La ville de la semaine : Ouagadougou

Dans la liste des villes dont le nom fascine, Ouagadougou arrive assez près du sommet, ex aequo avec Tombouctou, Vladivostok et Chibougamau.

Après deux longs séjours dans la capitale du Burkina Faso, petit pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, je peux ajouter que Ouaga, comme tout le monde l’appelle, est une ville facile à aimer.

“Bonne arrivée!”

Les quelques 2,74 millions d’Ouagalais sont des modèles d’accueil. Dans les rues, les “Bonjour!” souriants se succèdent aux rythmes de nos pas, tout comme les “Ne-y yibeoogo!”, l’équivalent en mooré, langue parlée par les Mossis, majoritaires dans la région. Et si la plupart des très jeunes enfants ont peur de notre peau blanche, les plus grands n’hésitent pas nous poursuivre en criant “Nassara, nassara ! (“Le Blanc, le Blanc”) en riant.

On se retourne avec un grand sourire et ils repartent, heureux.

Une fois arrivées à destination, toutes les personnes présentes nous serrent la main en nous souhaitant “Bonne arrivée!”, peu importe si on débarque effectivement de l’étranger ou si on revient simplement de l’alimentation (dépanneur) du coin. Ici, impossible de dire que l’on est ignoré par ses voisins!

Achats en plein air

Besoin d’une casserole, d’une paire de jeans, d’un frigo ou de meubler votre salon? Il suffit de parcourir les goudrons (nom local des rues asphaltées) pour trouver le vendeur approprié sur le bas côté. Sauf dans de rares grands magasins destinés aux expatriés, les achats se font en plein air chez les petits commerçants, qui ont tous leur spécialité.

Tous les prix peuvent baisser avec un peu de négociations. Par contre, pour les denrées alimentaires, ça ne vaut souvent pas la peine… On demande l’équivalent de 5 sous pour un paquet d’échalotes et 25 sous pour une baguette de pain à l’européenne, par exemple. Et la facture d’un honnête plat de riz avec quelques légumes et un petit bout de poisson varie entre 0,66 $ et 1,33 $. 

Poulet télévisé, porcofour et brochettes

En proportion, la viande grillée coûte très cher… Mais elle en vaut amplement le coup!

À commencer par le poulet, dont la variété locale porte le nom de “poulet bicyclette”. Il s’agit d’une référence à leurs mollets développés par les courses folles sur les voies publiques, ou encore à ceux qui les transportent par dizaine, attachés vivants sur un vélo.

Tous les soirs, des centaines de ces volatiles on ne peut plus bio se transforment en “poulets télévisés”, qui grillent en tournant dans des fours vitrés que l’on peut admirer sur le bord des routes. À la demande, ils sont dépecés en quelques morceaux pour être mangés avec les doigts. C’est cent fois meilleur que du St-Hubert!

Un autre plat qui fait saliver est le porcofour, une poignée de morceaux plus ou moins reconnaissables – qui dit oreille, qui dit cartilage, qui dit pied? – de cochon grillé dans des fours extérieurs. Les musulmans (majoritaires au pays) ne sont pas en reste avec la version mouton au four, en plus des cuisses de mouton grillées sur feu de bois et vendues en grosses portions juteuses à tous les coins de rue.

Sans oublier les brochettes – de chèvre, de bœuf, de coeur ou de foie –, qui remplissent bien un petit creux et accompagnent parfaitement les grosses bières locales.

Les maquis “bien ambiancés”

Les Ouagalais aiment beaucoup la bière. Elle se consomme généralement au maquis – les bars en plein air – et “bien tapée”, c’est-à-dire la plus froide possible, tout juste sortie du congélateur. La plus populaire est la Brakina, une blonde à 4,2 % d’alcool – pas plus, le soleil tape fort! – offerte en bouteille de 650 ml. Surtout, ne pas jeter le bouchon en l’ouvrant, car il protège son contenu des mouches et de la poussière ambiante.

Généralement, les maquis ne vendent que des breuvages. Les plus grands sont entourés de vendeurs de viandes grillées qui livrent aux tables. C’est l’occasion de passer un bon moment à profiter de l’omniprésente musique et de l’animation festive du maquis, que l’on dit alors “bien ambiancé”… Encore plus les soirs de match des Étalons.

“Étalons y’a buuuuuuut!”

Comme partout en Afrique, le sport le plus populaire au Burkina Faso est le football européen (soccer). Les Étalons, équipe nationale dont le nom fait référence à un mythe fondateur du peuple mossi, sont une source de fierté pour tous les Burkinabè. “Étalons y’a buuuuuuut!” est le sympathique cri de ralliement de tous les amateurs de ballon rond.

La meilleure façon de s’intégrer aux Ougalais est donc de prendre fait et cause pour les Étalons, en suivant les matchs au maquis après avoir revêtu son chandail officiel, disponible en jaune, vert ou rouge. Après tout, ce n’est qu’à quelques nuances d’un certain bleu-blanc-rouge!

Des pros de la démocratie populaire

Au-delà du football, ce qui rassemble les Burkinabè, c’est leur amour de la justice et de leur patrie, dont le nom signifie “pays des hommes intègres” en langues locales. Ils ont beau vivre dans le 181e pays (sur 187) au bas du dernier classement de l’Indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement, ils nous en remontrent tous les jours depuis un an en matière de démocratie directe.

Le 31 octobre 2014, après seulement une poignée de jours de protestation pacifique, la population a forcé le président des 27 dernières années – qui tentait de modifier la Constitution pour être candidat à sa propre succession – à remettre sa démission. L’élection démocratique de son successeur était prévue ce 11 octobre, mais un régiment de soldats d’élite a tenté un coup d’État quelques semaines auparavant.

Encore une fois, la population s’est levée et a refusé d’écouter le mot d’ordre lui interdisant de manifester son désaccord avec la prise de pouvoir militaire. Les Ouagalais, les mains vides, ont fait face aux balles des soldats – au moins 14 en sont morts –, mais la tentative de putsch a échoué et les élections auront finalement lieu le 29 novembre.

Aujourd’hui, je vis donc au cœur d’une population pleine d’espoir en l’avenir, prête à tout pour défendre la démocratie et la justice sans effusion de sang.

Quand on regarde l’actualité mondiale, c’est une exception bienvenue!

Des désagréments qui s’oublient vite

Évidemment, Ouaga a aussi ses défauts. Le centre-ville est une épreuve pour les touristes, qui sont assaillis par les vendeurs de babioles et les mendiants, jeunes ou vieux. La ville est polluée et souvent anarchique, engorgée dans un trafic monstre et désordonné de 4×4, de motos, de vélos surchargés et de charrettes tirées par des ânes, sans oublier les chèvres et les poules en liberté. Ici, les nids-de-poule sont plutôt des nids d’autruches et la poussière omniprésente prend à la gorge.

Sauf qu’il suffit de détourner les yeux vers le ciel africain d’un bleu irréel, les enfants au sourire grand comme le monde et les femmes si joliment parées d’ensembles de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel pour oublier tout ça… Et repartir faire la fête au maquis!

Ouaga la belle, barka* pour tout!

* Merci, en mooré.

Pour lire un autre texte sur une ville de la semaine: Beyrouth.

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