Malartic

Jadis, Malartic était une petite ville tranquille méconnue de la population québécoise. On devait toujours spécifier que c’était une ville d’environ 3500 habitants, qui se situe à 20 minutes de voiture de Val-d’Or et à 55 minutes de Rouyn-Noranda.

Maintenant, lorsqu’on me demande où j’habite, les gens sont bien fiers de me dire « Ah oui, la ville avec la grosse mine là! ». Bien oui, c’est ça! En effet, depuis 2006, une minière s’est installée. Près de 246 maisons et 6 institutions ont dû être déménagées pour laisser place à un trou béant où l’on extirpera du sol plus de 11 millions d’onces d’or. À Malartic, citoyens et industrie partagent un même territoire. Survol de la vie quotidienne des Malarticois et des Malarticoises.

1. Une ville minière
Avant que la minière se loge à Malartic, on disait de cette municipalité qu’elle était un trou puisque les activités culturelles et sociales y étaient peu nombreuses. Nous devions utiliser notre imagination pour nous amuser. Enfants, nous allions glisser sur les montagnes de résidus miniers abandonnés dans les bois tout près de Malartic. (la « slam » jaune et la « slam » grise). On essayait même de grimper les clôtures pour aller voir les trous causés par les anciennes mines qui ont été en activité à Malartic. C’était dangereux, mais on cherchait des pépites d’or oubliées. On s’amusait aussi à aller jouer sur la sculpture de Jacques Pelletier, une oeuvre érigée pour rendre hommage aux mineurs, située dans l’espace vert à côté de l’hôtel de ville. On s’est amusé sur les vieilles machineries minières exposées devant le Musée minéralogique. Tout près, il y avait aussi la cabine téléphonique (qui n’est plus vraiment utilisée), on passait quelques fois par jour pour s’assurer qu’il n’y avait pas de 25 cents oubliés. Depuis les années 1930, nous en sommes en notre septième ruée vers l’or et cela marque nos souvenirs d’enfance et l’imaginaire collectif.

Maintenant c’est officiel, nous avons le plus gros trou à ciel ouvert du Canada en plein dans notre ville. On estime que dans 15 ans, lorsque tout l’or sera prélevé du sol, la fosse de la mine aura une profondeur de 380 mètres (on pourra y loger la Tour Eiffel!) Cette fosse est protégée par un mur « vert » de 15 mètres de hauteur. En fait, il est plutôt brun, car même en saison estivale, le gazon n’y pousse pas vraiment. L’une des activités communes à Malartic et d’aller prendre une marche ou de jogger sur la piste cyclable le long de cette fosse, que l’on nomme le Parc linéaire. Au bout de la piste cyclable, on peut observer une œuvre d’art insolite de l’artiste Danielle Boutin-Turgeon: un cimetière de poteaux de téléphone où est apposé le nom des rues qui n’existent plus à Malartic ainsi que les numéros civiques des maisons déménagées.

2. La terre y tremble deux fois par jour
On s’y habitue, mais on ne s’y fait pas totalement. Deux fois par jour, lorsque les vents sont favorables, la mine procède à des sautages qui font trembler le sol, les murs et la vaisselle dans nos armoires. Ce sont des secousses pouvant aller jusqu’à 15 secondes où tout s’arrête un instant. On arrête même de bouger. On dit que dans l’église, c’est là que ça brasse le plus. Ici, les sautages miniers on appelle ça des « blastes ». Suite à ces « blastes », il est arrivé de voir au-dessus de la fosse un nuage orange, du dioxyde d’azote. On entend même dans les nombreux salons de coiffure de la place qu’on pourrait offrir aux touristes montréalais de vivre un tremblement de terre en direct lorsqu’ils viendront visiter notre ville. Nous avons aussi un belvédère qui permet aux curieux de voir l’intérieur de la fosse et les gros Tonkas avec des roues de 12 pieds.

3. Le frigidaire à bière du C.J.M.S.
On ne peut pas parler de Malartic sans parler du mythique dépanneur C.J.M.S. Il s’agit d’un minuscule endroit hyper achalandé où le frigidaire à bière fait deux fois (si ce n’est pas trois fois) la superficie du dépanneur. On retrouve toute sorte de bières importées et de microbrasserie. C’est un « must » à Malartic! C’est tout petit, mais il y a deux caisses enregistreuses. Et pour 4$, on te livre ta bière, ton chip ou tes cigarettes directement à la maison.

4. La Lichette, le rendez-vous estival
Dès le premier mai, le « hot spot » de Malartic devient sans contredit La Lichette, le comptoir de crème à glace. Il n’est pas rare de voir des dizaines de personnes, accompagnées bien souvent de leurs chiens, en attente de commander un délice glacé. On peut même te servir la nutritive poutine glacée. Après ça, pour brûler les calories, on fait la Royale, c’est-à-dire marcher sur la rue principale qui prend au maximum 15 minutes à faire d’un bout à l’autre de la ville. Comme nous avons le printemps tardif en région, il est possible de voir les voisins de La Lichette en train de passer la souffleuse à la fin de mois d’avril dans un banc de neige qui ne veut pas fondre.

