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L’adresse : parler de logement avec du monde ordinaire, mais pas plate
L’an dernier, j’ai vécu une expérience sociale et artistique particulièrement marquante dans un centre communautaire de Montréal. Le projet Rivières était une performance artistique étonnante et très confrontante : une déambulation chargée d’émotions qui m’a mis en contact avec la réalité des immigrants du quartier Côte-Des-Neiges. Leurs parcours de vie et leurs réflexions se racontaient à travers des mises en scène audio, vidéo et théâtrales. Je suis sorti de là ébranlé par le goût amer de mes privilèges d’homme blanc francophone. Cette expérience, c’est la performance documentaire, un hybride entre la performance artistique, le théâtre et le cinéma documentaire, le tout dans le contexte d’une déambulation muséale.
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Déambuler dans Rivières
C’est ça que fait le collectif artistique VISIBLE : des performances documentaires abordant des thèmes universels qui nous rappellent notre humanité. Formé de l’artiste visuelle Veronica Mockler et de la comédienne Sofia Blondin, le collectif est en train de préparer sa deuxième oeuvre, L’adresse, une performance explorant l’enjeu du logement et son impact sur les citadins. J’ai discuté avec les artistes pour comprendre leur désir de s’attaquer à ce sujet simple en apparence, mais tellement complexe en réalité.
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Une scène de Rivières
Votre médium est un peu méconnu. C’est quoi la performance documentaire? Qu’est-ce que ça amène de particulier?
La performance documentaire, c’est d’être face à face avec une personne qu’on ne connaît pas. C’est l’écouter, la voir, la reconnaître; c’est interagir avec elle. Dans L’adresse, on diffuse des entrevues qu’on a faites avec des citoyens de Côte-des-Neiges à propos du logement. Ces personnes sont présentes physiquement et rencontrent le public pendant que leur témoignage est diffusé dans l’espace. On aime investir des lieux non artistiques et faire exister l’art dans des endroits inhabituels. Notre public déambule dans cet espace et va à la rencontre de vraies personnes dans une proximité et une intimité unique.
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Un aperçu de L’adresse
Donc, contrairement à plusieurs artistes de performance, vous n’êtes pas les protagonistes de vos oeuvres. Pourquoi mettre les gens ordinaires de l’avant comme ça? N’y a-t-il pas un risque qu’ordinaire rime avec plate, banal?
À notre avis, non! La raison pour laquelle on travaille avec des « gens ordinaires », c’est qu’il n’y a pas de « gens ordinaires ». On croit que chaque personne est digne d’être entendue, et leurs enjeux méritent qu’on leur porte attention. Tout le monde a une authenticité bouleversante. Notre travail artistique est de la souligner. Il y a une grande richesse dans la simple présence. C’est pourquoi on ne demande pas à nos participants de jouer un rôle, ou de faire quelque chose d’extravagant. Leur perfo consiste en des actions très simples, mais évocatrices, qui révèlent leur personnalité, leur histoire, leur cause.
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Ordinaire oui, mais pas banal
C’est quoi votre prochain projet?
Ça s’appelle L’adresse. C’est une performance ethnodocumentaire présentant 8 citoyens de Côte-des-Neiges, qui vont partager leur perspective sur les enjeux de logement dans leur quartier. Ces 8 citoyens proviennent d’horizons différents et sont entre autres locataires, propriétaires, militants… Ils sont de tous les âges et de toutes les origines.
C’était vraiment important pour nous de présenter des gens qui ont des expériences variées. Durant notre processus de recherche, on a enregistré une trentaine d’entrevues. Notre public va avoir l’occasion, on l’espère, d’en apprendre autant que nous sur ce sujet vital!
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VISIBLE, c’est elles!
Pourquoi avoir choisi de parler du logement? Qu’est ce que les gens ont à raconter sur ce sujet-là?
L’idée originale du projet vient de Karoline Truchon, la directrice scientifique du regroupement Amplifier. Elle et son équipe avaient effectué une ethnographie de proximité qui avait identifié le logement comme étant une préoccupation majeure dans le quartier. Comme elle avait entendu parler de notre dernière oeuvre, Rivières, elle nous a contactées pour qu’on crée une nouvelle oeuvre, présentant des perspectives citoyennes sur le logement. On s’est rapidement rendu compte que c’était un sujet brûlant! La salubrité, la sécurité, la solitude, l’abordabilité, la relation avec l’arrondissement et les groupes communautaires sont revenus souvent en entrevue. C’était dense, vibrant et mobilisant.
Quels défis affrontez-vous dans un projet comme L’adresse?
Ce qu’on voulait éviter, c’est de mettre des gens dans des cases : de victimiser des personnes, ou d’en démoniser d’autres… La situation est beaucoup plus complexe. L’autre difficulté, c’est qu’on travaille avec du vrai monde, avec des vraies vies, et ça devient un vrai défi de coordination! Il faut dire qu’on ne présente pas l’oeuvre dans un musée ou un théâtre : on la présente dans un centre d’éducation situé sur la rue Paré, proche du métro Namur. Travailler dans un lieu non artistique présente des complexités, mais on tenait à présenter l’oeuvre dans un endroit qui était cohérent avec la nature du projet.