Le ramadan en 7 questions

La journaliste Takwa Souissi répond aux questions les plus communes qu'on pose aux musulmans lors de ce mois sacré.

Incursion dans la tête d’une musulmane qui répond aux mêmes questions depuis plus de 15 ans. Si vous avez un ami/collègue/voisin musulman, prenez des notes. Ça pourrait vous éviter ben des malaises. Sans rancune ;)

« Pourquoi on jeûne? »  

Ce mythe en est un à déboulonner pour les musulmans eux-mêmes, qui sont nombreux à le propager. À la question : pourquoi vous faites le ramadan? Plusieurs répondent encore aujourd’hui que c’est pour « se souvenir des moins fortunés ». Ok, oui, ultimement c’est sûr qu’on ressent de la gratitude et qu’on est amené à partager nos richesses dans ce mois sacré. Mais c’est TELLEMENT pas ça la raison fondamentale. C’est vrai que c’est la réponse la plus facile à donner à un enfant ou à un non-musulman, un peu pour vulgariser le sujet. Mais au final, on jeûne parce que c’est un acte prescrit par toutes les religions monothéistes (pensons au Carême chez les chrétiens) et dans plusieurs autres traditions spirituelles, dans le but de faire un travail d’autodiscipline et d’introspection. Pour mettre l’âme avant le corps, tout simplement.

« Donc vous ne mangez pas pendant 30 jours?! »

Ça a l’air fou, mais cette question revient plus souvent qu’on pourrait le croire. Alors je vous rassure : le jeûne en tant que tel se déroule du lever au coucher du soleil. On mange alors sans contrainte. J’en profite pour souligner que le jeûne durant cette période inclut d’autres aspects, comme la cigarette ou les relations sexuelles. Le mauvais comportement gâche aussi la valeur du jeûne, par exemple le fait de se mettre en colère contre quelqu’un. Je vais vous dire une chose : pas évident de rester calme et respectueux dans le cadre d’un conflit quand on a faim. Disons que je trouve ça pas mal plus facile de contrôler ma faim que mes sautes d’humeur ! Un autre beau défi à relever…  

« Même pas de l’eau? »

Souvent, cette interrogation horrifiée est suivie de « Ouf, je pourrais jamais ». La réponse courte : « Nope, même pas de l’eau, insérer petit rire ». La réponse longue, la vraie ? Effectivement, ce n’est pas toujours facile. Je dirais même que la soif est peut-être LE défi physique du jeûne…et je ne changerais ça pour rien au monde. Qu’est-ce qu’un acte de foi sans l’idée de se dépasser? Qu’est-ce qu’un sacrifice sans difficulté ? Le plaisir est dans le fait de prendre cette première gorgée froide à 20h22 pile, la savourer, ressentir la pleine reconnaissance pour ce qu’on tient toujours pour acquis. Quant au « Ouf, je pourrais jamais » : bonne nouvelle, personne n’y est obligé!

« Ouain, mais anyway vous vous bourrez rendu au soir »

Pour vrai, non. Je vais être très concrète pour vous donner une idée : après quelques dattes, un verre d’eau et une bonne soupe consistante (allô, Harira ! Google it !) je suis presque rassasiée. On prend une petite pause pour prier et on revient à table pour un plat principal et des fruits, mettons. C’est vrai qu’on ne mange pas de la journée, mais ça ne crée pas plus d’espace dans notre estomac et surtout, on ne veut pas se sentir lourds et aller se coucher direct après. Les exceptions ? Quelques soirées dans le mois où l’on reçoit ou sommes invités chez des amis…la gourmandise et l’hospitalité font leur œuvre !

« Oui, mais quand même, vous vous levez au milieu de la nuit pour manger », peut-on ajouter. C’est vrai. Un peu avant le lever du soleil, on se lève pour prendre un dernier verre d’eau et avaler de quoi en vitesse. Ça coïncide avec la première prière de la journée, alors on en profite pour la faire et retourner se coucher !

« Et les enfants, ils jeûnent aussi? »

Non. Le jeûne commence techniquement aux alentours de l’adolescence. Certains tentent des demi-journées avant, pour vivre l’expérience et s’en vanter à leurs petits amis.

« Ça te dérange pas que je mange devant toi ? »

Je me sens mal de rire de cette question parce que je sais qu’elle est souvent posée en toute bonne foi et par malaise de ne pas trop savoir comment agir. Mais pour vrai cette question est plus dérangeante que le fait de vous voir manger. On est pris à dire « Mais non, mais non c’est correct/T’es sûre/Oui oui je suis habituée [insérer rire] ». Bref, une fois pour toutes guys : empiffrez-vous autant que vous voulez devant nous. Au pire si on a un craving pour quelque chose dans votre assiette, on le prendra pour emporter !

« Ouain, mais t’es même pas pratiquant pourquoi tu fais ça? »

Voilà un mythe un peu plus délicat à aborder. C’est que, voyez-vous, certains se permettent de juger la foi ou le cheminement personnel des autres. Et ça peut être lourd, surtout si la personne qui jeûne tente par cet acte un ultime effort d’introspection, et qu’on ne cesse de lui rappeler qu’il/elle ne prie pas, boit de l’alcool ou ne cadre pas avec la définition du parfait musulman pratiquant. Or le ramadan est pour tout le monde, proche ou plus éloigné de leur foi, et le reste leur appartient.

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