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Le problème avec les #GirlDads

Le problème avec les #GirlDads

Paternité positive ou tendance nocive?

13 octobre 2026
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Il n’y a pas si longtemps, ma collègue Véronique Masse se penchait sur la tendance (un peu problématique) des #BoyMoms, ces mères surprotectrices qui mettent leur garçon sur un piédestal.

Bien, il semblerait que les pères de filles ont aussi leur mot-clic : #GirlDad. Si les publications qui y sont associées sont un peu plus cutes et légères, la tendance vient aussi avec son lot de critiques. Assez pour se demander s’il ne serait pas temps de remiser le hashtag.

Le premier #GirlDad

Le terme Girl Dad a beau célébrer la beauté des relations père-fille, il tire ses origines d’un événement pas mal moins jojo : la mort de Kobe Bryant dans un accident d’hélicoptère. En janvier 2020, la disparition aussi soudaine que tragique de ce monument du basketball avait provoqué un flot impressionnant d’hommages, incluant celui de la journaliste sportive Elle Duncan.

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Celle-ci racontait avoir croisé Kobe durant un événement alors qu’elle était enceinte. Quand elle lui a révélé qu’elle attendait une fille, le joueur étoile lui a spontanément fait un high five, affirmant que : « Les filles, c’est le best ! » Le père de quatre demoiselles aurait ensuite ajouté : « J’en aurais cinq autres si je le pouvais. Je suis un girl dad. »

Le témoignage d’Elle Duncan a manifestement touché les internautes puisqu’il a récolté des dizaines de millions de visionnements sur les réseaux sociaux.

En quelques heures, le mot-clic #GirlDad est devenu viral, inspirant des pères de partout dans le monde à partager des images d’eux avec leur.s fille.s.

Des compagnies se sont même mises à vendre t-shirts, casquettes et autres accessoires affublés de la nouvelle expression tendance. Un mouvement était né.

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#GirlDad 2.0

Plus de six ans après la mort de Kobe Bryant, le mouvement #GirlDad a beaucoup évolué. Bien sûr, on trouve toujours des photos accompagnées de témoignages touchants de pères qui rendent hommage à leur.s fille.s. Mais de plus en plus de papas se servent du mot-clic pour défier les stéréotypes de genre liés à la parentalité.

Prendre le thé, s’habiller en princesse ou s’adonner à une séance (plus ou moins heureuse) de maquillage n’est plus seulement l’apanage des mamans. Pas plus qu’accomplir des tâches ménagères, gérer des peines d’amour ou afficher publiquement son affection pour sa.ses fille.s.

Deux Londoniens ont même lancé les soirées Pints & Ponytails, où des hommes apprennent les rudiments de la coiffure sur des têtes de mannequins tout en buvant une bière. (Ça doit pas faire les tresses les plus symétriques, mais bon.)

Qu’ils passent par l’humour ou l’émotion, les pères sont de moins en moins hésitants à se montrer sensibles et vulnérables sur les réseaux sociaux. La preuve : le mot-clic #GirlDad accompagne aujourd’hui près de quatre millions et demi de publications sur Instagram et TikTok.

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Et c’est tant mieux, puisqu’une relation saine avec leur père peut avoir plusieurs bienfaits pour les filles. En tant que premier homme de leur vie, il devient souvent le modèle de ce qu’elles considéreront comme normal, voire souhaitable chez un homme plus tard. Aussi bien donner l’exemple le plus tôt possible.

Des études démontrent aussi qu’une bonne relation père-fille mène à moins de solitude chez l’enfant. Elle pourrait même favoriser une meilleure santé cardiométabolique à long terme.

Aussi bien dire que les papas ont des superpouvoirs.

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La fin des #GirlDad ?

algré tout, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les dérives du mouvement #GirlDad. Certains craignent que le mot-clic ne renforce les doubles standards de la parentalité : on acclame les pères pour des comportements considérés tout à fait banals chez les mères. Une femme qui change la couche de son bébé au McDo, y a rien là. Mais un homme qui sort triomphalement de la salle de bain sans avoir flushé son enfant par mégarde? Un héros des temps modernes! On le couvre d’éloges pour avoir simplement fait sa job de parent.

Ça, c’est sans compter que les hommes profitent souvent d’un « bonus de paternité » au travail : leur statut de père leur donne une aura de sérieux et de maturité qui peut mener à une augmentation ou une promotion. Chez les mères, on parle plutôt de « pénalité de maternité » : craignant que leur famille monopolise leur énergie et leur attention, certains employeurs dévalorisent ou même congédient les nouvelles mamans.

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Le mot-clic #GirlDad renforce aussi l’idée qu’il y a des activités de filles et d’autres de gars. Un père va récolter des millions de clics avec une vidéo où il danse en talons hauts avec sa fille alors qu’une autre où il joue au frisbee avec son fils passera inaperçue. Faut croire que participer à des activités « féminines » demande un courage immense qui mérite d’être souligné.

Et plusieurs mettent en garde contre l’aspect « paternité performative » qui vient trop souvent avec le mot-clic #GirlDad, comme s’il suffisait de l’accoler à une publication pour obtenir de facto le titre de père de l’année. Mais publier une vidéo attendrissante ou porter un t-shirt Girl Dad ne garantit pas automatiquement qu’un père s’investit réellement dans l’éducation de sa fille ni qu’il est un allié féministe. D’ailleurs, le OG Girl Dad Kobe Bryant a été accusé de viol en 2003. Utiliser le mot-clic #GirlDad sans que ce soit soutenu par des actions concrètes au quotidien, c’est comme faire un air ball de la ligne de lancer franc : ça rate la cible.

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Longue vie aux #GirlDads !

D’un autre côté, les grands titres des journaux prouvent presque quotidiennement que le monde a cruellement besoin de modèles masculins positifs. Avec les féminicides à la chaîne, les récits de viols collectifs et la montée inquiétante des mâles alphas, ça prend peut-être des exemples d’hommes sensibles et engagés pour renverser la vapeur.

Si The Rock qui se fait maquiller sans broncher, Russell Wilson qui fait du ballet ou Ludacris qui se fait exfolier peuvent convaincre un ti-cul que le respect, la bienveillance et l’ouverture ne sont pas des signes de faiblesse, qui sommes-nous pour s’y opposer? Tant mieux si ça peut normaliser la chose et inciter plus de pères à s’intéresser à ce qui branche leur.s fille.s.

Mais, au-delà d’être un bon #GirlDad, faudrait pas juste essayer d’être un bon #Dad ? Au moins, il y a de l’espoir : le mot-clic #Dad est huit fois plus populaire que #GirlDad sur Instagram et TikTok.

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