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Le problème avec les #boymoms
Lorsque Gabrielle, cheffe de Mollo, m’a demandé si j’avais envie de me pencher sur le phénomène des boy moms, j’ai répondu deux choses. La première : oui. La deuxième : c’est quoi, au juste, une boy mom? Visiblement, j’avais réussi à passer complètement à côté de la tendance.
À première vue, le terme me semblait pourtant assez simple à décoder. Boy. Mom. J’avais les deux prérequis. J’aime mon fils de manière probablement médicalement préoccupante : j’ai 12 000 photos de lui dans mon téléphone (voir mon article sur ledit problème, ici) et je trouve que ses pieds sentent le ciel. Sur papier, ma candidature semblait donc assez solide.
Après trois heures de scrolling pour mieux comprendre la tendance, j’ai compris que le terme cachait pas mal plus de stock que je pensais. Au-delà du malaise et des nombreux jugements qui m’habitaient, j’avais surtout envie de comprendre ce qui se joue derrière tout ça, psychologiquement, mais aussi socialement.
Bienvenue chez les boy moms
À l’origine, une boy mom était simplement une mère de garçons. Le terme circulait déjà en ligne au début des années 2010, notamment chez les mamans blogueuses. Puis, Internet a fait ce qu’il fait de mieux : il a pris un concept relativement inoffensif et l’a transformé en une sous-culture, avec ses codes, ses détracteurs et suffisamment de contenu pour créer des pages et des pages de cringe.
Dans cet univers, être mère d’un garçon ne suffit évidemment pas pour obtenir sa carte de membre. La boy mom version Internet en fait plutôt un trait de personnalité. On la reconnaît aux hashtags fièrement affichés, aux chandails et aux tasses qui annoncent son statut, puis aux publications sur ce lien mère-fils si unique que seules les autres boy moms peuvent vraiment comprendre. Son garçon, lui, est spécial, irréprochable, très souvent surprotégé et bien installé sur son petit piédestal.
Et puis, il y a celles qui poussent le concept un peu plus loin : elles parlent de leur fils comme de leur premier amour, de leur premier coup de foudre.
OK, jusque-là, ça passe. Mais quand son départ éventuel est comparé à une rupture amoureuse ou que sa future partenaire commence déjà à prendre des airs de rivale, là, ça passe moins.
Les réseaux sociaux ont évidemment flairé le potentiel, et la boy mom est devenue un personnage à part entière. À lui seul, le hashtag #boymom cumule autour de 30 millions de publications sur TikTok et Instagram. Une femme qui l’utilise sous une photo de son enfant n’est pas automatiquement en train de préparer une offensive contre Laurianne, 17 ans, mais derrière la caricature se cachent tout de même des questions sur les frontières émotionnelles entre certaines mères et leurs fils.
Et c’est là que j’ai réalisé que la boy mom telle qu’on la connaît aujourd’hui n’avait peut-être, finalement, rien de bien nouveau.
La fameuse belle-mère
La mère qui trouve que personne n’est assez bien pour son fils, on la connaît déjà. Le cinéma et la télévision en ont même fait un trope : la figure envahissante et possessive qu’on adore détester.
Sauf qu’avant de devenir la belle-mère dans l’histoire de quelqu’un d’autre, elle était simplement une maman.
Alors, comment l’amour parfaitement normal qu’on porte à son enfant peut-il, chez certaines mères, glisser vers quelque chose de plus sombre?
La psychologie familiale offre quelques pistes, notamment le concept d’enchevêtrement relationnel. Selon Caroline G. Picard, psychoéducatrice et formatrice à la Clinique Socio Santé, la différence entre un lien très fort et une relation qui devient trop enchevêtrée se joue souvent dans un équilibre fragile, mais précieux. « Lorsqu’un parent parvient à être attentif aux besoins de son enfant sans lui confier le poids de ses propres besoins affectifs, il crée les conditions d’un attachement sécurisant. L’enfant peut alors s’éloigner, explorer et devenir lui. » À l’inverse, explique-t-elle, lorsque les frontières deviennent floues, il peut devenir plus difficile pour chacun de trouver sa juste place à mesure que l’enfant gagne en autonomie.
En d’autres mots, Nathan, 10 ans, pourrait hésiter à aller dormir chez un ami parce qu’il sait que sa mère se sent seule, sans lui. Bref, beaucoup de responsabilités pour quelqu’un qui, quelques années plus tôt, mangeait encore ses crottes de nez.
Et ça ne s’arrête pas nécessairement à l’enfance. Selon Caroline, apprendre à ces jeunes garçons qu’ils peuvent s’éloigner sans se sentir responsables des émotions de leur parent, c’est aussi les aider à devenir des adultes bien avec eux-mêmes et capables d’entretenir des relations saines avec les autres. Gagnant, gagnant.
Le petit garçon qu’on garde petit
Mais il y a peut-être autre chose derrière la boy mom que la simple difficulté à laisser son fils partir. Et même si, jusqu’ici, je les ai jugées allègrement, il faut quand même leur accorder ceci : elles n’ont pas inventé le système dans lequel elles élèvent leurs garçons. Collectivement, on n’élève toujours pas les filles et les garçons de la même façon. Et là-dessus, je pourrais repartir pour 1 000 autres mots, mais restons concentrés.
De récentes études montrent qu’à la maison, les filles sont responsabilisées plus tôt. Elles participent davantage à presque toutes les tâches, notamment la cuisine, le ménage, le lavage et le rangement. La seule exception? Sortir les poubelles. Une victoire pour l’égalité, un sac vert à la fois.
Cette répartition inégale des tâches ne semble d’ailleurs pas disparaître avec l’âge. Au Canada, les femmes consacrent encore en moyenne 3,7 heures par jour au travail non rémunéré, contre 2,6 heures pour les hommes. Sur une année, ça représente environ 402 heures de plus. L’écart persiste également lorsqu’il s’agit de prendre soin des enfants : chez les parents canadiens, 76 % des mères effectuent des tâches routinières liées à leurs soins au cours d’une journée, contre 57 % des pères.
C’est là que le paradoxe devient intéressant. À trop vouloir protéger son garçon, on risque de faire à sa place ce qu’on voudrait justement qu’il apprenne : prendre soin de lui-même, gérer ses émotions et participer pleinement à la vie domestique.
On déplace alors cette charge mentale vers quelqu’un d’autre plus tard. Et statistiquement, on a déjà une petite idée de qui risque de la ramasser : probablement cette future partenaire qu’on regarde déjà de travers.
Vue sous cet angle, la boy mom est le produit d’un système beaucoup plus vieux qu’Internet. C’est probablement ce qu’il y a de plus étrange dans le contrat parental : on passe les premières années à se rendre indispensables, puis tout le reste à leur apprendre à avoir de moins en moins besoin de nous. Ambitieux, tout de même, considérant que je ne peux même pas encore aller faire pipi sans voir la tête de mon fils apparaître dans le cadre de porte.
Et puisque j’ai déjà donné mon avis sur tout le reste, aussi bien finir le travail. Mon souhait à moi, au fond, c’est d’élever un petit gars féministe, autonome et attentionné, qui saura d’abord prendre soin de lui-même, puis des autres, et qui grandira en sachant que les tâches, les émotions et le soin n’ont pas de genre. Peut-être qu’il aura une blonde, un chum, personne. Peut-être qu’il vivra en Indonésie, fera son propre kombucha et me demandera de respecter ses limites énergétiques. Tant qu’il est heureux, NAMASTÉ.
PS Le kombucha, c’est infect.
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