Métis-sur-Mer

Métis-Sur-Mer, telle qu’on la connaît aujourd’hui, est née de la fusion de deux municipalités. Métis-Sur-Mer (ou Metis Beach) et Les Boules.

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Moi j’ai grandi du bord des Boules, mais là je me suis installée dans le cinquième rang de Padoue, sauf que j’ai le droit quand même d’écrire sur Métis parce mon père c’est le maire et le côté sud de mon rang est peut-être à Padoue mais le nord, lui, est à Métis. Dualité quand tu nous tiens! Ceci est d’ailleurs un excellent sujet amené pour parler d’une ville à double et délicieuse personnalité.

1. Son histoire

Elle a été fondée en 1850 par des Écossais. À la fin du 19e et jusqu’à la moitié du 20e siècle, Métis fut un lieu de villégiature prisé du gratin aristocratique anglophone, on y venait par bateau ou par train, mais pas à la nage pour loger dans un des douze hôtels en bois, ou dans la villa familiale. Aujourd’hui, tous les hôtels sont disparus, détruits ou incendiés, mais les villas restent debout, transmises de génération en génération et amenant chaque été leur lot d’estivants anglophones provenant du Canada anglais, des États-Unis et même d’Angleterre. À tous les mois de mai-juin, les volets s’ouvrent, les pelouses se tondent, le monde commence à se promener en caddy car et en jupettes de tennis et les maisons, qui ont été muettes tout l’hiver, distribuent leur lumière dans les nuits d’été. Combien de soirées avons-nous passées, adolescentes, à parcourir à pied la rue principale (aussi nommée la rue Beach) dans l’espoir de rencontrer un beau petit anglais avec lequel prendre quelques cours de langue… En 2002, Les Boules, municipalité en majorité francophone, s’est fusionnée à Métis-Sur-Mer, mais moi, à mon grand désespoir, je ne me suis jamais fusionnée à un beau petit anglais. Dunkin, je t’ai toujours aimé!!!

2. Son nom

MRC de la Mitis, Métis, Grand-Métis, Petit Métis, Métis-Sur-Mer, Metis Beach, St-Octave de Métis, Jardins de Métis, Rivière Mitis. J’te comprends d’être mêlé! On va régler une affaire tout de suite : le nom Métis n’a rien à voir avec le métissage, ça fait que si l’image de Louis Riel te vient en tête quand tu entends le nom de ma ville, chasse là vite de ton esprit, t’es dans le champ pis on n’a jamais pendu personne icitte! En fait, les Micmacs ont baptisé la rivière Mitisk, qui veut dire soit « lieu de rencontre » ou « bouleau » ou « tremble » parce qu’elle est bordée par ces arbres, le nom Métis est un dérivé de ce mot (ou ces mots, oui je sais, c’est pas clair clair). Donc si tu veux éviter d’irriter les oreilles des natifs, on ne dit pas Les jardins des Métis on dit Les jardins DE Métis, ok? Jardins qui d’ailleurs ne se trouvent pas à Métis-sur-Mer, mais bien dans la municipalité de Grand-Métis juste en bas de St-Octave de Métis. Es-tu moins mêlé là?

3. Le nom de son arrondissement « Les Boules »

Arrondissement… Les Boules… La pognes-tu? Je sais que ça part mal, pareil mauvais jeu de mot, mais ça te permet d’imaginer le nombre de bonnes blagues que tu risques d’entendre quand tu dis « moi je viens Des Boules! » La légende raconte qu’un des premiers seigneurs du coin, John McNider, se serait exclamé la chose suivante en apercevant les amoncellements rocheux devant le village : « Look at the bull, the cow and the calf! » en référence aux fameuses roches du Yorshire en Angleterre. « The bull », ce qu’un francophone qui passait par là aurait traduit par « Les Boules », condamnant ainsi toutes les jeunes femmes issues de cette municipalité à endurer des jokes de mononcles pour des siècles des siècles amen! D’autres prétendent que le nom vient de la forme arrondie des roches, mais entre toi pis moi, c’est trop drabe pour justifier un tel choix.

