« Le Club des Baby-Sitters » sur Netflix  : les fans ont raison de se réjouir

« Série de filles » ne rime pas avec « série niaiseuse ».

Netflix a commandé une série de 10 épisodes basés sur les livres pour ados Le Club des Baby-Sitters et la Catherine de 9 ans que j’étais s’est presque évanouie de bonheur. OK, celle de 33 aussi.

Pour le moment, on sait peu de choses. La réalisatrice sera Lucia Aniello (Broad City), la showrunner Rachel Shuckert (Glow, Supergirl). Le producteur exécutif Michael De Luca (50 shades of Grey, Under the silver lake – autres registres!) pourra compter sur l’aide de la créatrice de la série, Ann M. Martin qui sera également productrice. Fiou! 

Aucune date et aucun casting n’a été confirmé, mais déjà plein de monde capote à l’idée de retrouver leurs personnages préférés ou même encore de les faire découvrir à leurs enfants. Bien sûr, il y a quelques grincheux qui se moquent déjà de cette série inspirée de livres qu’ils croient fleur bleue, puis il y a ceux qui chialent qu’on fait encore un autre remake parce qu’il y a déjà eu un film en 1995. 

Eh bien vous, les Grinch du bonheur, vous AVEZ TORT! Vous êtes clairement la même gang qui critique les nouveaux Passe-Partout.

D’abord, ces romans sont beaucoup moins fi-filles-niaiseuses que vous pouvez le croire. Ann M. Martin, l’idéatrice et autrice de la collection est une féministe queer qui a étudié la psychologie de l’enfance avant de devenir enseignante et écrivaine. Elle a créé un univers dans lequel sept jeunes adolescentes gèrent leur propre entreprise de gardiennage d’enfants. Le branché-snob qui juge le club le plus girl power de littérature jeunesse, thank you next. Et à moins de n’avoir vu qu’un ou deux des 26 James Bond ou des 4000 Batman, votre opinion n’est pas vraiment pertinente.

Mais au final, on s’en fout de ces personnes sans âme qui n’ont pas eu le plaisir de passer des soirées entre amies à lire des Filles d’Aujourd’hui dans une chambre tapissée de posters de Léo et Nick. Cette série ne s’adresse pas vraiment à eux. Par contre, celles et ceux pour qui cette nouveauté télé spark tellement some joy qu’ils sont allés reclasser leurs Baby-Sitters en ordre de numéros chez leurs parents, laissez-moi vous confirmer que vous avez raison de vous réjouir. Vos bons souvenirs ont réellement lieu d’être. Voici pourquoi.

L’amitié féminine est au centre de l’œuvre

Les Baby-Sitters, c’est 200 livres qui ont été vendus à 180 millions d’exemplaires dans 20 pays. Ce n’était peut-être pas de la littérature exceptionnelle (mes parents préféraient que je lise des collections québécoises plutôt qu’une traduction de romans américains dont le titre était à moitié en anglais), mais au final ça fait des jeunes qui lisent et c’est le principal. Ce qui est intéressant aussi c’est que pour des livres s’adressant principalement aux filles, les amourettes, le maquillage, la beauté et les chicanes n’étaient pas au coeur des histoires. À travers le prisme de l’amitié féminine, on découvre la responsabilité, l’entraide, le pouvoir des idées créatives. On est loin du prix Fémina, on s’entend, mais des millions d’enfants qui suivent les péripéties d’amies qui se rencontrent dans un cadre positif, c’est plutôt phénoménal.

L’unicité et la diversité des personnages sont admirables pour l’époque

Pour des livres écrits entre 1986 et 2000, c’est quand même assez impressionnant de trouver une telle diversité de personnalités et de backgrounds. Claudia est d’origine japonaise et a un tempérament d’artiste; Jessie est une ballerine de couleur noire (même aujourd’hui, on en prendrait plus!); Sophie est diabétique, une carte de mode et une championne de maths; Christine est sportive, a un semi-crush sur son amie Anne-Marie et sa famille recomposée a adopté un bébé vietnamien; Diane est végétarienne; Marjorie est rousse frisée avec un appareil dentaire, la tranquille Anne-Marie a perdu sa mère du cancer étant jeune. Le plus beau là-dedans c’est que personne n’est trop stéréotypé, ni un token pour sa cause ou son ethnie. Elles sont toutes égales, toutes amies, toutes acceptées.

Un club, c’est toujours cool

Plus jeune, j’avais deux passions : la lecture et les clubs. Ayant dévoré les romans de La courte échelle, lu une douzaine de fois Anne la maison aux pignons verts et rêvé de faire partie des Intrépides ou d’être prise au concours de lipsync du Club des 100 Watts, les livres du Club des Baby-Sitters étaient faits pour moi! Or, l’idée de se rassembler trois soirs par semaine avec ses copines et avoir une mission, ce n’est pas propre à une seule génération. Dans la nouvelle série, les iPhones et possiblement une application du Club remplaceront les appels dans la chambre de Claudia, mais le concept de base continuera de toucher et d’amuser. Selon Netflix, les histoires originales seront légèrement modifiées pour refléter la vie d’aujourd’hui (elles iront peut-être garder un enfant trans?), mais 30 ans plus tard, les thèmes et les aspirations des ados demeurent essentiellement les mêmes.

C’est un beau modèle d’empowerment

Que la ou le fan des Baby-Sitters qui n’a jamais voulu fonder son propre club de gardiennage me jette un des tomes colorés de la collection. À travers sa carrière, l’autrice a reçu des tonnes de lettres de jeunes personnes lui relatant leurs tentatives entrepreneuriales. L’autrice a dit en entrevue au New Yorker, en 2016 : « Je voulais présenter l’idée que des filles pouvaient être entrepreneures, gérer une entreprise avec succès, même si elles n’étaient pas parfaites. » [Traduction libre] Dans cette même entrevue, Ann M. Martin s’amusait à imaginer que Christine (celle qui a eu l’idée de fonder le club) deviendrait la deuxième présidente des États-Unis. Peut-être sera-t-elle finalement la première…  

Le test de Bechdel : réussi √

Pour passer ce test avec succès, une oeuvre de fiction doit mettre en scène au moins deux filles qui parlent d’autre chose que d’un gars. Par exemple, Les Schtroumpfs échouent lamentablement, mais Les Baby-Sitters réussit avec brio puisqu’elles discutent généralement de gardiennage, d’enfants, des autres filles et de leur club. La série réussit aussi le Test DuVernay de la diversité culturelle ou le Test Kraszczynski (créé par mon amie Ada). Toutefois, il ne relève pas le Test Navia-Lalonde de diversité corporelle (inventé par mon amie Mali et moi). 

Parce qu’une collection de livres s’adresse principalement aux préadolescentes, certaines personnes associent automatiquement son contenu à du sentimentalisme. Dans ce cas-ci, c’est faux. Oui, il y a des tonnes d’exemples de contenu, d’objets, de vêtements pour jeunes filles qui ne font pas d’abord appel à leur intelligence, mais il ne faut pas non plus croire que ce qui est davantage dit « féminin » est automatiquement plus niaiseux.

Cette série démontre que c’est possible de réussir en s’amusant quand on est entouré des bonnes amies. Ça, c’est pas mal l’objectif de toutes les filles de 9 ans. Et celles de 33 ans aussi.

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