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Le Québec est non seulement une société distincte, mais aussi un endroit fas-ci-nant (à prononcer comme le ferait Charles Tisseyre). Ainsi, après des mois de manifestations où personnes engagées, familles de casseroles et, surtout, jeunes étudiants descendaient dans la rue pour dénoncer une hausse injustifiée (non, rabâcher que c’est «faire sa juste part» n’est pas une raison convaincante pour imposer un tel montant), voici que la colère gronde chez les mieux nantis… et pour des raisons quand même semblables!
Tout d’abord, du côté de la LNH, un conflit de travail – impliquant aussi les joueurs québécois, bien sûr – fait en sorte que la présente saison sera retardée, voire annulée, car certains propriétaires veulent revoir les conditions de l’entente qui a un mis un terme au précédent lock-out de 2005. Si on transposait cette prise de têtes – un «patronat» qui veut sabrer dans ses dépenses, donc dans ses salaires versés – dans un autre environnement (dans une garderie, par exemple), plusieurs personnes descendraient dans la rue pour dénoncer cette injustice, mais comme il est question de hockey, un «sport de millionnaires» comme le veut le vieux cliché, plusieurs rigolent alors que d’autres s’inquiètent pour les retombées entourant la diffusion du sport. Est-ce que l’indignation aurait, elle aussi, un plafond salarial? À partir de quel montant perdons-nous la faveur de la gent indignée? Que fait le gars dans le suit de Youppi pendant un tel conflit? Tant de questions à 130 000 $…
Le battage médiatique autour de la fameuse mesure du gouvernement Marois est, lui aussi, captivant.
Ainsi, André Pratte mentionnait plus tôt cette semaine qu’«Il n’y a pas pire moment qu’aujourd’hui pour pénaliser le travail et l’investissement». En liant maladroitement les personnes gagnant plus de 130 000 $ par année au «travail», sans nuancer son propos ou glisser une virgule ici et là, m’sieur Pratte en a froissé plus d’un, dont l’incroyable Jackie San du collectif L’Axe du Mad qui appuie tout de même son envolée lyrique avec une vérité usée à la corde, mais toujours aussi efficace: la plupart des jobs vraiment exigeantes (autant du côté de l’effort que du moral) – comme un éducateur de la petite enfance ou préposé aux bénéficiaires, par exemple – ne mènent pas au salaire moyen d’un hockeyeur professionnel, ni même au fameux palier de 130 000 $. Encore là, quelques questions: si les chroniqueurs à la Pratte et Lagacé et si les fous du roi à la Dany Turcotte sont devenus «riches» en faisant fi de la bullshit et en brassant de la marde de 9 à 5, pourquoi le salaire moyen de ceux qui la torchent est aussi bas? Blague à part, je me demande surtout si André Pratte va, à l’image de Jean Barbe pendant le conflit étudiant, devenir une source d’inspiration pour le monde des affaires. Le verra-t-on dans une manif’ à fourrure (ma version tordue et «glamour» d’une «manufestation»)?
En attendant le tintement des coupes de champagne qui accompagnera les manifs nocturnes des mieux nantis dans les rues étroites du Vieux-Montréal, une constance demeure, m’assurant que le Québec n’est pas vraiment à l’envers: la fascination pour ce qui deviendra bientôt notre nouveau «sport national»: regarder Occupation Double et/ou planter systématiquement cette émission. Y’a tellement de problématiques importantes qu’on ignore collectivement – le réchauffement climatique ou la situation actuelle du gars dans l’suit de Youppi -, pourrions-nous glisser notre relation amour-haine avec cette série sous ce même tapis?