Carole Spanda

Le Green Spot

Quand quelque chose survit à la vie et aux épreuves du temps depuis 1947, le respect s’impose avant même la première rencontre. C’est vrai pour les grands-parents de ta nouvelle conquête et c’est aussi vrai pour un resto montréalais qui offre des hot-dogs dans Saint-Henri depuis l’après-Deuxième Guerre mondiale.

Le Green Spot de la rue Notre-Dame, c’est plus vieux que les St-Hubert qu’on a tant pleuré quand ils sont passés entre les mains du vilain Rest of Canada. C’est une lueur provenant de la Grande Noirceur et encore aujourd’hui, on peut y retrouver la simplicité et le réconfort qui ont façonné la gastronomie de notre enfance. C’est un peu comme si on mangeait le même manger que nos grands-parents quand ils pouvaient encore se payer quelque chose de tangible avec un vieux cinq cennes et une maison décente pour une famille sans emprunter de l’argent pendant 45 ans.

Poutine, hamburger (dit Ham-bé-ger), sandwich au smoked-meat – quelque chose comme le récit initiatique d’une identité nationale ponctué par l’évolution du prix du hot-dog.

Appelons un chat un chat, le Green Spot ne sera jamais mis en vedette dans une émission de cuisine de Radio-Canada en raison de ses plats innovateurs et des tatouages branchés de son chef vedette. Au mieux, Dany pourrait y faire une Petite séduction si Saint-Henri se sépare du reste de Montréal.

Non, pour vivre pleinement l’expérience du Green Spot, on vous suggère d’y aller sur l’heure du dîner un jour de semaine. Vous allez rencontrer le “staff de jour”, la vieille équipe qui est plus expérimentée avec une friteuse qu’avec Instagram. Des serveuses qui vont t’appeler “ma noire”, mais pas de façon ironique. Une tranche de vie franche, directe, sans artifice – comme la nourriture particulièrement efficace de l’endroit.

On mange quoi au Green Spot?

Moi, le hamburger chaud aura toujours une place de choix dans mon cœur. La version luxueuse du hot chicken de notre enfance est un plat réconfortant, bien cochon et extrêmement satisfaisant. Les frites maison du Green Spot, coupées grosses parce que pas l’temps de niaiser, vous convaincront très rapidement. Les multiples variations de poutine avec les mêmes frites sont d’ailleurs très intéressantes pour éponger les excès au petit matin.

Le Green Spot, c’est aussi un excellent rapport qualité/prix pour le brunch. Pas besoin de payer plus de vingt dollars parce que nos œufs sont servis avec un coulis de fruits, des pousses de saison ou une micro portion d’un condiment de luxe qu’on goûte à peine. Non, absolument pas. Deux œufs sur la plaque, bacon, patates, fruits, café un peu trop amer et tout ça servi en moins de cinq minutes.

Merci, bonsoir.

Belle façon aussi de résumer l’expérience du Green Spot. Tu arrives, pas de cérémonie, tu choisis ta banquette avec un jukebox défectueux à la table, la serveuse t’offre ta nourriture, tu fais comme si tu hésitais à prendre l’option santé, c’est-à-dire la salade détrempée dans la vinaigrette, et finalement tu optes pour les multiples déclinaisons de friture sur le menu – avec un coke, parce qu’ils ont les bons verres pour le servir.

Merci et bonsoir.

Pas de concept, pas d’accord mets et vins, pas de nombreux services sur des planches de bois et pas de bouteilles d’alcool à dix fois le prix de la SAQ.

Du plaisir en bouche simple, comme dans l’temps où on pouvait vivre avec un téléphone par quartier et la radio AM qui griche dans le salon.

Allez-y! C’est comme un voyage dans le temps entouré de gens fortunés de Saint-Henri qui boudent leur condo à 400 000$ avec vue sur le canal Lachine pour se clancher une frite-sauce, à l’abri des yeux de leurs fréquentations plus huppées qui n’oseraient pas fricoter avec ce genre d’endroit où les cols bleus, blancs et rouges se côtoient sans se chamailler.

Quelque chose comme l’un des endroits les plus chouettes de la ville.

Pour lire un autre reportage Table d’hôte : Critique culinaire de la poutine MAC Attack

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