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L’art autochtone au cœur de la culture québécoise
Catherine Boivin a grandi avec la culture pop québécoise. Elle souhaite maintenant que son univers atikamekw y soit représenté.
URBANIA et NOUS s’unissent pour vous faire découvrir l’univers artistique de Catherine Boivin.
Les premiers souvenirs musicaux de l’artiste multidisciplinaire atikamekw Catherine Boivin sont très ancrés dans la culture québécoise. À Wemotaci, où elle a grandi, la musique traditionnelle faisait partie des rassemblements familiaux, mais elle partageait l’espace avec celle des Colocs et de Gerry Boulet. « C’était la musique populaire qui passait à la radio », précise-t-elle. Toute sa famille connaissait les paroles de ces chansons qui, à l’époque, jouaient en boucle sur les ondes des stations commerciales.
À l’adolescence, ses références culturelles se précisent. Elle regarde le film C.R.A.Z.Y., du regretté Jean-Marc Vallée, et les films Les Boys, qui font aussi fureur dans sa communauté. Dans la nouvelle websérie Histoires d’être NOUS disponible sur Tou.tv, qui s’intéresse à la façon dont les productions audiovisuelles d’ici ont façonné notre identité, Catherine dresse même un parallèle entre l’humour atikamekw et l’humour « absurde » et « loufoque » de la série culte Dans une galaxie près de chez vous. Elle rêve également de travailler sur une fan fiction de cette émission qui a marqué son enfance. « J’aimerais y mettre ma touche. »
Impossible de ne pas se demander comment ces œuvres, dans lesquelles on voit presque uniquement des personnages blancs, résonnent chez une jeune fille qui a grandi dans une communauté autochtone. Comment peut-on devenir artiste si on ne se voit pas dans l’art qu’on consomme? « Je pense qu’on ne le réalisait pas à l’époque. J’ai commencé à prendre conscience de ça quand je suis sortie de ma communauté », explique Catherine.
Ce n’est que plus tard, en développant sa pratique artistique, notamment au baccalauréat en arts visuels et médiatiques à l’UQAM, qu’elle se rend compte que pour être représenté, il faut faire ses propres films ou séries :
« Je pense à Sonia Bonspille Boileau, qui a réalisé Pour toi Flora. Il y a une collaboration qui se crée entre les Québécois et les Autochtones. C’est ça qui est le fun, qui est beau : on considère notre vision et on nous consulte. »
Mais au-delà de ces références populaires, Catherine a aussi grandi auprès d’une famille très créative. Ses deux grands-mères étaient couturières et lui ont transmis leur passion pour l’artisanat et le partage des savoirs ancestraux. Son père était musicien, sa mère, passionnée de photographie. Catherine, elle, a choisi de toucher à tout. Elle est danseuse, artiste visuelle, créatrice de contenus, cinéaste, comédienne.
Aujourd’hui, elle cherche à faire cohabiter cet héritage dans sa pratique artistique plus contemporaine. « Je suis en train d’apprendre la broderie de mocassins, de sacs à main, etc. Je prépare ma prochaine exposition, qui sera présentée en mai et qui comportera de la broderie parce que c’est important [d’intégrer le savoir-faire autochtone] et de le faire valoir à travers notre art », confie l’artiste.
Au cours des dernières années, Catherine Boivin a aussi invité ses abonnés à plonger avec elle dans l’univers des pow-wow, tout en publiant sur TikTok des sketchs humoristiques pour les sensibiliser à certaines réalités autochtones.
Ensemble, c’est tout
Catherine Boivin ne fait pas de distinction entre les cultures autochtone et québécoise : pour elle, les deux forment un tout. « Je dis souvent qu’on est là pour enrichir la culture canadienne. On est une richesse pour le Québec et pour les autres provinces. On contribue à développer la culture, on en fait partie », croit cette artiste et militante autochtone.
Elle nomme notamment Bon Cop, Bad Cop, qui sortira en série en mai prochain et dont l’histoire abordera des enjeux liés aux Premières Nations et au racisme systémique. Le rappeur mi’kmaq Quentin Condo fait d’ailleurs partie des idéateurs et scénaristes. « Ça m’inspire. Je pense que nous avons la responsabilité de vous inclure aussi dans ce qu’on réalise », avance Catherine. Elle souhaite voir naître davantage de collaborations dans les prochaines années, et espère en faire partie.
Pour elle, le long processus de réconciliation qu’ont entamé les instances politiques passe également par l’art et le partage des visions et des traditions des Premières Nations. « Ce dont on se rend compte, c’est que les gens ont peur. Ils ont peur d’approcher les Autochtones et d’en parler parce qu’ils ne veulent pas mal faire. Les gens veulent bien faire les choses. Je pense que c’est à nous, aussi, de montrer de quelle façon il faut collaborer », conclut-elle.
Grâce à des artistes qui ouvrent la voie, comme Catherine Boivin, on verra certainement émerger des récits encore plus riches, nourris par le partage et le croisement des cultures.
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Rencontrez Catherine Boivin à Odanak dans la série Histoires d’être NOUS, animée par Rosalie Vaillancourt.
