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Le critique américain Chuck Klosterman affirmait, dans son ouvrage X : A Highly Specific, Defiantly Incomplete History of the Early 21st Century qu’il suffit d’avoir une idée intéressante pour avoir du succès sur le plan artistique. Que c’était plus important que d’avoir tout le talent du monde.
Bien que la série Euphoria soit très soignée, tant sur le plan visuel que narratif, c’est l’idée même d’un mélodrame quasi mythologique pour ados qui en fait sa force. À mi-chemin entre la comédie musicale et l’étude anthropologique d’une jeunesse poquée à la Harmony Korine (Kids, Spring Breakers), l’originalité de la vision de son créateur, Sam Levinson, était indéniable.
Sauf que ça, c’était en 2022, soit il y a quatre ans.
Depuis, l’industrie du divertissement a changé à un point tel qu’on est un peu en droit de se demander si la parade n’est pas un peu passée pour Euphoria. Et, après la diffusion du premier épisode de la nouvelle saison dimanche dernier, la question qu’on se pose tous maintenant est : Euphoria peut-elle recréer la magie de son élan initial dans le monde actuel ?
Parce que cette première était franchement désastreuse.
Rue Bennett (Zendaya) travaille maintenant comme passeuse de drogue pour Laurie (Martha Kelly). Un sort inévitable, puisqu’elle lui devait 10 000 dollars. La nouvelle saison s’ouvre donc sur Rue qui s’affaire à passer du fentanyl à la frontière du Mexique.
Les premières minutes de l’épisode sont donc consacrées à la montrer alors qu’elle coince son véhicule EN HAUT du fameux mur de Trump (je ne vous niaise pas) pour s’engorger des ballounes remplies de drogue avec son amie Faye (Chloe Cherry) pour ensuite les chier dans une baignoire de l’autre côté de la frontière. Après huit minutes seulement, j’ai eu une épiphanie : mon Dieu, je n’ai aucune envie de regarder ça.
Et là, on n’a même pas parlé de Cassie encore.
La pauvre amasse des fonds pour son mariage avec Nate en faisant du puppy play sur TikTok et planifie ouvrir un compte OnlyFans pour s’offrir un arrangement floral à 50 000 $. Un problème auquel on peut tous s’identifier, certes.
Cassie Howard qui devient une bridezilla narcissique et vulnérable ? J’avais pas ça sur ma carte de bingo pour la nouvelle saison d’Euphoria.
Ce que je reproche à ce nouvel épisode — à part d’être d’un ennui presque mortel —, c’est qu’il est en rupture avec ce qui, à l’origine, a fait la magie d’Euphoria : la mythification de l’univers adolescent et sa sensibilité mélodramatique. Sam Levinson bâtissait des cathédrales pour honorer de petits moments. C’était une série qui brillait par ses excès.
Je n’ai pas encore perdu espoir, mais ce premier épisode ne comportait aucune cathédrale qui soit digne de mention. Juste une drôle de transition entre deux bourreaux pour Rue.
Bien sûr, un fiasco n’arrive jamais seul.
Le retour d’Euphoria a été mal reçu pour une panoplie de raisons, notamment pour l’hypersexualisation de ses personnages féminins — ce qui lui avait déjà été reproché par le passé. Sérieusement, Cassie en costume de chiot BDSM sexy, j’aurais pu m’en passer.
Sinon, Sam Levinson s’est aussi fait accuser de plagiat parce que rendu là, pourquoi pas ?
Selon les dires de Collins, Levinson l’aurait approchée de son propre chef pour lui confier qu’il s’était inspiré de ses photos pour concevoir l’univers d’Euphoria et pour l’inviter à travailler sur la troisième saison. Elle aurait toutefois été congédiée quelques mois plus tard pour avoir été « trop jeune ». À noter que Petra Collins a 33 ans et expose son travail professionnellement depuis 2014.
Tout ça ne sent pas bon. Vous vous en rappelez peut-être, mais l’autre série de Levinson, The Idol, avait été écourtée d’un épisode en 2023 par HBO, sans doute pressée d’abréger le supplice médiatique et résultant en une finale complètement décousue. Alors, doit-on fait vivre les bonnes idées jusqu’à ce qu’elles deviennent mauvaises ou aurait-on dû lâcher Euphoria après deux saisons afin d’en garder un bon souvenir ?
Pour l’instant, tout ce que je sais, c’est que je serai au rendez-vous la semaine prochaine, ne serait-ce que pour continuer à être témoin de cet accident de voiture en temps réel. Après tout, ça ne peut que s’améliorer, non ? Si vous préférez faire autre chose de vos dimanches soirs, je respecte ça et demeurerai fidèle au poste pour vous dire si ça redevient bon. Promis, juré, craché.
Les fans des deux premières saisons d’Euphoria le savent : ce qui rend Rue attachante, c’est son impossibilité à gérer ses émotions suite au décès prématuré de son père, la tension entre ses raisons de vivre et de mourir, et entre son indépendance sociale et sa dépendance aux drogues. Rue est un personnage tragique, nuancé, frustrant et fondamentalement ado. Elle se comporte comme une ado en détresse parce que, eh bien, elle en est une. Du moins, elle en était une.
De la voir soudainement transformée en professionnelle du monde interlope confiante et baveuse, c’est un peu comme si le livreur UPS s’était trompé de paquet. Levinson lui a enlevé la vulnérabilité complexe qui la rendait si intéressante. L’histoire de la valise de drogue de la deuxième saison allait inévitablement se poursuivre, mais devait-elle prendre toute la place ? J’imagine que Sam Levinson voulait éventuellement faire évoluer ses personnages vers l’âge adulte, mais cette évolution est… ratée ?
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C’est pendant le tournage de la nouvelle saison que la photographe canadienne Petra Collins a accusé le réalisateur. La nouvelle n’avait pas tant fait jaser à l’époque, mais, maintenant que le public peut comparer la facture visuelle des photos de Collins à celle créée par Levinson pour Euphoria, les parallèles sont clairement là.
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