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Quand j’étais un adolescent aux bras trop longs et à la peau trop grasse, je bossais comme livreur dans un restaurant Subway de mon patelin. Salaire minimum, utiliser ma propre voiture (well, celle de mes parents) et des pourboires (parfois). J’étais payé pour rouler vite et écouter du Lagwagon à fond la caisse (j’étais ado, j’aimerais vous le rappeler). En prime? Du Subway gratos! Yé!
Le seul défi? Arriver à l’heure. Le seul inconvénient? Porter un uniforme qui m’identifiait comme étant un « Sandwich Artist » (oui, oui, « Artist », comme dans le film de Jean Dujardin, mais avec des « 12 pouces, 5 dollars »). « C’est dommage, mais c’est comme ça », comme dirait le gérant lorsqu’il m’a coincé avec un jeans à la place du pantalon réglementaire…
Depuis quelques jours, une (nouvelle) grogne populaire gronde sur les médias sociaux. La cible? La chaîne de magasins Renaud-Bray qui irait – on note le conditionnel ici – jusqu’à suspendre sans salaire les employés qui arboreront le fameux carré rouge en magasin. Même que le délégué syndical de la succursale Champigny-St-Denis invite ses clients, via son blogue, à boycotter ce magasin, car « le carré rouge, ce n’est pas une croix gammée, c’est le symbole d’un soutien moral, d’un engagement social ». Hé boy…
Les habitués de la section « blogue » d’Urbania le savent déjà, les auteurs réunis ici tanguent souvent vers la gauche. Mais là, je dois avouer que je décroche un peu…
Si je ne pouvais pas porter mon gaminet de Lagwagon en bossant pour une chaîne de restaurants fast-food, pourquoi les employés de Renaud-Bray – qui se qualifie comme « le plus important réseau de librairies francophones en Amérique du Nord » – espéraient-ils porter le carré rouge sans se faire taper sur les doigts avec un signet?
Bien sûr, vous me direz que les employés du Théâtre d’Aujourd’hui, eux, peuvent porter leur carré rouge, et c’est tant mieux ainsi, mais – encore là – « c’est dommage, mais c’est comme ça. » Chacun sa façon de gérer son petit empire…
Nous vivons des mois historiques où chaque journée amène sa petite décharge électrique qui, du jour au lendemain, pousse des citoyens tétanisés par la politique à descendre dans les rues, puis à cogner sur des casseroles, ou encore à s’amouracher d’un panda anarchiste.
Je lance le bal! À Montréal, il y a Olivieri ainsi que Drawn & Quaterly. À Sorel-Tracy, nous avons la Librairie Marcel Wilkie. Et près de chez vous, ça à l’air de quoi?
En fait, je crois que ce qui me déçoit le plus dans toute cette histoire (et ça me fait mal au coeur de l’avouer), c’est que le délégué syndical qui a mis le feu aux poudres ne mentionne pas dans son billet incendiaire que cette politique ne vise pas que le carré rouge, mais tout ce qui dérogerait à la neutralité que les employés devraient afficher lorsqu’ils sont au travail. Une politique connue et instaurée depuis des années d’ailleurs, comme l’a déjà fait valoir Mathieu Poirier…
Bien sûr, le fameux carré rouge n’est pas un symbole de violence, ni une comparaison boîteuse à la croix gammée (come on!), mais ça demeure une icône, une forme géométrique colorée qui représente une idéologie, un mouvement de résistance; un idéal, même! Mais rien dans ce règlement n’empêche les employés de porter le carré rouge (ou vert, ou jaune, ou un macaron où on peut lire « Raël, c’est l’amour ») après leur quart de travail, par contre. Bref, on s’entend qu’il y a pire! Et ça, c’est sans parler des alternatives (comme : ne PAS travailler pour Renaud-Bray).
Tout ça pour vous dire que je ne boycotterai pas Renaud-Bray, mais je n’encouragerai pas la chaîne non plus (celle-ci nuisant, justement, aux librairies indépendantes où il fait bon bouquiner et/ou qui puent le patchouli). En fait, l’exercice – éviter ce réseau – est plutôt facile, car étant aussi geek que paresseux, je commande la plupart de mes consommations culturelles sur le Web. Tiens donc! Plutôt que de parler de boycottage, si on revenait sur les alternatives? Si on privilégiait les pushers de culture qui, eux, tolèrent la feutrine?