Le marathon de l’opportunisme

Le drame de Boston, le règlement P-6… même combat ! ?

Déjà une semaine que les bombes ont éclaté à Boston.

Depuis, beaucoup de sang, mais surtout d’encre, de salive et de kilo-octets ont été versés. Sans être exclusifs à cette tragédie, plusieurs médias ont souligné l’aspect «communautaire» de la couverture de l’affaire et de la chasse aux suspects, le Web collaborant avec les journalistes ainsi que les forces de l’ordre pour le meilleur, comme pour le pire. Ce qui a aussi transpiré (et «transpirer» est le bon mot, car une ‘tite odeur de vestiaire demeure): un incroyable exercice de style en ce qui concerne l’opportunisme.

Opportunisme politique : bien sûr, celui-ci était prévisible. De la «cause» portée par les terroristes, jusqu’aux politicailleries des sénateur Chuck Grassley et autres Michael Moore qui pointent du doigt, respectivement, une politique d’immigration laxe et le Tea Party. L’incident profiterait jusqu’en Russie, où, selon The Atlantic, la nationalité des suspects pourrait stimuler la campagne de Vladimir Poutine pour «reconquérir» la Tchétchénie.

Opportunisme caritatif : dans les moments suivant l’attentat, le groupe punk rock de Boston Dropkick Murphys a produit un t-shirt commémoratif. Les profits engrangés par la vente de celui-ci sont versés aux victimes de la tragédie.

Bien sûr, le collectif en tire un maigre capital de sympathie – «maigre», car celui-ci est déjà très apprécié des citoyens de la ville, notamment grâce à son association aux Bruins -, en plus d’envoyer un certain message : un groupe tanguant vers «l’underground» peut bel et bien faire une grande différence (à ce jour, plus de 100 000 $ ont été accumulés)… et peut même y arriver avec un design de t-shirt vachement ordinaire, disons…

Opportunisme pécuniaire : des gens écoulent des médailles du marathon de Boston sur des sites d’enchères. Certains vendeurs annoncent qu’ils remettront la somme à des oeuvres caritatives, mais pas tous. Vraiment pas tous…

Un autre exemple…

Aussi, des pirates exploitent l’effervescence autour de la tragédie pour tendre des collets : des courriels faisant référence à l’événement dans le sujet suivi d’un lien dans le message qui renvoie à un site téléchargeant des virus récoltant des données personnelles conservées sur l’ordinateur de la cible.

Opportunisme idéologique : égale à elle-même, la controversée église baptiste de Westboro a profité de l’attentat pour mousser sa campagne de haine contre l’homosexualité en tweetant que ces explosions étaient, en fait, des actes de Dieu; celui-ci s’opposant aux mariages des personnes gaies. Pire encore, ces débiles prévoient piqueter pendant les funérailles des victimes. Y’a des claques qui se perdent, en effet…

Opportunisme égocentrique : le pornographe Hunter Moore – le type le plus détesté du Web – a lancé #boobiesforboston sur Twitter. Une campagne où il vante son image de marque en invitant ses adeptes à consoler les Bostoniens en se posant dans leur plus simple appareil. Le coeur sur la main, j’vous dis…

Celui-ci dit remettre 5 $ à la Croix-Rouge par photo, mais les médias américains ne rapportent toujours pas de don en son nom. De toute façon, ça ne serait pas la première fois que le type mentirait pour faire avancer sa cause… 

Dans la même veine : les personnes en manque d’attention qui ont créé des comptes Twitter liés de près ou de très, très loin à la tragédie ainsi que les administrateurs de pages Facebook renommant leurs espaces sur le média social afin de recruter davantage d’abonnés.

et finalement…

L’opportunisme psychédélique : en entrevue avec TVA, le patron de la Sécurité publique à Montréal, conseiller municipal et membre du comité exécutif Christian G. Dubois s’est lancé dans une routine de gymnastique digne de Nadia Comaneci en effectuant un saut particulièrement périlleux qui rapproche l’attentat de Boston à la ligne dure autour du règlement P-6.

Vraiment M. Dubois!?

Même si les deux suspects ne portaient de masque? Même si aucune manifestation liée de près ou de loin à la crise étudiante n’a été interrompue par l’explosion de deux bombes bardées de billes et de clous? Bien sûr, les masques ont une mauvaise réputation lors de rassemblements du genre, mais ceux-ci peuvent aussi calmer le jeu, non?  Prenez le fameux panda, par exemple, qui a aidé à injecter un caractère «festif» à la démarche…

D’accord, d’accord. Abordons ce scénario fantaisiste où, dans un monde parallèle semblable, une foule entière masquée (!?) aurait assisté au Marathon de Boston. Croyez-vous vraiment que les suspects se seraient volatilisés? Le travail acharné des policiers et des justiciers du Web – qui ont identifié les vêtements et sacs des terroristes en plus des visages sur de nombreuses images captées tout au long de l’événement – aurait été ralenti que de quelques minutes, gros max…

Mais vous, M. Dubois, justifiez-vous vraiment un règlement dénoncé par bon nombre de regroupements à l’aide d’une telle tragédie?

En ce lundi suivant le week-end du «420», puis je vous demander le numéro de pagette de votre revendeur? Votre stock semble incroyablement puissant…

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