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Le petit lexique du féminisme

La Gazette des femmes et URBANIA s’associent pour vous parler de féminisme.

Par
Marie Darsigny
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Les derniers mois ont été teintés d’une vague de féminisme qui a touché la culture populaire et l’actualité. Est-ce parce que Coeur de Pirate a fait son coming out? Que votre petite cousine Camille a commencé un certificat en études féministes? Que votre mère a récemment découvert Beyoncé? Que la ministre de la Condition féminine a déclaré ne pas être féministe?

Quoi qu’il en soit, la Gazette des femmes et URBANIA vous suggèrent de vous mettre à jour dans votre vocabulaire féministe. Qui sait, un débat de salon avec un.e diplômé.e de l’Institut Simone de Beauvoir est si vite arrivé!

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Féminisme(s)
Il peut sembler bizarre de vouloir définir ce mot dans un lexique féministe. Facepalm, duh. Or, certaines et certains sont un peu dans le champ quant au sens exact de ce mot. Même si j’ai un poster dans ma chambre qui dit «Les femmes qui souhaitent l’égalité avec les hommes manquent d’ambition» (*toux* joke de frueminisse *toux*), je dirais qu’à la base, simplement, le féminisme est un mouvement qui prône l’égalité entre les hommes et les femmes.

Il y a plusieurs façons de pratiquer le féminisme.

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Mais si on gratte un peu, on se rend vite compte qu’il y a plusieurs définitions et plusieurs façons de pratiquer le féminisme, d’où le «s»: féminismes. Mon féminisme à moi, il a commencé quand on m’a vêtue d’une couche rose, il a continué quand on m’a envoyé dans une école de filles et il s’est développé quand j’ai posé mes fesses dans une salle de cours où on m’a introduite à la théorie queer. Et vous, quelle est l’histoire de votre féminisme?

Intersectionnalité
Ça sonne peut-être compliqué, mais c’est vraiment easy. Pensez à une intersection, la croisée des chemins. L’intersectionnalité, c’est l’idée que les systèmes d’oppressions se recoupent et affectent les individus différemment à cause de diverses causes, visibles ou non. Exemple: Maggie est une femme cisgenre (Voir notre guide des genres).

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Maggie fait partie d’une minorité invisible, puisqu’elle est lesbienne. Maggie fait aussi partie d’une minorité visible, puisqu’elle est d’origine haïtienne. Le féminisme de Maggie est donc teinté par l’expérience de ces systèmes d’oppression: sexisme, hétérocentrisme/homophobie, racisme. Maggie gagne le gros lot à la loterie de l’intersectionnalité, sauf que son prix n’est pas une BMW ou un voyage dans le Sud. Phrase clé: «Mon féminisme est intersectionnel ou bien n’est pas du tout».

Queer est un terme qui englobe pas mal d’identités.

LGBTQ+
Joke typique de mononcle: «Ben voyons, combien ils vont en rajouter, des lettres? L’alphabet au complet, tant qu’à faire?» Oui, Mononcle Guy: l’alphabet au complet, si c’est pour inclure le plus d’identités possible. LGBTQ+ fait référence à la fois à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre. C’est un acronyme: lesbiennes, gais, bisexuel.les, transgenres, queer. Le symbole «+» englobe les termes intersexe, asexuel.le, two-spirit, NAME IT.

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T’as un problème avec les étiquettes? N’oublie pas que pour certaines personnes, ces définitions sont essentielles. Tu t’en câlisses, parce que: one love? Tu peux toujours te dire queer, puisque c’est un terme qui englobe pas mal d’identités. C’est un mot réapproprié de l’anglais, où queer pourrait se traduire par «étrange». Ça désigne une fluidité dans le genre et/ou dans l’orientation sexuelle. Tu t’en câlisses ENCORE? Eh bien, checke ton privilège.

Privilèges
Les privilèges sont, pour faire ça court, des droits accordés à certaines personnes en particulier à cause de certaines caractéristiques qu’elles présentent: race, sexe, genre, orientation sexuelle, éducation, classe sociale…

Un truc juste humain, qui est primordial: l’empathie.

