L’alligator de Villeray en visite chez URBANIA

Il s’appelle Gator, il a 12 ans et il est ben ben fin.

À moins de vivre dans un autre système solaire, vous avez vu passer les images de cet alligator en train de traverser relax la rue Jarry dimanche dernier.

Des images qui se sont répandues comme une trainée de poudre sur le web, forçant même la mairesse à publier un tweet pour rassurer la population.

Mais au terme de cette histoire inusitée dans laquelle aucun mollet n’aura servi de collation à un saurien de 50 livres en LIBARTÉ, une question – pourtant cruciale – demeurait en suspens : qu’est-ce qu’un alligator faisait là au juste?

Toujours investie de cette mission quasi-divine d’aller au fond des choses, URBANIA a retracé les propriétaires du croco-fugueur pour comprendre ce qui s’est passé, mais surtout savoir pourquoi ils n’ont pas un chat, un chien ou un hamster comme tout le monde.

Moins de 24 heures plus tard, Émilie Gaudry et son chum Jonathan Gemme débarquaient au bureau, flanqués de Gator, l’alligator de douze ans (espérance de vie de 80 à 100 ans by the way) qu’ils possèdent depuis quelques années. 

Ils l’ont amené dans son gros coffre en bois de transport, avant de l’offrir en pâture aux collègues en quête d’un selfie exotique.

Juste avant, Jonathan a attaché sa gueule avec du ruban adhésif, pour des raisons de sécurité.

Gator a été élevé en captivité et n’a jamais croqué personne, mais dans un environnement inconnu rempli de nouvelles faces (dont la grosse et barbue mienne), ses proprios préfèrent de prendre aucune chance.

Jonathan a ensuite soulevé Gator comme s’il prenait un bébé, un gros bébé rugueux de 50 livres, qui se laisse faire comme une poche de patate.

Pendant que Gator est lâché lousse dans une salle d’entrevue vitrée, le couple m’explique avoir fondé en 2008 l’entreprise Repti-Zone, dont la mission est d’informer et sensibiliser les gens sur différentes espèces de reptiles exotiques et leur environnement.

Sur invitation, Repti-Zone trimballe boa, mygales, alligators (ils en ont deux, Ali et Gator) ou iguanes dans des expositions, des écoles, des facultés vétérinaires et autres évènements. «C’est surtout éducatif, l’idée est de démystifier ces animaux-là, qui sont mal perçus. Souvent c’est juste la peur de l’inconnu», raconte Émilie Gaudry, dont la passion pour les reptiles remonte aux couches. «D’aussi loin que je me rappelle, j’attrapais des couleuvres. À huit ans, j’ai eu mon premier serpent», explique la jeune femme, qui a ensuite contaminé Jonathan.

La sensibilisation est importante, puisque nombreux sont les gens qui ont cette mauvaise bonne idée d’acheter un bébé reptile à leur chérubin adoré. Le hic, c’est que le bébé serpent a de bonnes chances de devenir un estifi de gros python avide de se faire un snack avec le chihuahua Cachou au petit déjeuner. «Beaucoup de gens achètent ces animaux sur un coup de tête et la plupart des refuges ne sont pas outillés pour les recevoir. Alors on les recueille, on s’assure qu’ils sont en bonnes conditions et on leur trouve ensuite de bonnes familles d’accueils», explique Émilie.

Repti-Zone se fait d’ailleurs souvent contacter pour aller récupérer des animaux. « On est déjà allé chercher un serpent dans une cour et de grosses tortues serpentine au milieu de l’autoroute 116 », renchérit Jonathan.

Pour ne pas titiller leurs instincts de chasseurs, Gator et ses buddys de Repti-Zone sont nourris avec des proies mortes, comme des volailles, des poissons ou des rats.

Pour ne pas titiller leurs instincts de chasseurs, Gator et ses buddys de Repti-Zone sont nourris avec des proies mortes, comme des volailles, des poissons ou des rats. «On a des congélateurs remplis chez nous et des enclos pour les animaux», explique Émilie, qui habite une résidence de Sainte-Julie. Le couple a d’ailleurs reçu la visite des policiers après le crocogate de dimanche dernier, pour s’assurer que tous les permis étaient en ordre, ce qui est le cas. «On a quand même plein d’amis qui ne veulent pas venir à la maison, sachant qu’il y a une dizaine de mygales dans la place!», s’esclaffe Émilie.

Thérapie de la peur

Les expositions et conférences de Repti-Zone prennent parfois la forme de thérapies de la peur, souligne aussi Émilie. «Plusieurs personnes s’empêchent de voyager parce qu’ils redoutent les araignées ou les serpents.  Les voir de proche les aide à surmonter leurs phobies. »

Même Jonathan a vaincu ses propres démons à leur contact, lui qui n’était pas super zen la première fois que sa blonde a déposé une mygale dans ses mains. «Maintenant je trippe autant qu’elle et en dix ans, il n’y a jamais eu d’accident», assure-t-il.

Près de nous, Gator fixe le mur depuis quelques minutes sans émettre le moindre son. C’est silencieux comme un ninja un alligator.

C’est d’ailleurs dans la discrétion qu’il s’est offert une escapade urbaine dimanche dernier, alors que la portière électrique de son camion était en train de se refermer. «J’en revenais pas, ça a pris quelques secondes et on a rien entendu parce que le chauffage était dans le tapis», raconte Émilie, encore secouée par ce vedettariat inattendu. Même sentiment chez Jonathan qui était seulement allé se chercher un sandwich lorsque Gator a déguerpi. «J’ai vu un attroupement puis l’alligator sous une voiture. Je suis aussitôt aller le chercher, ça a pris moins d’une minute au total», calcule-t-il.

«Des gens qui disaient qu’on devrait nous enlever nos permis alors qu’on s’occupe bien de nos animaux et que nos papiers sont parfaitement en ordre», déplore la jeune femme.  

Une minute, assez longtemps pour permettre aux badauds de croquer la scène et briser l’internet. «Mon père est en voyage aux Îles Maurice et il l’a vu à la télé!», lance Émilie, qui déplore néanmoins certains commentaires négatifs sur les réseaux sociaux. «Des gens qui disaient qu’on devrait nous enlever nos permis alors qu’on s’occupe bien de nos animaux et que nos papiers sont parfaitement en ordre», déplore la jeune femme, qui a l’intention de poursuivre cette mission éducative inusitée.      

La visite prend fin. Gator retourne docilement dans sa grosse boîte en bois, sans se formaliser de son nouveau statut de superstar. 

Sans se douter qu’il est déjà un t-shirt et restera à jamais le célèbre alligator de Villeray.

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