4. Les partys vidéoclips

Initiative du comité des loisirs de Métis-Sur-Mer, ces incroyables mégas partys, avec écrans géants, lasers et shows de boucane sont en train de devenir un incontournable à Métis-Sur-Mer! À l’Halloween, après le souper spaghetti de février, pendant Métis-Sur-Mer en fête en août ou dans une autre période nowhere de l’année, rendez-vous au centre des loisirs pour te trémousser sur les hits de l’heure tout en essayant maladroitement de répéter les chorégraphies des vidéoclips projetés sur écrans géants. De 7 à 77 ans, y’a pas d’âge pour se brasser gaiement le popotin sur Gangnam Style en compagnie de ses concitoyens. Il vient du monde de partout : Baie-des-Sables, Mont-Joli, voire même Rimouski pour assister à ces soirées endiablées! Attention, par contre, il faut se tenir loin du stage sinon Stéphane, Michel ou Éric risquent de vous envoyer une shot de boucane dans les fesses! Les fonds amassés servent à financer des bonnes causes comme les voyages étudiants des deux écoles et la réfection du toit de l’église!

5. La Tartigou

Ici le fleuve est frette. J’insiste, il n’est pas froid, il est frette. Les enfants ne comprennent pas ça, mais quand tu pognes la trentaine pis que tu commences à avoir mal aux os, la baignade en rivière est plus appropriée. Il y a deux spots très prisés dans le coin. D’abord, il y a la Tartigou à côté du pont rouge. Pour te rendre à la Tartigou, tu prends la grand’ligne pis tu montes. Tu montes, tu montes, tu montes, tu croises le deuxième, tu montes, tu croises le troisième, tu montes, tu croises le quatrième, tu montes encore, tu croises le cinquième, tu montes, tu croises l’autre quatrième, tu montes, tu pognes la gravelle, tu montes, tu croises le sixième, tu montes, tu croises l’autre cinquième, tu montes encore. Un moment donné tu descends pis tu tournes. Là, t’arrives au pont couvert. Le pont Bélanger, il est gris et vert, mais on l’appelle le pont rouge. J’imagine qu’il a déjà été rouge. Là tu te stationnes pis tu marches. Je te referai pas le coup de « tu montes », mais tu marches un bon bout. Finalement, tu débarques à la fin du sentier sur une petite plage de roches qui surplombe une rivière. À chaque printemps y’a un bon samaritain qui fait un mini barrage avec des roches de chaque côté de la partie plus profonde pour que l’eau s’accumule, il fait aussi un mini-spa pour que ta caisse de 24 aussi puisse se baigner. Je le sais pas c’est qui, je le surnomme affectueusement « le gars qui fait les p’tits barrages au printemps », mais je tiens à lui dire merci. Y paraît qu’il y a du monde la nuit qui montent à la Tartigou faire des affaires pas catholiques comme se baigner en bobettes, mais je ne me tiens pas avec ce genre de monde-là.

6. La crique

Pour te baigner, il y’a aussi la crique. Mais pour te rendre à la crique, il faut que tu ailles d’abord jusqu’à Métis, que tu te fasses des amis dans le coin pis qu’eux autres ils te montrent c’est où. Demande-moi pas pourquoi, c’est de même que ça marche. Pour te faire des amis c’est simple, vas prendre une marche sur la grève et sois attentif aux gens qui jasent autour d’un feu. Si tu as un chien sociable, emmène-le, c’est une bonne manière de les apprivoiser. Sinon, un grand sourire et un « bonsoir, quelle magnifique soirée! » devraient suffire. Attends la troisième bouteille de rosé avant de demander c’est où la crique, là t’es certain que tes nouveaux amis vont te promettre de t’emmener le lendemain. Au pire, tu reviens le lendemain pis tu leur fais croire qu’ils t’ont promis ça hier. La crique, c’est plus frisquet. À la crique il y a une chute pis la track passe juste au-dessus. La crique c’est beau comme un mariage nu-pieds, comme un premier baiser sur un bateau qui tangue, comme une fille toute nue dans un champ de foin un soir de pleine lune. Il paraît qu’il y a du monde qui vont jusqu’à la crique la nuit pour faire des affaires pas catholiques comme se baigner en bobettes, mais je ne me tiens pas avec ce genre de monde-là.

