Le guide du bon corrupteur

Ce texte est extrait du #28 spécial Escrocs | en ce moment dans les kiosques

Un numéro sur les escrocs sans parler de corruption, c’est comme parler de politique sans parler d’enveloppes brunes.

Surtout que, comme on le sait tous le phénomène de la corruption au Québec existait bien avant les bassesses de Charles Guité : les gouvernements Taschereau et Duplessis ont marqué l’histoire par les trous dans leurs livres comptables. En somme, comme le dit si bien le très érudit Maclean’s, l’argent sale est une des ressources naturelles de la province. Pour entretenir et protéger l’héritage de nos ancêtres, Urbania propose ces 10 règles afin que vous aussi contribuiez à la richesse de notre patrimoine et puissiez un jour donner votre nom à un boulevard.

1. Évitez les villages tricotés serrés

La corruption dépend intimement du type de liens que nous entretenons avec les autres et du type de société dans laquelle nous vivons. Autrefois, par exemple, les sociétés de chasseurs-cueilleurs étaient très égalitaires. Les groupes étaient composés de quelques douzaines de membres : ceux-ci dépendaient les uns des autres, ce qui rendait l’exploitation très difficile. Avec l’arrivée de la civilisation et des liens de pouvoirs entre les individus, la corruption a pris une importance inédite dans l’histoire de l’humanité. En d’autres mots, si vous voulez vous émanciper comme corrupteur, évitez tous les villages de consanguins présentés dans l’émission La Petite Séduction.

2. Faites-vous greffer le gène du criminel

Pendant que le système de santé est encore gratuit, faites-vous donc greffer le gène du criminel. En effet, depuis des centaines d’années, les scientifiques sont à la recherche du fameux « gène du crime ». En 1907, Sir Francis Galton a exposé la première théorie de « l’héritabilité des tendances criminelles ». Par la suite, d’autres chercheurs en biologie moléculaire et en génétique ont tenté de prouver, sans grand succès, que des facteurs génétiques comme la constitution de la personne seraient déterminants dans la propension d’un individu à devenir criminel. Or, si vous êtes déjà un criminel, léguez ce qu’il y a de plus précieux à vos enfants : cochez « oui » au dos de votre carte d’assurance-maladie pour le don du gène du criminel.

3. Dites oui au psychopathe qui vous habite

Pour être un bon corrupteur, il faut être un bon sociopathe et démontrer des traits psychopathiques, comme manquer d’empathie, ne pas ressentir de remords et faire preuve de narcissisme à l’exemple de Luis Oliva dans Tag. Toutefois, il faut prendre bien soin de rester sensible aux intérêts des autres : le corrupteur doit gravir les échelons de la hiérarchie sociale s’il veut se retrouver dans une position de pouvoir. Même s’il est psychopathe, il doit donc garder une once d’humanité pour arriver à ses fins. Encore une fois, Luis Oliva dans Tag représente un excellent modèle à suivre.

4. Faites de l’argent votre nouveau BFF

Les corrupteurs éprouvent un profond désir de détourner des ressources pour leur profit personnel, comme de l’argent, des votes, une collection de cartes Magic ou peu importe. Oubliez donc les mots creux comme « altruisme » et « aimer son prochain » enseignés dans votre cours de catéchèse. À partir de maintenant, votre objectif réside essentiellement dans votre enrichissement personnel. Ouvrez votre cœur à la corruption et celle-ci vous le rendra au centuple.

5. Lancez-vous en politique

Il est aussi facile de devenir politicien que de crier « Gagliano » la bouche pleine de spaghettis. Effectivement, la politique ne requiert pas beaucoup de capacités intellectuelles ni physiques. Il suffit de pouvoir épeler son nom correctement des centaines de fois sans se tromper et d’avoir le poignet assez fort pour résister au porte-à-porte. Une fois en poste, vous aurez accès à un vaste réseau de fonctionnaires borderline et à des agences de publicité à la calculatrice magique. Il ne vous reste qu’à vous acheter des souliers pointus chez Aldo et à vous exercer au lancer du pot-de-vin.

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