Tétreaultville

T’es Montréalais?

-Je viens de l’Est.
-Où ça dans l’Est? Hochelag?
-Non. Vraiment dans l’Est. Tétreaultville.

Pour voir Tétreaultville en image, c’est par ici.

Le Far-Est. T-Town. Le East-Side. Voyez, la dernière station à droite sur la carte de métro, Honoré-Beaugrand? C’est là. Juste de l’autre côté de la 25. J’ai dû répéter ça au moins 100 fois juste dans la dernière année, toujours empreint de ce mélange d’agacement et de fierté. Tétreaultville est une ville très éclectique pour son menu territoire; surtout que depuis 1910, c’est plutôt un quartier. Un quartier à la fois underground et underdog, qu’on apprend à aduler en vieillissant… peut-être un peu ironiquement.

1- La géographie homérique
Tétreaultville se situe au sud d’Anjou et à l’est de l’autoroute 25. De l’autre côté, le quartier est cloîtré par les raffineries et le fleuve St-Laurent borde le bas de celui-ci. Sur une poignée de kilomètres (la superficie de T-Town s’apparente en effet à celle d’Hochelag), l’ambiance se métamorphose dramatiquement alors qu’on passe d’installations pétrolières à un parc naturel énorme, aux rues résidentielles de type « banlieue-sur-l’île » à une voie de service prolongée pour les grandes artères qui bordent Tétreault. Impossible de s’ennuyer devant toute cette grandiose diversité.

2- L’accessibilité ultime
Plusieurs défendent que ce quartier est isolé et distant, mais cela est tout à fait fallacieux. En effet, il nécessite environ 30 minutes de transports en commun pour se rendre au centre-ville à partir de l’épicentre de notre paradis oriental. Pour être plus précis, exactement 17 minutes s’écoulent de la station Honoré-Beaugrand à Berri-Uqam, ce qui représente la longueur exacte de la pièce « The Decline » de NOFX. Très pratique pour les Cegepiens. Les vrais défis surviennent la nuit, lorsqu’il n’y a plus de métro. Tout jeune Tétreaultviliste se doit non seulement de mémoriser ses options d’autobus nocturnes, mais aussi de maîtriser l’art de se réveiller juste avant son arrêt, au risque de se retrouver à Pointe-aux-Trembles à 5hAM. Ça m’est arrivé une fois, plus jamais.

3- Les Raffineries du quotidien
Elles nous ont vu grandir. Nous les avons oubliées. Plusieurs ont fermé, au fil des ans. Les autres continuent de nous border de leurs gaz, fumée et étincelants phares électriques. D’ailleurs, saviez-vous que leur haute colonne munie d’une flamme éternelle sert à évacuer les déchets gazeux de l’usine? Et si le feu est anormalement gros, c’est qu’on a de la misère avec une opération; brûler ces gaz à la sortie les rend un peu moins néfastes. Ça arrive relativement souvent. Très rassurant.

Salutations à mon grand-père Norman qui a travaillé à l’Impérial (ESSO) jusqu’en 1980. C’est lui qui devait entre autres vérifier si les alertes à la bombe près de la machinerie étaient véridiques. Elles ne l’étaient pas.

4- L’épicentre alimentaire
Premièrement, et je ne comprends même pas pourquoi je n’ai pas leadé l’article avec ça, Tétreaultville a vu naître le premier restaurant La Belle Province de l’histoire. La preuve, c’est la photo dans ledit restaurant. 1971.
Sur le même coin de rue, vous retrouverez donc :
– Une Belle Province, patrimoine culinaire et restaurant historique
– Un Dairy Queen, lieu de rassemblement culte et d’échanges estivaux entre paroissiens
– Le restaurant Broadway, style « Diner », où aurait travaillé la glamoureuse comédienne Florence Longpré dès l’âge de 17 ans
– Le Jardin de l’Orchidée, restaurant oriental doté une salle à manger qui ressemble à un vestiaire huppé, mais avec une bouffe décente
– Un Grill Portugais Barroso. Il s’agit de loin de l’assiette la plus impressionnante et princière de Tétreaultville.
-Mention honorable au Double Pizza et au PFK aux coins adjacents.

Qui eût imaginé un rassemblement aussi complet? Nous n’avons rien à envier aux restos du Plateau, ou de Longueil. D’ailleurs, nul n’est vraiment #foodie sans avoir tenté une poutine Belle Province suivie d’un Blizzard DQ sans traverser une rue.

5- La très Belle Rive.
Si vous embarquez sur un skateboard à peu près n’importe où dans notre seigneurie, l’inclinaison d’inspiration San Francisco vous guidera au sud, sur le bord du fleuve. Là se trouve un trésor caché de l’île de Montréal, le parc Bellerive. Pratiquement aussi long (mais pas aussi large) que le parc du Mont Royal, le parc Bellerive est le paradis de la piste cyclable, de l’animation quinquagénaire et du post-rollerblade. J’y ai déjà suivi des cours de pêche et cette tradition se poursuit – il est habituel de distinguer des cliquetis de bières entremêlés à des dialectes de voix graves sur le bord de l’eau.

