Dominique Lafond

L’amour transatlantique

La vie de couple, c’est l’union — pas toujours évidente — de deux univers. À quel point l’équation se complique-t-elle quand on y ajoute des différences culturelles ? On a exploré la question avec deux couples franco-québécois.

Valentin Callipel et Catherine Pogonat

Les journées de Catherine se passent au micro ou devant la caméra à faire rayonner la culture. Celles de Valentin sont dédiées aux questions de cyberjustice. Si leurs vies professionnelles sont à l’opposé, on ne peut pas en dire autant de leur vie à deux, qui, depuis deux ans et demi, déborde de complicité.

Avez-vous été séduits par vos différences culturelles ?

Catherine : On s’est rencontré… grâce à LinkedIn ! Valentin m’avait contactée pour qu’on travaille ensemble sur un projet, alors on s’est donné rendez-vous dans un café.

Mais on a parlé seulement deux minutes du projet et des heures de Bowie, de la Roumanie…

Valentin : C’était un magnifique jour de janvier. On a discuté tellement longtemps que lorsque je suis arrivé chez moi, les gens que j’avais invités pour souper m’attendaient devant la porte de mon appartement !

Catherine : Valentin est au Québec depuis huit ans, il n’était pas fraîchement débarqué. On s’est trouvé autant dans les choses qui nous unissent que dans nos différences. Le fait que l’on soit deux curieux, c’est ce qui a joué en notre faveur.

Au quotidien, sentez-vous que vous n’avez pas le même héritage ?

Catherine : Valentin a un côté assez prompt. Il peut réagir fortement aux événements et au début, je trouvais ça déstabilisant. J’avais souvent l’impression qu’il était fâché, alors que ce n’était pas forcément le cas. Parler la langue de l’autre, même si on parle tous les deux français, ça a été un long apprentissage.

Valentin : C’est vrai que je peux avoir un tempérament qualifié ici de difficile, qui peut être attribuable à mes origines. Aujourd’hui, je comprends un peu mieux les codes québécois.

Catherine : Être avec Valentin m’a appris à « m’engueuler », mais aussi à jongler avec ses réactions qui peuvent être vives.

Valentin : De mon côté, j’ai l’impression d’être plus ouvert d’esprit. Par exemple, grâce à Catherine, je suis enclin à apprécier la musique pop, ce qui n’était absolument pas le cas auparavant !

Comment ça se passe dans vos belles-familles ?

Catherine : On a évolué dans deux contextes familiaux bien différents. Je viens d’une petite famille…

Valentin :… alors que chez moi, si on compte la famille rapprochée, on est une vingtaine. D’ailleurs, la famille en France, c’est une valeur cardinale. On est très soudés et lorsqu’on se voit, on est constamment ensemble.

Catherine : La première fois que je me suis retrouvée dans sa famille, on restait tous dans une grande maison. Parfois, j’allais aux toilettes à l’autre bout de la maison simplement pour avoir un espace à moi ! Valentin me suivait en me demandant si tout allait bien. Ce n’est pas que je n’aime pas sa famille, mais je n’étais pas habituée à autant de proximité. Chez moi, on est plus pudique, on a besoin de notre bulle.

Valentin : Mon premier réflexe quand j’ai rencontré la famille de Catherine, ça a été de proposer de se rassembler pour faire un gros méchoui d’été.

Catherine : Grâce à lui, on s’est tous retrouvés au Saguenay pour passer du temps ensemble. Je ne sais pas si on aurait fait la même chose dans d’autres circonstances.

Florence Noyer et Olga Duhamel

Qui est Française et qui est Québécoise ? Entre Florence et Olga, difficile de savoir. Ces deux passionnées de littérature à la tête de la maison d’édition Héliotrope se sont connues il y a 17 ans et ont choisi le Québec pour le meilleur… et le meilleur !

Avez-vous été séduite par vos différences culturelles ?

Florence : Olga, c’est la plus française des Québécoises que j’ai rencontrées dans ma vie !

Olga : Jeune, j’ai longtemps vécu à Montpellier. J’étais très curieuse, donc je me suis beaucoup intéressé à l’histoire française. J’ai aussi beaucoup voyagé en France, alors je connaissais bien le pays.

Florence : Quand on s’est rencontré, ça faisait déjà un bon moment que j’étais installée au Québec. Il y avait donc une espèce d’exotisme dans le fait qu’elle connaissait si bien la France, probablement mieux que je ne la connais moi-même. Ça me faisait du bien de côtoyer quelqu’un qui ne portait pas un regard caricatural sur mon pays d’origine.

Olga : Disons que j’avais dépassé le cliché des fromages français…

Florence : Je n’étais pas non plus dans le folklore québécois. Comme j’étais représentante dans le milieu du livre, j’avais parcouru la province d’un bout à l’autre. Je lui racontais l’Abitibi, elle me racontait Montpellier !

Olga : Alors, oui, les différences culturelles ont joué un rôle, mais à l’inverse. Ça a créé une toute nouvelle identité de couple.

Vous avez un fils, sentez-vous l’influence de vos origines respectives dans son éducation ?

Olga : Oui ! Quand notre fils était petit et que la famille de Florence venait en visite, je sentais tout de suite que son côté français revenait à la surface. Elle était beaucoup plus soucieuse de la manière dont il se tenait à table. Alors qu’ici, on est un peu plus détendu par rapport à l’éducation.

Florence : Au-delà de nos origines, il y a aussi notre contexte familial qui entre en ligne de compte : Olga vient d’une famille communiste militante et moi, d’un milieu bourgeois. C’est certain que ça a une influence.

Olga : Notre fils est un heureux mélange de tout ça.

Comment ça se passe dans vos belles-familles ?

Florence : Mes parents adorent le Québec ! Ma mère a particulièrement accroché sur le côté ouvert, respectueux et libre des Québécois. De savoir qu’un couple homosexuel avec un enfant est reconnu alors qu’en France ce n’est pas le cas, ça les émeut. Parce qu’il faut le dire : en France, mon fils n’est pas mon fils, c’est le fils d’Olga. Alors qu’ici, c’est notre fils. Aujourd’hui, mes parents se battent pour faire reconnaître mon fils comme leur petit-fils pour qu’il puisse bénéficier de leur héritage.

Olga : Nos parents s’adorent ! On part souvent en vacances tous ensemble. À Noël, ce n’est pas rare qu’on chante des chansons du Québec. Aujourd’hui, toute notre famille est devenue franco-québécoise.

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