Le Messie débarque sur Netflix, mais est-ce que la série fait des miracles ?

Le présumé sauveur habillé par Nike ne passe pas inaperçu.

Drôle de hasard qu’est la sortie, début janvier, de Messiah, une série s’articulant autour d’un mystérieux prophète provenant du Moyen-Orient, en pèlerinage aux États-Unis.

Cet exercice de convergence entre deux mondes aux antipodes peut faire sourire à l’heure où l’Occident et l’Orient n’ont jamais eu l’air aussi polarisés.

Je ne suis pas critique télé ou cinéma (j’ai mis 3 étoiles à ce film dans une autre vie et j’ai trouvé Marriage Story vraiment puritain et ennuyant), mais permettez-moi de vous partager mes impressions sur cette nouvelle série fascinante que j’ai dévorée en trois jours.

Le trait de génie de la série est d’avoir campé au 21e siècle l’arrivée d’un présumé messie, à l’époque où les miracles sont immortalisés par des téléphones cellulaires et non une poignée d’évangélistes.

D’emblée, les amateurs d’Homeland s‘y retrouveront en raison de l’idée maîtresse de la série : est-ce que le personnage principal, surnommé El Massih (convaincant Medhi Dehbi) est un charlatan susceptible de faire passer Giovanni Apollo pour un amateur au panthéon de l’imposture?

Parce que s’il n’est pas fourbe, ça voudrait dire qu’il est l’élu, envoyé par Dieu. Rien de moins. Pas pire dilemme, hein?

Mais peu importe ce qu’on en pense, le trait de génie de la série est d’avoir campé au 21e siècle l’arrivée d’un présumé messie, à l’époque où les miracles sont immortalisés par des téléphones cellulaires plutôt que par une poignée d’évangélistes.

Parce que oui, miracles il y a, ou est-ce simplement l’œuvre d’un prestidigitateur de talent? Criss Angel ou Jésus réincarné? Ou encore est-ce l’Antéchrist envoyé parmi nous avant l’apocalypse?

Criss Angel ou Jésus réincarné?

Je ne veux pas trop vous spoiler de trucs, mais disons que la scène où El Massih marche sur l’eau de l’étang devant le Lincoln Memorial devant des milliers d’adeptes médusés est presque aussi puissante que celle où l’on apprend que Jar Jar Binks est le grand-père de Rey dans le dernier Star Wars.

Oh!

Vous ne le saviez pas encore…

Oupsy…

Kesse ça raconte?

Quelques mots sur l’histoire de cette série chorale, qui se déroule sur plusieurs fronts et continents.

El Massih se volatilise brusquement, pour réapparaitre dans un bled de la bible belt aux États-Unis, alors qu’une tornade fait rage.

Elle s’ouvre au son des obus dans les rues de Damas, où un homme prêche au milieu des ruines. Lorsqu’une tempête de sable s’amène pour étouffer la ville syrienne et faire fuir les belligérants, le mystérieux prophète devient instantanément un héros divin. Il traine donc derrière lui 2000 fidèles – qu’on devine Palestiniens – dans le désert jusqu’à la frontière israélienne, où ils sont aussitôt refoulés et doivent improviser un camp de réfugiés.

Alors que l’affaire débouche sur une crise internationale et braque les projecteurs sur ce camp improvisé à la frontière, El Massih se volatilise brusquement, pour réapparaitre dans un bled de la bible belt aux États-Unis, alors qu’une tornade fait rage.

Il y fait la rencontre d’un pasteur qui retrouve sa foi perdue en apercevant cet homme au milieu de la tempête, devant son église, seul bâtiment à tenir le coup face aux vents violents.

Il n’en faut pas plus pour rallier à nouveau des fidèles derrière El Massih dans un pèlerinage vers Washington.

Mais le cortège ne s’ébranle cette fois pas en gougounes dans le désert, mais bien dans un convoi auquel se grefferont des centaines de véhicules en cours de route.

La mission divine d’El Massih – qui le mènera en face du président – sera perturbée par Eva (hum?), une agente de la CIA personnifiée par Michelle Monaghan, qui tente de révéler au grand jour ce qu’elle est estime être un fake news ambulant. Même scepticisme chez cet autre agent secret (interprété par Tomer Sisley), envoyé par les Israéliens pour neutraliser El Massih, qui se balade sur la banquette arrière d’une camionnette avec un hoodie Nike et des souliers Adidas.

Ce personnage est d’ailleurs très convaincant, avec son regard pénétrant, ses réponses évasives, son calme olympien et sa beauté hypnotique de catégorie «baby Yoda». Le fait que l’acteur qui le campe ne soit pas connu du grand public alimente à mon sens cette aura de mystère.

Réception et polémique

Comme Moïse séparant les eaux (bien joué Hugo!), la série a été reçue de manière tranchée, c’est à dire durement par les critiques, mais très favorablement par les spectateurs. Rarement ai-je d’ailleurs vu un tel clivage entre la population et les journalistes depuis les dernières élections américaines.

Possible aussi que les quelques polémiques ayant éclaté autour de la série en dix épisodes (comme les 10 commandements? Ok, j’arrête…) ont contribué à créer un buzz auprès de l’audience.

En entrevue récemment à l’agence AFP, le réalisateur de la série, l’Australien Michael Petroni (Les mondes de Narnia), s’est pour sa part défendu d’avoir signé une série «offensante», assumant plutôt l’étiquette «provocatrice».

Des détracteurs ont jugé la série anti-Islam, accusant ses créateurs d’alimenter les stéréotypes, à commencer par les thèmes liés au terrorisme. Une pétition circule d’ailleurs pour appeler au boycott de la série et la Jordanie  – où plusieurs scènes ont été tournées – a déjà annoncé qu’une éventuelle saison 2 ne pourrait pas être réalisée sur son sol, invoquant une offense à la religion.

En entrevue récemment à l’agence AFP, le réalisateur de la série, l’Australien Michael Petroni (Les mondes de Narnia), s’est pour sa part défendu d’avoir signé une série «offensante», assumant plutôt l’étiquette «provocatrice».

Même si l’appartenance à une religion précise demeure floue et n’est jamais pleinement assumée, mentionnons toutefois que des producteurs de la série ont travaillé sur la série La Bible, ce qui peut en partie expliquer un côté chrétien-fils-de-Dieu-miracles-prosélyte.

Jésus superstar

Titulaire de la Chaire en gestion de la diversité culturelle et religieuse à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal, Solange Lefebvre explique que l’unité spirituelle du genre humain est une question persistante. «Comme les 1000 trucs qui ont été faits avant, cette série tente de répondre à LA grande question : qui est le Messie?», souligne Mme Lefebvre, ajoutant que la figure du Messie est annonciatrice d’un avenir plus radieux et de cette image du sauveur.

«Au-delà de la controverse, Jésus fait vendre et exerce une fascination depuis 2000 ans.»

Elle souligne que la série ne semble pas générer un si gros scandale, si on la compare aux caricatures de Mahomet ou même la sortie dans les années 70 du film The Last Temptation of Christ (Scorsese), à l’origine d’intenses manifestations devant des cinémas. «Au-delà de la controverse, Jésus fait vendre et exerce une fascination depuis 2000 ans», explique Mme Lefebvre, notamment en raison du manque d’information sur la vie réelle du Christ. « Jésus est une question.  Et le but de la théologie est d’y réfléchir mais en la laissant ouverte », résume-t-elle.

Donc, si vous n’avez pas prévu changer l’eau en excès de vin ce week-end, vous avez maintenant une série à découvrir sur Netflix.

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