10 raisons qui font que Montréal n’est pas tant bike-friendly que ça

Bien avant les Buzzfeed et autres, dans les fameuses Pages de la fin du magazine, Urbania inventait le concept de «liste». C’est avec joie que nous déployons dorénavant cette expertise sur le web, montrant du même coup que l’original reste, toujours, supérieur. Aujourd’hui, Donavan Lauzon s’intéresse à la prétendue réputation de Montréal comme ville cyclable.

Je suis Montréalais. J’ai une voiture, un vélo et il n’est pas rare que je prenne les transports en commun. Dans mon cocktail de transport, ce n’est que lorsque j’enfourche ma bécane que j’ai le sentiment. C’est un sentiment difficile à décrire, c’est un mélange de peur et d’incertitude, l’appréhension d’un éventuel danger. Je suis plus tendu qu’à mon habitude, il m’arrive même de me faire des images mentales d’accidents.

Vous savez, c’est ce même sentiment qui fait en sorte que je mets toujours un casque. Même si maintes recherches ont démontré que l’efficacité de celui-ci n’est pas optimale en cas d’impact et que piétons et automobilistes ont statistiquement plus de chances de vivre un traumatisme au niveau de la tête, je mets mon casque. Parce que je me sens vulnérable.

La bicyclette demeure malgré tout mon moyen de transport favori durant la période estivale. C’est économique, efficace, écologique et c’est surtout l’ultime moyen pour profiter de et découvrir la ville.

Ne reste que ce foutu sentiment de merde qui remet en question ma perception de Montréal comme étant une ville bike-friendly. Les médias nous la décrivent comme telle : 4-5 supports à vélo design font leur apparition sur le Plateau et Montréal devient la capitale du cyclisme en Amérique du Nord. Rappelez-vous l’engouement pour le projet Bixi. Avec le recul, je ne suis pas si certain que c’est un succès sur toute la ligne. On célèbre en grande pompe chaque nouvelle piste cyclable et on fait des pirouettes quand un commerce devient «accessible à vélo».

Montréal est-elle une ville aussi bike-friendly qu’on la décrit? Voici 10 raisons qui me font douter.

1-Les portières
Cauchemar #1 du cycliste urbain. Seulement dans mon entourage, 2 personnes ont été victimes de la négligence d’automobilistes qui n’ont pas pensé à regarder le rétroviseur avant d’ouvrir la porte. Cette pratique est sanctionnée par le Code de la Sécurité Routière : 30$ d’amende. Je vous laisse imaginer les blessures qui peuvent en résulter. Le mieux c’est d’en parler, pour que tous prennent l’habitude de le faire, un peu comme les angles morts. Je m’inclus dans le lot, regardez vos rétros! Mention spéciale à la rue St-Denis, je ne sais pas comment les cyclistes font pour rouler là entre le trafic et les voitures stationnées.

2-Les passages priorité vélo
Les automobilistes ne respectent aucunement ce genre de signalisation. Zéro pis une barre. La plupart du temps, ils ne savent même pas qu’ils existent. Pour les passages piétonniers, je dirais que le principe des lignes jaunes commence tranquillement à être intégré. Pour les vélos, ça attendra faut croire. La piste cyclable Henri-Julien dans Villeray et celle sur Brébeuf dans le Plateau sont particulièrement dangereuses pour ceci. Une intervention policière serait souhaitable pour faire respecter les passages prioritaires.

3-La répression
Parlons-en, de la police. Pour le non-respect des feux de signalisation qui fait tant rager les automobilistes, les amendes sont distribuées de manière très aléatoire. Tout cycliste voulant être moindrement efficace tentera de ne pas s’arrêter. Mais ceci est un autre débat. La plupart du temps, lorsqu’il y a une pièce d’équipement défectueuse sur une auto, les agents de la paix émettent un avis qui donne un délai pour changer la pièce. Est-ce que c’est la même chose pour les freins arrières et réflecteurs des cyclistes? J’ai plutôt l’impression que les policiers ont le réflexe du pad à ticket plus rapide quand il y un pédalier impliqué.

4-Les pistes cyclables
Celles-ci sont très achalandées en heure de pointe et il s’y forme des files d’attente. Les usagers finissent par se rabattre sur les rues avoisinantes.  Aussi, il y a certains corridors assez peu desservis. Vous êtes au centre-ville et voulez aller vers le nord aux alentours du boulevard Saint-Laurent? S’il est 3h15, il y a de fortes chances que vous vous retrouviez en train de zigzaguer entre les taxis sur la main.

Il n’y a pas suffisamment de pistes cyclables, elles ne sont pas bien entretenues, elles sont souvent encombrées, la signalisation est déficiente, l’éclairage est déficient, elles mènent parfois nulle part, en voulez-vous plus?

