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« Le gouffre lumineux » et l’apocalypse
Anick Lemay cosigne une série particulièrement poignante sur le cancer.
C’est drôle à dire, mais j’étais (en quelque sorte) aux premières loges du combat d’Anick Lemay contre le cancer du sein, en 2018.
À l’époque, j’étais affecté aux réseaux sociaux et à la mise en ligne des articles pour URBANIA. C’est moi qui appuyais sur le bouton PUBLIER. J’ai eu le privilège de lire toutes ses chroniques avant la grande majorité d’entre vous. J’ai aussi été témoin du phénomène alors que vous inondiez le site pour vivre ce moment avec elle. Vous avez fait sauter le serveur deux ou trois fois. Chaque texte d’Anick était systématiquement viral.
La publication d’un recueil était inévitable. La production d’une série télévisée l’était peut-être moins, mais la proposition passe le test. Cosignée par Anick Lemay et Marie-Ève Perron, qui en interprète le rôle principal, Le gouffre lumineux fait traverser au personnage d’Agathe Charpentier le même parcours de combattante que Lemay.
Le résultat est une série anxiogène signée Productions J, sur cette fin du monde bien personnelle qu’est le cancer. Ce gouffre qui sépare la vie en deux pour ceux et celles qui s’en sortent, mais qui avale tous les autres.
Entre les machines et le cœur
Avis à ceux et celles qui vivent ou ont vécu un cancer ou celui d’un proche : Le gouffre lumineux fait vivre ou revivre non seulement les processus de diagnostic et de soins, mais aussi toute l’urgence, le doute et la terreur qui les accompagnent. Préparez-vous à traverser des moments sombres.
Dès le premier épisode, on accompagne Agathe dans le dédale byzantin des hôpitaux, où se suivent les rendez-vous, les biopsies, les machines, les spécialistes et les mauvaises nouvelles. Tout le monde est dans son coin, à la recherche de ce qui la fait souffrir, mais le poids de la solitude d’Agathe est palpable. Elle est seule à vivre la violence de l’incertitude de sa propre survie. Une incertitude représentée par ce gouffre figuratif qui s’ouvre à ses pieds chaque fois que le destin frappe.
Lemay, Perron et la réalisatrice Myriam Verreault n’hésitent d’ailleurs pas à montrer la froideur et la brutalité déshumanisante du processus ainsi que le corps d’Agathe avec, puis sans les morceaux qu’elle perd au combat. Les images sont viscérales, mais reflètent une réalité qu’on balaie trop souvent du revers de la main en prétextant la pudeur.
Heureusement pour Agathe, à chaque étape du processus, elle est accompagnée par ses proches et des professionnels qui se soucient de son bien-être, à l’exception près de son conjoint Samuel (Gabriel Lemire), pour qui elle devient radioactive dès l’annonce de sa maladie. Ce dernier incarne à merveille la peur sourde de la tragédie et la souffrance que peuvent éprouver les proches suivant un diagnostic. Beau gosse habitué au succès, l’idée même que la vie avec sa conjointe ne soit plus jamais comme avant le terrifie.
Le beau Samuel est cependant seul dans son camp. Bien que Le gouffre lumineux souligne les supplices multiples du cancer, c’est d’abord et avant tout une histoire de résilience. D’amies qui se serrent les coudes en temps de crise pour soutenir l’une des leurs. Qui l’aident à passer par-dessus ce gouffre qui la menace. Du courage qui s’articule dans une chaîne de petites actions et de décisions qui aident Agathe à rester en vie.
Ma préférée : la décision de sa fille, Charlotte (Agathe Bellemare-Ledoux), qui manque la gymnastique pour accompagner sa mère à l’hôpital. Une enfant qui prend une décision d’adulte, ça me touche.
Le gouffre lumineux, c’est l’histoire de ce petit courage-là, qui est à la portée de tous, mais qu’on ne saisit pas toujours. C’est l’histoire de la différence qu’on fait dans la vie d’un proche quand on se dédie à son bien-être.
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De l’autre côté du gouffre
Comme je l’ai dit plus haut, l’image du gouffre lumineux est particulièrement à propos parce que le cancer est une maladie pour laquelle il y a un avant et un après. C’est une sorte d’apocalypse. Même si on a la chance d’y survivre, la vie change.
La série aborde également l’acceptation des dommages irréparables causés par le cancer. Ce dévouement à continuer de vivre, même après la fin du monde tel qu’on l’a toujours connu. Agathe se bat pour tenir la promesse qu’elle a faite à sa fille : celle d’être sa mère pendant encore longtemps. Tout le monde accepte les ravages de la maladie au nom de la survie et du bonheur possible et ça, c’est très touchant.
Plusieurs personnes ont d’ailleurs fondu en larmes pendant la projection de presse. Ça m’aurait fait sourciller en d’autres circonstances, mais, vu la pertinence du propos et de l’approche, c’est difficile d’en vouloir à quiconque. Surtout si c’est une épreuve que vous-mêmes avez traversée.
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Ce n’est pas du tout la même chose, mais mon pitou Ozzy est décédé d’une tumeur au cerveau en avril, et j’ai revécu la brutalité du processus de diagnostic à travers les deux premiers épisodes du Gouffre lumineux. La cruauté de la mauvaise nouvelle et de la prise de décision qui s’imposait. Je n’ai peut-être pas fondu en larmes, mais ce n’est pas l’envie qui manquait. Je ne feelais pas bien. Ce n’est pas tout le monde qui réussit à traverser de l’autre côté du gouffre lumineux, et la série d’Anick Lemay et Marie-Ève Perron illustre à quel point c’est héroïque de s’y rendre.
Le gouffre lumineux est disponible sur ICI Tou.tv. Une série pas toujours facile à regarder, mais avec assez de franchise et de cœur pour tous nous rejoindre. Attention à vos petits cœurs et gardez les mouchoirs près. La série pourrait réveiller des anxiétés ou des bobos.
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