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«We had a dream, now let’s wake up!»
Guillaume Wagner à Gravel le Matin.
Le comportement obséquieux des médias libéraux américains et européens qui ne cessent de faire pleuvoir les éloges sur le président sortant est symptomatique du déni dans lequel se vautrent les porte-voix de l’élite médiatique depuis 8 ans. New York Times, New Yorker, Washington Post, CNN, ABC, MSNBC, PBS, Le Monde, Libération, TF1, France 2, Canal Plus, Rai, BBC, Al Jazeera, tous se sont empressés de formuler des louanges plus mielleuses les unes que les autres, la palme allant sans conteste à The Atlantic avec un interminable texte qui «redéfinit la notion même de prostration», pour citer le journaliste australien John Pilger.
Les médias québécois n’échappent malheureusement pas à cette tendance et joignent leurs voix à la polyphonie flagorneuse qui prend des airs de chants sacrés et d’incantations du Messie en pleine Ascension.
Ainsi, Le Devoir saluait récemment le raffinement intellectuel du président sortant en reprenant presque mots à mots des extraits du portrait du New York Times qui s’extasiait devant son penchant pour la lecture ( tiens, tiens, un président qui lit des romans, quelle merveille! ) et en soulignant un autre accomplissement, hautement symbolique – sa spécialité – soit la désignation comme monuments historiques de «trois hauts lieux de la lutte pour la reconnaissance des droits civiques, dont un motel de l’Alabama où se réunissait Martin Luther King».
«Au-delà de la «ligne rouge» et de Guantanamo, celui dont on gardera le souvenir, c’est le rêveur qui a ramené l’espoir à l’ère du cynisme et du désengagement civique. C’est l’organisateur communautaire qui a suscité un enthousiasme renouvelé pour l’implication politique. C’est l’humaniste qui a fait une priorité du dialogue, de la compassion et de la lutte contre les inégalités.»
Cette déconnexion de la réalité factuelle sidère, mais demeure symptomatique d’une intelligentsia médiatique embourbée depuis trop longtemps dans les sables mouvants de leur fantaisie parabolique.
Médusé devant tant de recueillement et tant d’hommages au commandant en chef nobélisé, qu’on qualifie de tribun d’exception qui maîtrise l’art de la rhétorique mieux que tous ses prédécesseurs, je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée émue pour John F. Kennedy.
Ces éminents milliardaires sont presque tous membres de sociétés secrètes et clubs privés qui influencent depuis les débuts de la nation américaine ses politiques intérieure et extérieure.
À l’exception des frères Kennedy, chaque présidence se ressemble et se suit malgré l’illusoire façade qui prétend qu’une lutte idéologique féroce ait lieu entre Démocrates et Républicains.
Nul besoin d’attendre bilan des historiens pour décliner le bilan du règne de l’État profond entre 2008 et 2016. Un règne d’autant plus efficace grâce au symbolisme renouvelé du libéralisme et du multiculturalisme incarné par le premier président noir de l’histoire.
Si Barack Obama avait tenté de mettre en application ne serait-ce qu’un iota de son programme (No you can’t), il serait mort, mais il est farfelu de réfléchir à cette éventualité puisque contrairement à JFK, Barack n’a jamais eu l’intention d’améliorer le sort de ses concitoyens.
La marge éclaire le centre disait Foucault…
L’éditorial de La Presse ajoute : «Reste que c’est le départ d’un homme d’exception, plus encore que d’un président exceptionnel, qui suscite la tristesse»…
En 8 ans Obama :
En discutant de ce triste bilan avec un ami et camarade, le politologue et auteur congolais Patrick Mbeko, celui-ci me disait : «Je ne puis m’empêcher de penser à cette mise en garde de Malcolm X quand il déclara : « Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment.»
Prochainement, je vous parlerai de Donald Trump et de ses liens complexes et ambigus avec l’État profond.
Pour lire un autre texte de Mathieu Roy: «Dissonance cognitive».
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Dans le Journal de Montréal, Pierre Martin signe un texte d’opinion dans lequel il ose écrire que: «En politique étrangère, le bilan est nuancé, mais Obama a quand même mis fin à deux guerres…» Il faudrait envoyer M. Martin à Kaboul voir la base militaire, pardon, l’ambassade américaine, que construit le Pentagone, pardon les contracteurs privés afin de prolonger la présence militaire américaine déguisée en «soutien logistique». Il faudrait aussi que le chroniqueur arpente l’Iraq, aille luncher à Fallujah, souper à Mosul et petit déjeuner à Baghdad, et fasse lire son texte à quelques Iraquiennes et Iraquiens. Il peut aussi écouter ce citoyen américain nous rafraîchir la mémoire… Mais bon, nous sommes en période d’austérité et la presse écrite, sauf exception, ne peut plus vraiment se permettre d’envoyer des journalistes sur le terrain hors des circuits guidés par l’armée américaine évidemment. Passons.