7. Le garden party et le cabaret

Pendant la saison estivale, il y a deux moments importants qui ont d’abord été l’initiative des estivants et auxquels les deux communautés participent aujourd’hui. Le garden party est un party de pelouse à la mode anglaise organisé sur le terrain d’un estivant aux profits des églises de Métis-sur-Mer. Ça vaut la peine d’utiliser le pluriel parce qu’il y en a cinq, des églises! Pantalons beiges, robes couleur pastel et sandwichs au concombre y sont à l’honneur. Le cabaret, quant à lui, a toujours lieu la troisième fin de semaine d’août au Town Hall et c’est un spectacle de variété où les talents de chacun sont mis à l’honneur. Au menu : chant, sketchs humoristiques, danse et plus encore. Quand j’étais adolescente, c’était aussi l’une des dernières occasions d’aller reluquer les beaux petits anglais avant de pleurer leur départ. J’en manquais jamais un même si je ne comprenais rien pis que ça me coûtait dix piastres (au profit d’une des 45 000 églises de la ville).

8. Le phare

On raconte qu’avant sa construction, il y a eu de nombreux naufrages à l’anse des morts. Va pas là un soir de brume, si les loups-marins se sont décidés à jaser, tu risques de perdre tous tes cheveux d’un coup. Rares sont les phares dont la lumière clignote encore aujourd’hui. Le nôtre continue de nous faire des clins d’œil grâce aux efforts conjoints de la communauté et de la municipalité. Des fois son mécanisme coince pendant les grands froids, mais il recommence à clignoter au printemps quand la neige fond et que Renaud peut se rendre avec son pick-up pour le réparer.

9. La Dolce vita

Ce qu’il y a de particulier à Métis, c’est qu’on a l’impression d’être en vacances tout l’été. Passer ses samedis après-midi et ses soirées à boire du vin rosé en mangeant des chips au sable pendant que les enfants kickent les carapaces de crabes et collectionnent les coquilles de bigorneaux. Marcher main dans la main ou pique-niquer au soleil couchant. Aller jouer un p’tit neuf trous après son chiffre. Des activités accessibles à moins de cinq minutes de char pendant toute la saison estivale. Métis, ça goûte le crabe pis les Old Duch ripples nature, ça sent l’air marin et les rosiers sauvages, ça touche le sable chaud et le fleuve frette.

10. La vitalité

Tu vas peut-être me trouver quétaine, mais y’a du bon monde par chez nous. Bon, y’a aussi des bienheureux qui vont tirer de la carabine sur les pancartes dans les rangs, mais y’a surtout du bon monde. C’est grâce à ce bon monde-là qu’ici, ça continue de vivre l’hiver quand les villégiateurs s’en retournent chez eux. L’hiver on est six cents pis l’été on passe à deux mille, t’imagines! Mais y’a quand même une bibliothèque, un centre de conditionnement physique, y’a des jardins communautaires, y’a des partys vidéoclips, une fête de village, y’a un souper spaghetti, y’a une mascotte qui s’appelle Frileux et que je soupçonne d’être mon beau-frère, y’a une journée d’activité hivernale pendant la semaine de relâche, y’a un bingo jambon-vin-chocolat (ousque tu cours la chance de gagner du jambon, du vin ou du chocolat), y’a une journée du Père Nowel, y’a des déjeuners tous les dimanches et le plus important : y’a deux écoles et une garderie subventionnée. Ça, c’est le nerf de la guerre pour toutes les petites municipalités en région parce qu’avoir des écoles, ça veut dire avoir des jeunes familles et des enfants, et avoir des enfants, c’est avoir un avenir. Ok, tu peux serrer tes kleenex, merci d’être resté jusqu’à la fin.

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