5. Les bars et la nuit à Malartic

Pour prendre une bière ici, il faut aller au Bar chez Dédé ou au Bar Malartic. Ce sont des tavernes de région typique. La bière n’est pas chère et il y a une série d’habitués. Pour s’imprégner de la place, c’est préférable de se commander une grosse 50. C’est possible de voir des bagarres, il faut juste éviter de parler de mine ou de politique. Après 21 heures, très peu de gens circulent en ville, c’est plutôt désert. Par contre, on peut entendre les cris festifs de ceux ayant pris trop girafes au bar, accompagnés du ronronnement des camions de 240 tonnes qui sont en action de l’autre bord du mur « vert ». On ne peut pas dire que le silence existe à Malartic.

6. La fontaine à savon
Devant l’hôtel de ville, il y a une fontaine d’eau qui y est depuis des lustres. Chaque été, des petits comiques s’amusent à mettre une grande quantité de savon dans la fontaine. Cela produit énormément de mousse, ce qui bloque parfois la vue aux voitures qui passent sur la Royale. La mousse est présente pendant quelques jours et les jeunes de la ville reçoivent un sérieux avertissement de ne plus recommencer cela.

7. Le « crique à marde » et la track de chemin de fer
Il y a un cours d’eau qui divise la ville en deux. L’eau est très brune et parfois nauséabonde. Par contre, ce ruisseau brun est source de jeu pour les enfants. C’est un point de rencontre, dans le sens on se rejoint au crique à midi. C’est une place pour lancer des roches et regarder des objets non identifiés flotter. J’ai même vu des gens essayer de pêcher!  La track de chemin de fer est un peu le « rack à bécyk » de notre ville. Il n’est pas rare d’entendre les jeunes crier je vais t’attendre à la track à 4 heures!  C’est un peu là que se règlent les querelles d’ados. Ce fut aussi une source de plaisir pour les plus jeunes de mettre des sous noirs sur les rails en attendant que le train passe et écrase le métal.

8. Le rond de course
À la sortie de la ville, vers Rivière-Héva, on peut emprunter un chemin de gravier qui nous mène vers le champ de tir, le « pit » de sable, la transmission. Au « pit » de sable, c’est là que se déroulent bien des après-bals de finissants et c’est un endroit où les jeunes amoureux vont y découvrir leurs corps. Dans la transmission (en fait c’est une ligne de transmission de l’électricité), il y a des poteaux d’Hydro, des arbustes et du sable de plage, c’est dans ce bout-là qu’on va cueillir des bleuets en août. En marchant un peu dans le sable jaune, on croise des quatre-roues et des motocross et on peut y découvrir le mythique rocher des cinq voleurs. Une grosse roche au milieu de nulle part qui tient tranquille les enfants pendant que les parents cueillent des bleuets. Au rond de course, on était même censé avoir notre aéroport, mais ce n’est jamais arrivé.

9. Faits inusités

— Il parait que dans l’église, il y aurait une piscine juste pour le curé! Certains l’ont vu, certains s’y sont baignés et d’autres disent que la piscine n’existe plus.
— Ici, nous avons trois quincailleries et une dizaine de salons de coiffure, mais il faut faire 20 minutes de char et se rendre à Val-d’Or pour s’acheter des bas et des bobettes, car nous n’avons aucun magasin à rayon.
— On fait bouger nos vieux à Malartic! Dans le parc du Belvédère, il y a une série de modules pour que les aînés puissent faire des exercices.
— Plusieurs familles passent l’été au Camping de Malartic dans leurs roulottes, lieu situé à moins d’un kilomètre de la municipalité. C’est un comme un petit village à la sortie de la ville.

10. La faune locale
— Dans le temps du Festival western à la fin juin, Malartic se met un décor de bottes de foin et on se prépare à accueillir des dizaines de cowboys. On se rend sur la Royale pour regarder passer la traditionnelle parade western. Ici, la danse en ligne est bien populaire! Je crois que pas mal tout le monde possède son chapeau de cowboy. Et après avoir bien fêté, rien de mieux que d’aller frencher au Parc Lion en habit boomtown (comme le Parc Lion n’existe plus, je parie que les jeunes iront faire de même au parc du Belvédère).

— À Malartic, il y a un hôpital psychiatrique. Cela mène à une cohabitation avec des gens différents et aux modes de vie hors norme. Il est arrivé de voir, très tôt le matin, des personnes en jaquette d’hôpital cherchant à retrouver l’air frais et la liberté. Ce sont des gens amusants qui colorent nos promenades sur la Royale. Des mauvaises langues disent que dans le dernier sous-sol de l’hôpital il y aurait des mi-humains/mi-animaux. On nous accole parfois l’affectueux sobriquet les « malarticulés ».

— Par les beaux dimanches après-midi ensoleillés, il n’est pas rare de voir des dizaines de personnes astiquer leurs chars ou leurs gros pick-up. Ici, les gens sont bien fiers de leurs machines et dans notre coin, on lave ses « bébelles » assez souvent. Faut bien enlever la poussière de mine sur nos véhicules.

Le slogan de notre ville c’est Moi c’est Malartic! Et vous, êtes-vous Malartic?

Malartic en images

Du même auteur