L’amour inconditionnel de la poutine Ashton

Le VRAI mystère de Québec

Depuis quelques années, plusieurs analystes politiques se penchent sur ce qui est désormais convenu d’appeler le mystère de Québec. À ce bout-ci de la 40, on a de la misère à comprendre l’engouement des gens de la Capitale pour la radio-poubelle, le Parti conservateur et le Péladôme (aussi connu sous le nom de Centre Vidéotron).

De mon côté, c’est l’amour inconditionnel des gens de la région de Québec pour la poutine du Ashton qui me laisse perplexe.

Je suis allé passer tout un été à Québec en 2003, pour occuper probablement la meilleure job étudiante au monde : guide à l’Aquarium de Québec. Oui, oui, c’était moi le dude qui vous demandait de crier encore plus fort pour encourager Daphnée pendant le spectacle des phoques!

Dès mon arrivée dans la capitale nationale, j’ai été confronté au phénomène Ashton.

Aussitôt qu’on apprenait que je venais pas de Québec, je me faisais dire : “Tu viens de Montréal? Il faut absolument que tu essayes la poutine Ashton!” ou “La piquante aux saucisses d’Ashton, c’est clairement la MEILLEURE AFFAIRE AU MONDE!”

À l’inverse, à mon retour à Montréal, le monde me disait : “Heille han, elle est-tu assez dégueulasse à ton goût la poutine d’Ashton? C’est la pire poutine au monde!” ou encore “La poutine du Ashton, c’est la façon qu’a trouvé Dieu pour punir le monde de Québec pour l’existence de Jeff Filion!».

C’est comme si la rivalité entre les deux villes trouvait sa quintessence dans une lutte à finir entre La Banquise et le Ashton.

Mais qu’en est-il dans la réalité?

Je devais me rendre à Québec en fin de semaine dernière, pour le mariage d’un cousin. Puisque la cérémonie était à 20h30 et qu’un cocktail dinatoire était servi à partir de 21h00, l’organisation conseillait de prendre un” repas léger” avant de se rendre sur place.

C’est ce que j’ai fait :

Pour l’occasion, j’ai tenté de laisser mes préjugés de Montréalais à la maison et d’aborder la bête avec ouverture d’esprit.

J’étais prêt à goûter à cette poutine comme si c’était la première fois.

La croustillance des frites s’est révélée dès l’instant où ma fourchette a pénétré le plat national. Quelques secondes plus tard, j’ai été frappé par la fraîcheur du fromage en grains utilisé (l’un des meilleurs qu’il m’ait été donné de déguster). La sauce du Ashton a par la suite envahi mes papilles de son goût indéfinissable, mais pourtant identifiable d’entre tous.

Il y a une chose que je dois dire cependant sur cette sauce, c’est qu’elle est salée. Crissement salée. Genre, elle donne le goût de se ploguer après la fontaine de Pepsi par intraveineuse et elle te fait sacrer sur le format vraiment trop petit du “gros” Pepsi du Ashton! Et pourtant, fouille-moi pourquoi, en mangeant cette poutine, tu as toujours l’impression qu’il faudrait que tu y ajoutes un paquet de sachets de sel et de poivre, comme s’il y avait une espèce de fadeur à chasser du plat…

Mon hypothèse sur ce phénomène, qui n’a rien de scientifique, veut que c’est l’huile utilisée qui serait problématique. En effet, en mangeant la poutine du Ashton, on a l’impression que le gras y est omniprésent; plus que dans les autres poutines, je veux dire. Cette omniprésence du gras fait qu’on ressent le besoin maladif d’ajouter du sel dans cette poutine, et donc, de risquer de provoquer sa propre déshydratation, par osmose.

Mais il y a autre chose : la présence de frites trop grasses dans une poutine a un effet sur la consistance de la sauce qui se liquéfie dans le plat en se mélangeant au trop-plein d’huile, ce qui déclenche une réaction en chaîne affectant la consistance des frites et qui provoque ultimement un crisse de gros mal de ventre.

Les gens de Québec n’aimeront pas la comparaison, mais la poutine du Ashton me fait penser à la saison des Canadiens de Montréal : un départ prometteur et une fin en queue de poisson, difficile à avaler.

En raison notamment de son manque de constance, je donne à cette poutine la note de 7,25/10.

Ça demeure une poutine honnête. Le principal problème de cette poutine étant l’amour inconditionnel que lui portent les gens de la place. Ces gens-là gonflent nos attentes. Et Dieu sait qu’un 7,25/10 peut être décevant quand tu t’attends à dépasser le 9/10!

Il faut bien l’avouer, si la poutine du Ashton trône au sommet d’un palmarès, c’est celui de la poutine la plus overratée du Québec!

Gens de Québec, maintenant qu’il est clair que la meilleure poutine de la région ne se trouve pas chez Ashton, j’aimerais connaître l’endroit où on peut déguster LA meilleure poutine de la Vieille-Capitale. Sois pas timide, viens l’écrire dans les commentaires! Je me ferai un plaisir d’aller l’essayer lors de ma prochaine virée à Québec.

En terminant, je voudrais également profiter de cette chronique pour lancer un appel à tous les amoureux de la poutine, peu importe où ils se trouvent. Votre humble serviteur travaille actuellement à l’ambitieux projet de dresser le TOP-50 des meilleures poutines québécoises.

Je veux absolument connaître vos suggestions pour mes prochaines critiques de poutine. Mon cholestérol et moi vous remercions d’avance!

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