Incontestablement, ce sont les lecteurs des pages éditoriales de La Presse qui ont eu droit à l’éloge la plus sentie, sous la plume de François Cardinal qui, prudent, se dédouane d’entrée de jeu en affirmant ne pas faire un bilan de la présidence d’Obama, exercice qu’il renvoie aux historiens, mais plutôt rendre hommage à l’Homme. Ainsi, l’éditorialiste écrit:
Voilà donc comment procèdent les éditorialistes: on banalise Guantanamo et le rôle des Américains en Syrie (et ailleurs dans le monde) en ouverture de paragraphe en flanquant une simple préposition, «au-delà de», pour ensuite, dans une mascarade démagogique sans précédent, se gargariser de palabres symboliques et de nature inspirante. Pourquoi se questionner sur le bilan quand on peut mettre en lumière les symboles? Choisir les mots «rêveur», «espoir», «organisateur communautaire» «implication politique» et, telle la cerise sur le Sunday, «humaniste» et ses dérivés «dialogue», «compassion» et «lutte contre les inégalités», tout cela est bien plus agréable que les faits, moins déprimant aussi.
Cette déconnexion de la réalité factuelle sidère, mais demeure symptomatique d’une intelligentsia médiatique embourbée depuis trop longtemps dans les sables mouvants de leur fantaisie parabolique: L’ère libérale humaniste, la fin de l’histoire, la démocratie pour tous, le libéralisme: l’ouverture des marchés et la lutte contre «la Terreur» peu importe la forme de sa nouvelle incarnation (nazis, communistes, terroristes laïques, islamistes et à nouveau les méchants russes).
JFK, comme Obama, maîtrisait mieux l’art de la rhétorique que ses contemporains, mais à la différence de Barack, JFK, aidé par son génial et vital jeune frère Robert, souhaitait rompre avec son héritage de privilèges et mettre en place de réelles réformes pour transformer la société américaine. JFK avait clairement indiqué qu’il allait mettre en pièces la CIA en renvoyant son influent directeur Allen Dulles suite au fiasco de l’invasion de la Baie des cochons à Cuba en 1961. Plusieurs généraux sont aussi limogés dans la foulée dont le cinglé Général Lemnitzer, qui avait suggéré à Kennedy de mettre en place l’opération Northwoods, une attaque sous fausse bannière visant à indigner l’opinion publique américaine en blâmant les Cubains d’être responsables d’attentats sur des intérêts américains.
Peut-être pour se repentir des activités criminelles de leur père, les frères Kennedy avaient décidé de s’attaquer de front à l’État profond américain et aux arcanes de son pouvoir. Quiconque investit un peu de temps dans des recherches sur la CIA et ses origines se retrouvera tôt au tard devant des informations troublantes à propos des sociétés secrètes et leurs ascendances sur la «vie démocratique américaine». Les frères Kennedy comprenaient les risques de leurs entreprises, mais investis d’une intégrité peu commune, ils avaient décidé de ne plus reculer. Ainsi, JFK a tenté de sortir les Américains du cartel de la Réserve Fédérale, la FED (qui n’est en passant ni une réserve, ni fédérale) en créant une nouvelle monnaie comme le permet la Constitution américaine. (Obama avait en 2008 le même pouvoir. Il aurait pu couler les banques et redonner au peuple leurs maisons, mais il a choisi Wall Street).
En voulant détruire la CIA, réformer la FED et se désengager de la frauduleuse guerre du Vietnam, JFK savait qu’il s’attaquait aux industriels, aux militaires et aux banquiers américains dont les plus influents avaient créé la CIA afin de défendre non pas la «sécurité nationale», mais bien leurs intérêts financiers et leurs influences occultes sur l’État du monde. Ces éminents milliardaires sont presque tous membres de sociétés secrètes et clubs privés qui influencent depuis les débuts de la nation américaine ses politiques intérieure et extérieure. Kennedy connaissait l’influence des frères Dulles, de leurs clients à Wall Street et de leurs patrons au Council of Foreign Relations. L’Histoire populaire aime bien citer quelques extraits des discours célèbres de Kennedy, dont cette fameuse citation : «ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays». Mais son discours le plus significatif, le plus sincère, le plus profond, probablement celui qui lui a coûté la vie, est sans contredit celui-ci dans lequel il vilipende les sociétés secrètes et les complots qui en émanent afin de saboter le processus démocratique et transparent vers lequel il souhaitait mener son pays. C’est tout l’appareil de l’État profond que Kennedy décrie ici en leur reprochant un modus operandi occulte et lâche qui ne peut que magnifier les systèmes d’exploitation capitalistes en place. Ce discours trouve aujourd’hui en 2017 une étrange résonance avec «l’actualité» et trouvera certainement un écho chez ceux et celles qui sont véritablement mués par une volonté de renouveau démocratique. Contrairement aux discours d’Obama, ceux de Kennedy étaient sincères et se reflétaient presque toujours par des actions concrètes.
