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Le biscuit

Par
Véronique Grenier
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Samedi dernier, avec les p’tits, on a joué dehors. On a fait un fort [j’ai juste fait un trou dans une butte de neige, mais il semble que ça ait suffi à leur imaginaire pour déclarer que « fort » il y avait], glissé. Des affaires de même.

Quand on a eu les joues assez rouges et le frette au corps assez là, on est allé dans un café qu’on aime. Y voulaient du chocolat chaud, des biscuits, des chocolatines, un « croissant mexicain » [une de ces choses que tu es heureux que ta yeule ait connue]. On a reçu tout ça en même temps. La table était pleine, leurs petites mains se faisaient aller partout. Y mangeaient en souriant. Amadné, fille a eu besoin de faire pipi. Elle a insisté pour y aller tuseule. Son proche quatre ans me faisait un peu hésiter, mais yolo. Je l’ai suivie, sans qu’elle s’en aperçoive. Elle faisait vraiment ça comme du monde, je suis retournée à notre table. Elle est revenue avec la face d’une enfant qui a unlocké un nouveau level d’autonomie. Fa’que elle a eu le goût d’y retourner une deuxième fois pour « être certaine que tout le pipi était sorti », parce qu’elle a trouvé ça fun de se gérer. J’pouvais pas vraiment être contre ça. J’pense que si j’avais eu des confettis dans ma poche, je lui en aurais même pitché une poignée. Elle y est donc allée, en est revenue, a voulu s’essayer pour une troisième fois que j’ai refusée pis elle n’a pas crié. Non. Elle a juste dit « ok ». Possible confettis bis.

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Je buvais mon café, on papotait des gens, du plafond qui est très haut et très beau, des toiles avec des chiens dessus. C’tait une « vraie » discussion. Ils étaient là avec leurs pensées, leurs avis, leurs idées. Leurs rires. Ils attendaient même, par un phénomène un peu particulier, leur tour pour parler. Pis là, y’a eu la dernière bouchée de biscuit. J’me suis tendue, par conditionnement. J’avais le « aye-chuuuuuuuut-nenenon » sul bout de la langue, prêt à enterrer les « oui-mais-là-c’est-pas-juste-moissi-je-le-veux-c’est-à-moiiiiiiiii ».

Sauf que.

Le p’tit a pris le biscuit et l’a tendu à sa sœur en lui disant « Tiens, je le sais que tu vas être contente ». Elle l’a pris et me l’a donné en disant un « faut partager ». Là, je ressentais un peu trop d’émotions avec lesquelles je ne savais pas tant quoi faire. Parce que ce que j’avais dans la face depuis 46 minutes, c’était que : Esti. Ça a fonctionné. Toutes ces interventions, ces mots, ces gestes, tout ce care. Tout ce temps investi à produire de l’humain socialement adéquat, ben, ce n’avait pas été en vain. J’en avais la preuve. Parce que oui, j’en ai douté. Souvent. Avec le réel pour appui. Y’a nulle part où on te dit combien de temps et de répétitions et de grandes respirations complètes et de tête qui se pète subtilement contre le mur, ça va te prendre avant que « ça pogne ». Et ceux qui te disent que « ça va venir avec le temps », tu finis par juste pu vraiment les croire. Mais tu continues pareil à les sortir, tes p’tits, à leur faire vivre des expériences, même si ça implique des regards plats de la part des gens, de devoir t’excuser, de devoir quitter des lieux avec une chose hurlante sous ton bras. Parfois t’auras la lèvre du bas un peu tremblante, de la sueur sur ton front, des gros mots dans le fond de la gorge. Mais vas persévérer. Parce que tu te dis qu’on apprend à vivre en société en y étant, dedans la société. Et il semble que ce soit effectivement une manière de faire qui fonctionne.

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Et alors que je prenais le petit bout de biscuit des doigts de ma fille et que je le miettais en trois, je revoyais la mère à boutte que j’étais il n’y a pas si longtemps, celle à qui il arrivait de se dire « et boy, je me rends pas à demain », et je ressentais ben du doux pour elle. J’étais contente qu’elle n’ait pas désespéré trop. La magie du moment n’a pas duré toute la journée, évidemment. T’sais. Quand même. Ils se sont tapés, n’ont plus voulu être des amis deux cents fois et tout le reste. Mais ce doux du matin, appelé à se répéter, évidemment, nécessairement, certes, il a été ben bon, plus que bon.

Fa’que parents à bout de toute, je te dis que ça va venir, que ça va aller. Tiens bon, ok?

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