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Carnet de campagne – PLQ
Montage : Ludovic Marsolais-Viau

L’art de s’adapter avec le Parti libéral du Québec

Au bout du fil, Joçanne n’a pas peur de la tempête.

25 septembre 2026
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Anecdotes, moments de coulisse, gestion de crise : tout au long de la campagne électorale, Alice Morel-Michaud propose des portraits de gens qui demeurent dans l’ombre des chefs, tout en regardant la politique à hauteur humaine.

6 h 30. Appel stratégique avec les directions du Parti libéral du Québec. Joçanne, la directrice des communications, est debout depuis déjà une heure et a passé en revue l’actualité. Un scandale vient d’éclater : un nouveau dépassement de coûts dans les programmes informatiques en santé. Les articles tirent la sonnette d’alarme et parlent d’un « SAAQclic 2.0 ». Le sujet dominera les manchettes toute la journée. Rapidement, les membres de la direction se consultent et prennent une décision difficile, mais essentielle : l’annonce sur les familles qui devait se faire devant une garderie est annulée. L’autobus de campagne se dirigera plutôt vers l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, où le chef réagira au scandale. Le ton de la journée vient de basculer.

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Cette décision bouleverse toute la logistique. Ce qui avait été préapprouvé tombe à l’eau. Il faut réécrire les discours, réorienter les plans de contenus médias sociaux, décider quels candidats s’adresseront aux médias.

7 h. Joçanne briefe son équipe, dispersée entre la permanence du parti à Québec, l’autobus de campagne à Montréal et les différentes régions du Québec. Elle doit donner ses orientations pour que tous appliquent la nouvelle stratégie sur le terrain. Heureusement, elle est familière avec les rouages de l’équipe de communications : elle a occupé presque tous les postes depuis son arrivée au PLQ en 2011. Après ses études, Joçanne est arrivée en poste au gouvernement. « J’ai vu ce qui se passait dans les cabinets politiques. Ça m’a complètement fascinée. » Après sept ans, elle s’est brièvement tournée vers la publicité et l’image de marque. Sans jamais s’éloigner vraiment des libéraux, c’est l’élection de Charles Milliard comme chef qui la convainc de revenir, cette fois comme directrice des communications pour la campagne.

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Le poste de direction semble taillé sur mesure pour elle : c’est un parfait hybride entre la créativité permise par les communications tout en faisant appel à son expérience dans le domaine de la pub.

« J’aime essayer des choses. Charles aussi était partant d’essayer des choses. Ça m’a beaucoup parlé. »

À la suite de son appel avec son équipe, Joçanne garde son téléphone à portée de main. Son rôle est de s’assurer que tout s’aligne bien, que tout le monde travaille de concert, même lorsque la journée ne cesse de se réinventer. « On s’adapte à l’actualité, à ce qui se passe sur le terrain. Il y a beaucoup de choses qui bougent en même temps. » Pour Joçanne, cette gymnastique constante semble être devenue une seconde nature.

9 h. Charles Milliard est en point de presse. L’équipe a réussi son pari. La journée peut reprendre son cours. Le succès de cette opération, Joçanne l’attribue aux différentes équipes, qu’elle appelle des « tag teams ».

Mais l’équipe libérale n’est pas en reste. Cette journée-là sont publiés de nouveaux articles critiquant leur stratégie. Sensible à sa réalité, j’ose demander à Joçanne comment elle reçoit les articles moins favorables envers sa formation politique.

« Il n’y a aucun autre travail où, le lendemain, tu lis tout ce que tu as fait de bien ou de pas bien dans ta journée la veille. » Cette phrase me frappe. Lors de mes quelques années en cabinet politique, j’ai traversé plusieurs crises dont je porte encore les marques. Je n’en ai pas trop parlé avec Joçanne, mais, en plus de devoir composer avec les critiques de la presse, celles qui viennent de l’interne blessent encore plus.

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Le travail des communications politiques est ingrat. Tout est analysé, scruté, critiqué : la pub, les slogans, les réseaux sociaux… Et, pendant une campagne électorale, le travail doit se faire, malgré les tempêtes.

Joçanne le résume bien : « On donne tous notre maximum. On travaille des heures de fou en campagne. On a tous l’objectif de faire avancer le Québec, que ce soit en mettant notre visage sur les poteaux pour se présenter ou en se joignant à l’équipe qui travaille en amont. » À l’autre bout du fil, la jeune femme dégage assurance et aplomb alors que moi, je pense à ceux et celles qui, comme moi, ont fini par quitter la politique, épuisés par les crises internes.

Mais Joçanne ne tarde pas à nuancer : « Des fois, certaines critiques sont justes et nous permettent de nous améliorer. »

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Elle poursuit en avançant que, pour survivre en politique, il faut savoir recevoir la critique. Elle raconte qu’après avoir reçu de nombreux commentaires demandant à voir davantage le visage du chef du parti, Charles Milliard a demandé un remaquillage de l’autobus de campagne. « Les gens le demandent, alors on va le faire. Je pense qu’en politique, c’est ce qu’il faut faire. »

Je souris. Certaines épreuves nous font partir, mais d’autres nous donnent envie de rester.

14 h 30. « S’il y a quoi que ce soit, je suis au bout de mon téléphone », lance Joçanne. S’il y a une chose dont je suis certaine, c’est que Joçanne et son équipe sont là, prêts à s’adapter une fois de plus.

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