Bien vivant et bientôt promu ambassadeur onusien pour les changements climatiques, Obama n’arrive pas à la cheville des frères Kennedy qui ont eu le courage de continuer à se battre pour leurs idéaux, aux prix de leurs vies. À l’exception des frères Kennedy, chaque présidence se ressemble et se suit malgré l’illusoire façade qui prétend qu’une lutte idéologique féroce ait lieu entre Démocrates et Républicains. L’appareil militaire, industriel et corporatiste américain, flanqué de ses agences de renseignements, de divertissement et de propagande, téléguidé par les intérêts d’un état profond transnational (Deep State), n’obéit qu’à un seul credo, celui d’un turbo-capitalisme de prédation, d’occupation et d’asservissement. Tous les présidents américains comprennent ce système et doivent d’ailleurs, avant de se lancer dans une course à la présidence, voir leurs candidatures «approuvées». Que ce soit FDR, Truman, Eiseinhower, Johnson, Nixon, Ford, Reagan, Clinton ou Obama, tous doivent préalablement être parrainés par des éléments de l’État profond, ou en être directement issus comme les Bush afin d’espérer occuper la Maison-Blanche et servir leurs patrons, consciemment ou inconsciemment, tout en cherchant à convaincre leurs concitoyens qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour améliorer leurs sorts. Dans le cas d’Obama, c’est grâce au soutien de Zbigniew Brzeziński qui lui a dit : «Yes you can» que son rêve de devenir le premier président noir des États-Unis s’est concrétisé.
Ancien conseiller à la sécurité nationale de Carter, membre fondateur de la Commission Trilatérale avec son grand ami David Rockfeller, du Council of Foreign Relations (CFR), ancien patron de la National Endowment for Democracy, illustre membre du groupe occulte Bilderberg et auteur du très révélateur Le Grand Échiquier, manifeste qui déploie sa vision de ce que devrait être la politique étrangère américaine, Brzezinski est avec Kissinger l’un des plus influents et des plus macabres idéologues américains. Il incarne en quelque sorte un pont visible entre l’État public et l’État profond. On ne peut donc pas parler de la politique étrangère d’Obama, mais bien de celle de Brzezinski et de l’État profond, constellation aussi fascinante que macabre sur laquelle j’aurai l’occasion de revenir dans les prochains mois. Revenons pour l’instant à nos moutons…
Avant d’être sénateur Barack était avocat à Chicago et a fait beaucoup d’argent en défendant l’intérêt des firmes immobilières engagées dans une agressive gentrification qui a chassé des milliers d’afro-américains de la classe ouvrière, les repoussant une fois de plus vers les marges des grands centres.
Comme sénateur, Obama n’a fait voter qu’une seule loi, la Obama Law, plaidoyer rhétorique pour mettre fin aux massacres en République Démocratique du Congo. Comme président, Obama n’a évidemment pas levé le petit doigt pour tenter d’être cohérent et de tâcher de mettre fin au conflit le plus sanglant de l’histoire moderne, plus de 6 millions de morts depuis 20 ans en toute impunité et sous le regard indifférent de la mission des Casques bleus la plus coûteuse de l’histoire de l’ONU. Il a plutôt choisi de recevoir en pompe à la Maison-Blanche tous les pantins de l’empire, ces dictateurs Africains qui étaient ravis de se faire prendre en photo avec Michelle à la Maison-Blanche. Franz Fanon se retournait dans sa tombe ce soir-là…
Avant de laisser la place à son successeur, Obama a mis la table à ce qui pourrait être son héritage le plus pernicieux et le plus dommageable pour la liberté d’expression. Inclus dans le dernier National Defense Authorization Act se trouve une nouveauté orwélienne, le Countering Foreign Propaganda and Disinformation Act. Essentiellement, cette mesure crée un Ministère de la Vérité! Le CFPDA asphyxie davantage la liberté de presse et le journalisme citoyen qui tente de résister aux multiples dérives démocratiques. L’objectif de la Maison-Blanche, du Pentagone et du Département d’État est de filtrer la «désinformation étrangère et la manipulation de la réalité, qui selon Washington, «menace la sécurité et la stabilité internationale». En outre, un centre «d’analyse de l’information» piloté par le Secrétaire à la défense déterminera les nouvelles qui constituent de la désinformation et de la propagande et introduira des nouvelles qui «reposent sur des faits pour contrer les tentatives de propagandes. En deux mots, le Pentagone s’autoproclame libre-arbitre de la Vérité et se munit de la Loi pour ratifier son jugement! Pour mieux comprendre l’absurdité de cette nouvelle législation, le bloggeur, je vous redirige vers le blogueur Zero Hedge.