Le mystère Montréal

Le 514 pourrait essayer de faire tomber ses châteaux forts. des fois.

Il y a des régions et des villes châteaux forts de la gauche ou de la droite, partout au Canada, comme il y a des blue ou red states chez nos voisins du Sud.

De temps en temps, ces forteresses politiques s’écroulent. On voit alors, par exemple, l’Alberta élire un gouvernement néo-démocrate, la ville de Québec tomber sous le charme de Jack Layton ou la métropole torontoise emportée par une vague conservatrice. Aux États-Unis, des candidats démocrates gagnent des sièges au Texas, même chose pour des républicains au Massachusetts. On appelle ça une saine démocratie.

Il n’y a qu’une exception à ces métamorphoses électorales: Montréal.

Certaines de ses circonscriptions votent pratiquement libéral depuis le début de la confédération. Leurs noms ont changé à quelques occasions, leurs limites ont bougé en raison du re-découpage, mais la couleur politique demeure rouge vif. 

Stephen Harper a gouverné le Canada pendant une décennie, sans le moindre élu montréalais. La seule grande ville du pays à s’être complètement exclue du pouvoir.

Stephen Harper a gouverné le Canada pendant une décennie, sans le moindre élu montréalais. La seule grande ville du pays à s’être complètement exclue du pouvoir.

Ce qui me semble une partisanerie aveugle n’est pas unique à la scène fédérale. Il y a un an, les Québécois portait au pouvoir un gouvernement caquiste majoritaire à l’Assemble nationale, mais l’île de Montréal envoyait 25 de ses 27 représentants dans l’opposition libérale ou solidaire. Montréal compte présentement trois fois plus de députés solidaires que caquistes. 

Une décennie plus tôt, Mario Dumont créait la surprise en faisant élire 41 députés de la défunte ADQ. Pourtant, pas une seule circonscription montréalaise n’a même passé proche d’en élire un. 

Certains Montréalais aiment s’enorgueillir d’être plus ouverts à la diversité que les péquenots de la campagne. En ce qui a trait à la diversité sexuelle, raciale ou religieuse, peut-être. Mais certainement pas la diversité politique et d’opinions. Montréal, c’est le village gaulois.  Ses leaders sont Gauchix et Multiculturalix.  Ses ennemis, Nationalix et Droitix.

Ce qui m’apparaît comme étant une forme d’intransigeance sert bien mal Montréal. Elle est largement ignorée par les leaders et partis politiques. Les libéraux la tiennent pour acquise, les autres la concèdent, perdue d’avance. Résultat: personne ne la courtise.

Une élection serrée se déroule présentement à la grandeur du pays, mais Saint-Hyacinthe ou Trois-Rivières risquent davantage d’influencer la couleur du prochain gouvernement que l’île de Montréal toute entière. 

Montréal, c’est le village gaulois.  Ses leaders sont Gauchix et Multiculturalix.  Ses ennemis, Nationalix et Droitix.

S’il y a un endroit qui devrait pourtant se prendre en main et donner un sérieux coup de barre, c’est bien Montréal. T’es laide Montréal! T’as pas juste été abandonnée par ta classe politique. T’as mal vieillie. Tes familles se sauvent en banlieue. Tes principales artères sont de plus en plus jonchées de commerces placardés. Tes comptes de taxes grimpent à vue d’œil. Le cône orange est devenu ton emblème.

Je t’aimais avant. Tu m’as vu naître et grandir. Aujourd’hui, je ne voudrais tellement plus vivre chez toi. Tu t’es ben trop laissée aller.

Le citoyen endure, sans rouspéter. Des décisions injustes et illogiques se prennent, au-dessus de sa tête, sans son assentiment, sans qu’il sache trop qui est responsable. 

La corruption s’est invitée dans l’octroi de contrats publics, comme nous l’a démontré la commission Charbonneau. Malgré ça, Montréal se rembarque dans des méga-projets publics, notamment avec un train électrique à 6,3 milliards $. Cette semaine, La Presse nous apprend que le REM prendra deux ans de plus à construire et que les coûts vont exploser.

 Quelle surprise quand on sait que SNC-Lavalin chapeaute le consortium responsable de l’ingénierie et de la construction.  Je ne vois personne se mobiliser pour dénoncer ce cirque. Trop gros. Trop bureaucratique. De toute façon, le citoyen ne sait même plus dans quelle langue parler ou quel canal de communication emprunter pour mobiliser ses voisins. Et le déclin continue, lentement mais surement. Petit train va loin.

Prends-toi en main, Montréal, ça presse! Trouve-toi des élus qui méritent ton vote.

Prends-toi en main, Montréal, ça presse! Trouve-toi des élus qui méritent ton vote. Qui te promettent d’autre chose que des embouteillages, des contrats à SNC-Lavalin et des taxes trop élevées. Trouve-toi une Judy Wilson-Raybould, questionne chacun des candidats, de tous les partis, fais-toi désirer. C’est rendu plus facile d’être député libéral montréalais empoté à Ottawa que sénateur. Wake up!

Le 21 octobre prochain, Montréal, surprends-moi, pour une fois.

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