Le ghosting : Pas de nouvelle, bonne nouvelle ?

You say goodbye and I say hello. Hello, hello ?

Ghosting : Cesser toute communication avec une personne de façon soudaine et ne plus redonner de nouvelles. Utilisé particulièrement dans le cadre d’une rencontre romantique en ligne.

Humainement on se sépare, on s’évite et on se fuit de plein de façons, depuis mauditement longtemps. Il y a approximativement 872 500 scénarios relationnels qui peuvent mener au ghosting et bien entendu, ce ne sont pas les médias sociaux qui ont inventé le verbe «ignorer».

Peut-on vraiment dire “pas de nouvelle, bonne nouvelle”?

Toutefois, semble-t-il que voir sa date potentielle disparaître dans un nuage de fumée, tel le Luc Langevin des relations interpersonnelles est désormais monnaie courante. Les Casper de la romance se font de plus en plus nombreux grâce (ou à cause?) aux applications mobiles, aux sites de rencontres et aux autres dérivés qui gagnent en popularité.

En matière de ghosting, peut-on vraiment dire “pas de nouvelle, bonne nouvelle”? Penchons-nous sur ce phénomène paranormal nouveau genre.


Ghoster dès le départ: Ne jamais répondre à un «Hey!» ou à toute approche associée.

Débutons avec une éloquente démonstration, catégorie «fait vécu par une amie ayant généreusement offert cet extrait au nom de la science»:


Ici, aux yeux de certains, il y aurait potentiellement cas de ghosting puisque madame ignore les différentes stratégies d’harcèlement d’approche de monsieur. Deux questions de base s’imposent alors:

1- Si c’était du ghosting, comment peut-elle disparaître alors qu’à la base elle n’est jamais vraiment apparue?

2- Dans la vie, est-ce que si ça sonne à ta porte t’es obligé de répondre? NOPE. Eh bien, c’est la même chose dans la sphère virtuelle.On a le droit de tendre une perche, mais l’autre a le droit de ne pas la saisir.

On n’a aucune obligation.
Fin de la démonstration.

Ghoster après avoir fait un tour d’horizon: Se terrer dans un silence après quelques échanges.

Ici, c’est l’équivalent d’entamer une discussion avec un être attirant dans un party, se rendre compte que le courant ne passe pas et utiliser l’option «Bon ben, hein! Je vais aller me chercher un verre!», tout en ne revenant jamais.

AH! Un match Tinder! AH! Un début de conversation! AH! Finalement on ne sent pas de grand lien avec Chose!

Finito les échanges, on décide de couper court à la relation.

On s’entend que par définition, le ghosting laisse place au silence. Et le silence, ça peut générer une sale horde de doutes.

Devrait-on prendre le temps de préciser «merci bien pour ces 18 messages envoyés, mais je préfère aller butiner d’autres pistils voir si la récolte sera meilleure?».

La question se pose.

Dans le même ordre d’idées, qu’en est-il de ces ménages de compte Facebook, quand on flush massivement un lot de connaissances obscures?

Doit-on envoyer un mémo à Anne-Marie-J’me-Rappelle-Pu-De-Son-Nom-De-Famille, cette femme qu’on a croisée 1 fois en 1786 pour lui dire «Salut, j’te supprime de mon Facebook parce que… parce que… ben PARCE QUE».

La question se pose encore.

Est-ce que je demande des explications ou je tente de ne pas accorder d’importance à la patente?

Ghoster au niveau intermédiaire: Se terrer dans le silence après une ou quelques dates avec-ou-pas-de-sexe et plusieurs correspondances associées.


Peut-être que votre niveau d’empathie vient de grimper en flèche.
Ça se corse.
Pourquoi?
Parce que le lien est devenu plus tangible. Ça y est, on est sorti de derrière notre écran et on s’est regardé dans le blanc des yeux.

Et c’est là qu’elles arrivent, elles se pointent, elles peuvent prendre de l’ampleur… LES ATTENTES.

Quand on a les mêmes, ça va. Mais quand elles ne sont pas synchronisées, oupelaye, ça peut commencer à grafigner notre cœur.

Un hit and run du cœur.

On s’entend que par définition, le ghosting laisse place au silence.
Et le silence, il peut générer une sale horde de doutes.
Étais-je trop ci? Pas assez ça?
Étais-je un-e parmi tant d’autres?
Avait-elle/il l’intention de ne pas me revoir après notre date ou ça c’est décidé pendant? Est-ce que je demande des explications ou je tente de ne pas accorder d’importance à la patente?

Malgré tout le détachement dont on souhaiterait faire preuve, il est possible que sur l’échelle de Richter du feeling, ça vienne nous ébranler l’estime personnelle.

Ghoster ce qui semblait être une glorieuse relation amoureuse.

Pour les initiés, on a affaire à des cas similaires à Jack Berger qui, du jour au lendemain, laisse Carrie Bradshaw avec un post-it: «I’m sorry, I can’t, Don’t hate me».

Un hit and run du cœur.

Dans les virtualités, la charge affective de nos relations n’est pas nécessairement claire.

Ça peut être de la fuite. Du déni. De l’égoïsme. Une ultime maladresse.
Hélas, nous ne sommes pas tous des Jedi de la communication et on peut choisir de disparaître, se sentant incapables de verbaliser ce qu’on ressent parce qu’en fait, on ne sait bien pas ce qui nous habite.

À travers le caractère antipathique de la démarche, on peut constater que l’évitement de la souffrance se présente souvent en trame de fond. Je ne veux pas souffrir en rejetant l’autre, je ne veux pas le-la faire souffrir en donnant des explications.
Alors je ne donne rien.
Je ne reçois rien.

Qu’en est-il de l’empathie dont on fait preuve dans nos relations en ligne?

On prive l’autre de notre présence, se disant «il-elle va comprendre… il-elle va s’en remettre».
Rationnellement peut-être.
Émotivement, possiblement moins.

Dans les virtualités, la charge affective de nos relations n’est pas nécessairement claire et ça donne place à plusieurs quiproquos.

C’est qu’au bout de la ligne, à travers toutes ces déclinaisons, qu’en est-il de la notion de considération de l’autre? Qu’en est-il de l’empathie dont on fait preuve dans nos relations en ligne? Est-ce qu’on se permet de se couper d’une certaine humanité, blindé par notre écran devenu un p’tit bouclier de l’émotion?

Si le silence est d’or, il peut aussi créer des blessures.

Malgré les applications, les claviers, les like-wouah-haha, les guidis plus ou moins concrets d’emoji et toute l’artillerie technologique, on fait face à des réalités profondément humaines.
Il est là, le véritable enjeu.
Nous, petits êtres vivants, on est doté d’une certaine fragilité, on vit des émotions diverses, on est habité par un monde affectif, on deal avec des sentiments, un ressenti.
On a besoin de cohérence.

Gardons en tête ces doux aspects et rappelons-nous que si dans certaines circonstances le silence est d’or, il peut aussi créer des blessures qui elles, ne nous ghosteront pas de sitôt.

Pour lire un autre texte de Julie Lemay: «Le gaslighting : la manipulation qui rend fou».

Hybride académique d’études en théâtre [elle connait le drame] et en sexologie clinique [elle connait vraiment le drame]. Et si vous avez envie de partager un questionnement existentiel affectico-émotivo-relationnel-sexuel? N’hésitez pas à envoyer vos questions en toute confidentialité à Julie Lemay : julielemay@urbania.ca

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