Dans un contexte féministe, le mot privilège fait souvent référence aux positions que certaines personnes tiennent pour acquis, mais qui découlent en fait d’une situation où elles sont mises en valeur. Exemple: Guy est un homme blanc cisgenre hétérosexuel. Ses privilèges sont nombreux, puisqu’il fitte dans ce qui est ce qui est défini comme étant « normal » dans une société capitaliste, patriarcale, hétéronormative, néo-libérale. Les transports et les lieux publics sont adaptés pour lui, il fait partie du public cible des pubs, il se voit représenté dans les films et les séries télé; bref, il n’a pas à se battre jour après jour pour exister.

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Ça vous semble exagéré? Un truc ultra-féministe (just kidding, un truc qui est juste humain): l’empathie. Mettez-vous dans les souliers d’une personne qui fait partie d’une minorité ou d’une catégorie de personnes opprimées: vous comprendrez mieux. Autres mots qui sont en lien avec les privilèges: âgisme, capacitisme, sexisme, racisme, etc. Ces mots font référence à des systèmes discriminatoires envers l’âge, les capacités physiques ou mentales, le sexe ou le genre, la race. Hashtag représentatif: #OscarsSoWhite

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Slutshaming
Revenons à notre amie Maggie. Maggie est dans un bar. Elle porte une mini-jupe et une camisole au décolleté plongeant. Maggie discute quelques instants avec un homme, qui lui paye un drink (Maggie adore les vodkas-sodas). À la fin de la soirée, Maggie quitte le bar avec une amie, alors que l’homme qui lui a payé un verre lui crie de rentrer avec lui, qu’elle est une agace, une salope, qu’elle l’a séduit, qu’il lui a payé un verre pour rien. Certes, cet homme est un asshole.

Le slutshaming est pratiquement indissociable de la culture du viol.

Cet homme vient aussi de carrément slutshamer Maggie, c’est-à-dire qu’il se base sur la façon dont elle est habillée pour l’humilier et la réduire au statut d’objet. Ce comportement fait partie de la culture du viol, un autre buzzword souvent utilisé dans un contexte féministe.

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Analogie douteuse: les frites sont au trio McDo ce que le slutshaming est à la culture du viol: un à-côté pratiquement indissociable. La différence, c’est que le slutshaming et la culture du viol brisent des vies. Le McDo? Pas sûre. Hashtag représentatif: #BeenRapedNeverReported

Mansplaining
Hyper simple: une femme parle, un homme intervient pour répéter exactement la même chose, mais avec une formulation différente, du haut de son privilège masculin. C’est du mansplaining. Vous doutez de la fréquence de ce comportement? Vous pouvez lire Men Explain Things to Me de Rebecca Solnit, ou bien juste visiter n’importe quelle salle de classe ou lieu de travail.

À noter: le mansplaining a souvent lieu dans des contextes où des femmes dénoncent des comportements misogynes. Exemple: Maggie raconte qu’elle s’est fait harceler dans la rue par un homme et qu’elle s’est sentie menacée. Guy lui répond en tentant de justifier le comportement de cet homme (qu’il ne connaît d’ailleurs fuckall): «Oui, mais il avait de bonnes intentions, il ne s’est pas douté que tu te sentais menacée, il ne te voulait pas de mal, #NotAllMen, etc»… Hashtag représentatif: #YesAllWomen

Un backlash vise à diminuer l’importance du combat.

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Backlash
Le backlash est un terme qu’on utilise pour désigner les réactions antagonistes ayant lieu à la suite d’actions féministes. C’est donc un mouvement social antiféministe. Typiquement, un backlash vise à diminuer l’importance du combat («Vous vous plaignez pour rien, l’égalité est déjà atteinte»), ainsi qu’à déclarer que les militantes exagèrent ou que leurs actions engendrent de la misandrie. Un exemple plus large: on pourrait considérer l’administration Trump (oppressive et conservatrice) comme étant le backlash de l’administration d’Obama. Ce n’est pas un terme qui est exclusif aux discussions féministes!

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Alors, est-ce que ce mini-lexique clarifie un peu les choses? Maintenant que vous avez mis vos lunettes féministes, vous ne pourrez plus les enlever! Vous êtes donc en business pour vos prochaines lectures féministes et un des meilleurs endroits où en trouver c’est du côté de la Gazette des femmes. On peut y lire des articles parfois un peu plus sérieux qu’un lexique URBANIA, mais oh combien pertinents pour faire avancer la condition des femmes du Québec et d’ailleurs!

Pour lire un autre texte de Marie Darsigny: «Céli-lesbi».

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