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Je reviens d’un deux jours de camping. Ça peut sembler banal, mais considérant que je n’en avais pas fait depuis une quinzaine d’années et que je présumais mon niveau de dénaturation à maximal, en ce qui me concerne, c’était un événement. La dernière fois que j’en avais fait, j’étais une adolescente désagréable qui n’avait retenu de l’expérience que tout le désagréable qu’elle y avait elle-même mis avec émotion et intensité.
J’ai vécu la chose comme une enfant. Étonnée, un peu trop souvent. Du beau, surtout. Celui du fleuve, l’odeur du varech, celle sucrée de la forêt à cause de je ne sais trop quel conifère, des rosiers sauvages qui longent les chemins. Les couleurs qui ne se décrivent pas, la lumière qui change le paysage d’un seul trait qui perce les nuages. Les nuances et tons et dégradés de vert et de bleu et de gris. L’autre rive perdue entre l’eau, de la brume, le ciel. Ne même pas pouvoir distinguer ce qui est quoi et en avoir un petit vertige. Ça ne se nomme pas, ça se pioche dans la tête à grands coups de yeux qui s’écartèlent, s’écarquillent pour que ce qui est droit devant puisse toute entrer dedans et y rester.
J’avais déjà vu tout ça, mais c’était loin, si loin. J’ai pris beaucoup de photos de ce que je ne pouvais nommer. Pour m’en gaver, même après, même plus tard. Pour calmer la peur d’oublier, celle que mon être-qui-était-pourtant-là ne puisse suffire à ressasser le souvenir.
C’tait comme dans ma tête, quand je pense au possible du camping, y’avait juste un peu plus de bruits et de chants et de cris d’oiseaux. Pas mal plus, en fait, surtout à 4h30 du matin. Mais détail. Le café, très tôt. Dans la tasse bleue qui fait a un bruit métallique. Le temps que ça prend le faire, l’odeur qui se diffuse dans l’air bourré d’humidité. Le feu qui crépite. Dormir avec le bout du nez gelé. Des détails. Qui m’ont absorbée pendant une trentaine d’heures. Je n’ai même pas eu le goût de lire. À peine celui d’écrire. J’étais avec des amis, de ceux avec qui le silence est une chose adéquate, de ceux pour qui le rien l’est aussi. Il y avait donc des moments inoccupés. À regarder le large, marcher sur la plage, s’y effouarer. Je me suis découvert un intérêt pour les roches, les galets. Ça m’a un peu surprise, mais en même temps, Pinterest m’a fait découvrir que j’aime les chaises fa’que la surprise a passé vite. J’ai fait des trésors aux p’tits. J’ai fait un fucking feu, aussi. Ça m’a valu un effet scout accompli. Des détails, je te dis.
Pendant que je me gossais une toast, piquée à même mon bâton de guimauve, sur le feu, que ça m’absorbait, que ça prenait du temps, j’ai été saisie de comment je suis incapable, dans la vie en général, de juste faire ça, une chose à la fois. Et c’est l’une des sages phrases que je martèle le plus aux p’tits : on fait une chose à la fois. On les enchaîne, on ne les empile pas. Mais dans le quotidien, généralement, pendant que je fais les toasts, je coupe les fruits, je prépare une boîte à lunch, je sors des vêtements, je gère une ou deux crises, je rentabilise mon temps. Pour en avoir plus je ne sais pas trop où. Généralement, il me semble même que je suis contente de moi d’avoir la toast efficace. Et accroupie à côté des flammes, ça aurait été idiot de faire autre chose que ma toast. De ne pas y accorder presque toute mon attention. Comme ce doit l’être quand je suis dans la vraie vie de constamment me la disperser. Je dois plus perdre de quoi, me semble. En chemin entre les déplacements du corps ou de l’esprit.
Entouécas. Si tu vas à Kamouraska, sache que les clôtures dans le village valent que tu les regardes. Les blanches, celles en fer forgé. Y’a une boulangerie qui va faire saliver ta yeule et tes yeux. Y’a une micro-brasserie qui borde le fleuve et dont les playlists, ainsi que la bière, torchent. Y’a un magasin général qui vend notamment de la vaisselle vintage made in the USA. Y’a le spot 23 dans un camping qui te permet te lever dans le fleuve, presque.
Pis y’aura peut-être toi qui y pognera un sourire large et le respire grand.
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