Fait important à noter, il est possible d’y prendre un traversier pour se rendre aux Îles de Boucherville, l’été. Encore plus important, lorsque j’y suis récemment allé pour photographier ce nirvana côtier, un homme seul faisait voler un hélicoptère téléguidé. Performance artistique tétreaultvillienne.

6- Personnages historiques
Tout d’abord, il y eut le Seigneur Pierre Tétreault. Celui-ci possédait un château sur le bord du fleuve. Le souvenir de ce château désormais démoli reflète maintenant un parc abritant une fontaine jamais fonctionnelle, même pas l’été. Après avoir confirmé avec ma tante, c’est notre famille qui est en possession de la table du Seigneur Tétreault. En effet, ses biens furent mis aux enchères lors de la démolition. D’après moi, nous sommes millionnaires.

Pour ce qui est des autres évènements historiques, une fois Ginette Reno a dit qu’elle allait chanter la messe de minuit dans l’église du prochain prêtre qui allait téléphoner la station de radio où elle donnait une entrevue. C’est nous qui l’avons eue. J’étais un enfant. Maintenant, cette église est le gymnase d’une école secondaire privée.

Cela dit, la personne la plus importante de Tétreaultville à ce jour est sans aucun doute notre députée fédérale, Ève “je pète une coche” Péclet, qui est probablement la seule personne dans le monde qui peut se vanter d’avoir déjà participé à “Un Souper Presque Parfait” en plus d’avoir rappelé à Stephen Harper “qu’on est des adultes, LÀ”. Je suis allé à son BBQ partisan cet été. Elle était dans le gros jus, mais il y avait des burgers végés. Merci Ève. T’es parfaite.

7- Danger d’un bout-de-ligne
On entend souvent que les stations aux extrémités des métros sont dangereuses. Apparemment, il faut se méfier des gangs de rue et des drogues. La fois où j’ai eu le plus peur, c’est quand un enfant de 12 ans m’a demandé si je vendais du pot (what?). Il faut dire que j’étais un jeune cégépien naïf aux cheveux longs-presque-dreads, je comprends sa confusion. Honnêtement, à part sentir un peu la vieille plomberie d’école primaire, ce métro me semble très pur.

8- Périphérie d’un bout-de-ligne
Dès que vous sortez de Beaugrand, vous apercevrez un mini centre d’achat avec une architecture qui rappelle les terrasses du Club Med. Bienvenue au Village Champlain :
– Un Dollar Max, qui a déjà passé au feu, où vous trouverez beaucoup de bibelots et les pires cadeaux de Noël dernière minute (c’est moins pire que le Jean Coutu, quand même)
– Le Pizza Miteux, mieux connu sous son vrai nom « Surprise Pizza », qui nourrit les adolescents téméraires à petit prix. Juste entrer à l’intérieur t’huile la face pour deux jours. Avant, il y avait un graffiti dans la toilette qui disait « Flush deux fois, les cuisines sont loin ». La grande classe.
– La Brasserie Bar Champlain. Je me souviens vaguement que lorsqu’ils ont ouvert cet établissement très douteux, mes parents ont eu peur que ça attire « la racaille » dans le quartier. Le quartier n’a pas vraiment changé, mais c’est vrai que la clientèle est impressionnante. L’âge d’or de ce bar a achevé lorsque les jeudi wet t-shirt sont morts. Je me souviendrai toujours d’une discussion surréaliste avec une des participantes qui m’a avoué faire la tournée des concours de wet t-shirt les soirs de semaine, comme source de rémunération stable. Bref, je n’ai rien de négatif à dire sur la Brasserie Bar Champlain, peut-être parce que les clients réguliers me font un peu peur.

9- Du gros luxe
Impossible de ne pas mentionner qu’à côté de Tétreaultville, il y a la Place Versailles. Ce centre d’achat rétro a gardé sa déco apaisante. Ils ont récemment innové de la meilleure manière possible : une fontaine multicolore qui dessine des fleurs de lys. #bigmoney. Aussi, on est en train de se faire construire une nouvelle piscine municipale. Je m’attends à la fine pointe.

10- Loyer divin
Parlez-en à tous les Tétreaultvilleux, ce petit coin de paradis est abordable. Le fait que ce joyau soit peu connu, et qu’il paraît distant peut contribuer à ces tarifs d’habitation avantageux. C’est un quartier tranquille, esthétique et pratique. Bien qu’il semble un peu glauque par endroits (je n’avais jamais remarqué avant de prendre les photos ci-haut), sa végétation abondante rend tout adepte du calme naturel béat. D’ailleurs, ma mère a un grand 6 et demi lumineux à louer présentement, à côté du métro. Twittez-moi si vous voulez une visite personnalisée, de l’appart ou du quartier. T-Town, c’est dans mes gènes.

PS . Merci à toute personne m’ayant un jour fait un lift jusqu’à Tétreault. Je vous dédie une part de cet article.

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