5- Stéphane Gendron
Il écrivait un billet sur le Huffington Post la semaine dernière. Pour lui, les vélos ne sont que de potentiels risques d’accident. La route c’est fait pour les voitures et l’économie, lire ici : les camions qui transportent des marchandises. Je ne m’attendais à rien de moins de la part de ce mononcle frustré. Il décrit exactement le paradigme qui doit être changé. Il a un discours totalement déconnecté de la réalité montréalaise actuelle et si ça se trouve, il n’a jamais pédalé sur l’île. Il est bien triste de constater que ses propos dignes de radios-poubelle trouvent des échos et soient partagés.

6- Les vols
Évidemment. Total fléau. Le cycliste montréalais capte bien assez vite qu’il doit s’acheter un cadenas de qualité ($$$) et bien barrer sa monture. Si ce n’est pas le vélo au complet, ce sera une roue ou la selle. Victime de deux vols, je ne prends plus de chance, je le rentre chez moi. Le plus frustrant dans ces incidents a été le manque total d’empathie de la part du Service de Police de la Ville de Montréal. J’ai porté plainte dans les deux cas et à chaque fois on s’est contre-crissé de ma situation. J’avais vraiment l’air de déranger l’agent assis derrière le comptoir. C’est en remplissant une déclaration pour vol de vélo qu’on saisit le peu de chances de le retrouver. Surtout, si l’on se fie au SPVM.

7- Le stationnement
Les voleurs n’étant pas assez nombreux, on apprenait récemment que la Ville de Montréal retirait les vélo du mobilier urbain. Oui, c’est illégal de stationner votre vélo sur le poteau de stationnement. Où le barrer alors? J’aimerais bien avoir réponse à cette question. Les endroits sécuritaires manquent cruellement. Certaines initiatives qui ont eu lieu lors de grands rassemblements (Jazz, Francos) m’ont étonné par leur efficacité. Dommage que ces solutions ne soient qu’éphémères. On voudrait plus de supports à vélos.

8- La construction
Bien entendu, ça touche tous les usagers de la route. Souvent par contre, le cycliste est oublié dans le réaménagement des voies. Dans certains cas, il faudra faire un détour immense pour pouvoir passer à un endroit. Dans d’autres, il n’y aura aucune charretière de trottoir. Avec les immenses nids-de-poule, les plaques de métal et les trous béants, il devient carrément dangereux de circuler où il y a des travaux. Je ne sais pas si vous êtes passés sur Saint-Laurent près du viaduc Van Horne récemment. On nous a promis une piste cyclable ultra sécuritaire. C’est carrément la pagaille de ce côté présentement. Personnellement, je passe très souvent au coin Lajeunesse et Gouin pour le boulot. Il manque une jonction de 100 mètres de piste cyclable pour se rendre au pont Viau. Il n’y a pas eu d’activité dans ce secteur dans les derniers 3 mois. Faudrait que ça bouge.

9- Pas de vélos dans les parcs
On apprenait récemment l’intention de la ville de restreindre la circulation des vélos dans les parcs Jeanne-Mance et La Fontaine. Comme si c’était ça le vrai problème. Aménagez des voies cyclables qui ont de l’allure aux abords des parcs et personne ne sentira le besoin d’aller rouler dans le parc. ALLÔ!

10-Les préjugés sur le vélo en hiver
Le ministre des transports, monsieur Robert Poëti, songe à l’interdire. Son argument : c’est dangereux. Avec la même logique, il devrait être interdit de sortir de chez soi l’hiver. Vous pourriez tomber. Pensez-y bien. Avec ce gars comme capitaine du bateau des transports, ce n’est pas demain la veille qu’il y aura des changements en faveur des cyclistes. Les gens qui font du vélo l’hiver sont des guerriers. Chapeau bas. Faisons donc en sorte qu’ils puissent utiliser la route comme bon leur semble et ce, de manière sécuritaire.

Il y en a un paquet de choses que j’aurais pu nommer dans ce texte. Le but n’est pas de remettre de l’huile sur le feu entre cyclistes et automobilistes. Le procès des cyclistes pourrait très bien être fait. Ils ne sont pas assez visibles, roulent à contre-sens, se baladent avec des écouteurs. Personne n’est irréprochable, il y a des améliorations à faire de chaque côté.

Mon portrait paraît sombre, mais je continue à pédaler à Montréal. C’est pas l’enfer, mais c’est loin d’être le paradis. J’ai juste hâte au jour où je pourrai proposer à ma mère de m’accompagner dans mes déplacements en ville. Ce jour-là, le sentiment aura disparu. Ce jour-là, des gens de tout âge seront sur la route. J’ai hâte au jour où le vélo sera considéré comme un réel moyen de transport et non pas seulement un hobby. Ce jour-là peut-être que Montréal sera vraiment bike-friendly.

Crédit photo: Robert Couse-Baker

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up