Mireille Gravel

Le ratage de logo comme sport olympique

En design graphique, l’important n’est pas de participer.

C’est connu : organiser des Jeux olympiques, c’est fatigant, ça coûte cher, ça fait des jaloux et ça laisse les villes hôtes avec un paquet de désillusions, de promesses non tenues et de structures vouées à l’abandon.

Un autre risque est à considérer : celui de rater son logo.

Le logo doit faire rêver. Et avec les grandes attentes viennent les grandes responsabilités, ou quelque chose comme ça.

C’est que des milliards de regards se tournent vers vous, déterminés à recevoir une première dose d’émerveillement avant la grand-messe. Le logo doit faire rêver. Et avec les grandes attentes viennent les grandes responsabilités, ou quelque chose comme ça.

Pourtant, l’histoire récente des JO est parsemée de logos mal foutus.

État des lieux.

Beijing 2008

La série noire commence quand le logo des Jeux de Pékin est détourné pour faire écho aux politiques brutales de répression en Chine. La silhouette sur fond rouge prend alors un tout autre sens.

Vancouver 2010

Deux ans plus tard, le logo des Jeux d’hiver canadiens fait également parler pour de mauvaises raisons : les sportifs le trouvent statique, les esthètes le trouvent laid, et les Autochtones crient à l’appropriation culturelle.

London 2012

L’esthétique… particulière du logo laisse le monde perplexe. Une perplexité qui se transforme en ricanement quand on découvre sa ressemblance avec «Lisa Simpson dans un acte de sexualité orale». Une fois qu’on l’a vu, impossible de revenir en arrière.

PyeongChang 2018

Fluidité, dynamisme, impact et inspiration sont des mots qui ne seront jamais prononcés à la vue de ce logo.

Tokyo 2020

La médaille d’or du logo problématique revient probablement aux JO de Tokyo prévus pour l’été prochain. En juillet 2015 – cinq ans avant les Jeux –, le comité olympique japonais présente le logo officiel, dessiné par Kenjiro Sano, un designer reconnu. Cet emblème crée aussitôt un malaise par son manque de dynamisme et de charme. La semaine suivante, le Théâtre de Liège et son graphiste exigent du CIO qu’il retire ce logo. Leur motif? Il s’agirait d’un plagiat du logo de leur théâtre (NDLR : qui pourrait lui-même être considéré comme un plagiat du logo de Time Life Records, mais bon). Leur demande est rejetée, mais on apprend incidemment que Sano a déjà fait face à des accusations de plagiat dans un autre dossier. La pression monte. Le chef du comité olympique japonais annonce finalement le retrait du logo incriminé. Un concours graphique est rapidement lancé pour créer un nouveau logo et tourner la page sur cette douloureuse affaire.

Paris 2024

Le logo officiel les Jeux de 2024 vient tout juste d’être dévoilé. La tour Eiffel de la version de candidature a laissé place à un symbole qui rassemble l’or, la flamme olympique… et Marianne, l’incarnation de la République. Le résultat s’enlise dans une esthétique chic-sexy-bling-bling à mille lieues de l’esprit sportif et rassembleur qu’on attend d’un tel événement. Du coup, les réseaux s’amusent; je vous laisse googler ça. On ne tient pas la controverse du siècle, mais la compétition de la meilleure blague vaut bien un podium.

Milano Cortina 2026

Plus ça va, moins ça va. Les jeux d’hiver italiens héritent d’une œuvre visiblement dessinée en WordArt avec des gants de ski. Une composition gênante d’amateurisme, plantée de pointes acérées, reste à espérer que nos athlètes en sortiront indemnes.

Los Angeles 2028

À ce stade, j’entends juste des harpes, des trompettes, et le crépitement de mes rétines qui brûlent.

★★★

La suite est une histoire qui reste à écrire, j’ai quasiment hâte!

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