de guit, je vous lève ma bière tiède (parce que ça fait 4 tounes tu fais sans prendre de gorgée).

Portez-vous bien, jeunes gens.

(Hey by the way, pendant que j’tai, tu peux également lire d’autres shizzles du Moes, ici.)

Pour lire un autre texte de Le Moes : “14 cours qu’on aurait dû avoir au secondaire”

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