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Las Vegas

Par
Marie Darsigny
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«La ville de la semaine» est un format d’article populaire et récurrent chez Urbania: des habitants du Québec partagent les petits détails qui sont propres à leurs villes natales. S’ensuit alors généralement une bataille dans les commentaires, à déterminer quels éléments ES-SEN-TIELS ont été oubliés dans l’article.

Cette semaine, Urbania vous présente Las Vegas. Lisez les mots d’une fille qui a mis les pieds à Vegas pour la première fois en décembre 2014, sans aucune préparation ni désir particulier pour cette destination. Si vous cherchez des conseils pour profiter de Vegas au maximum, faites comme tout le monde et tapez sur Google «Las Vegas Trip Advisor». S’il vous démange de déclarer que plusieurs destinations auraient été plus appropriées pour échapper au froid Québécois, notez qu’Urbania n’a jamais produit d’article «Ville de la semaine» pour Cuba, Cancun, ou Tulum.

Sans plus tarder, trêve d’expressions semi-journalistiques et semi-blogueuse mode en vacances: je vous présente mon expérience à Las Vegas en 4 points dégoulinant de privilège et d’apitoiement sur mon propre sort.

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L’impulsivité

J’ai vu le film Fight Club beaucoup trop de fois. J’ai toujours souhaité «faire un Edward Norton», c’est-à-dire tout envoyer promener et quitter ma job avec fracas (mais pas nécessairement avec du sang, je refuse de me frapper en plein visage par peur que ça fasse aussi mal que de recevoir des ballons sur le nez en échouant lamentablement au ballon chasseur en 6e année). Le fantasme de quitter sa job, quitter sa vie, et repartir à zéro comme dans une toune de Joe Bocan est encré en moi. Par conséquent, mon activité préférée consiste à compulsivement regarder les LAST MINUTE DEALS sur Expedia et rêver de crisser mon camp. Un beau samedi matin de décembre, je passe à l’action, carte de crédit en main. Las Vegas sera ma destination, puisque ce n’est ni trop cher, ni trop loin, ni trop inquiétant. Expédia me presse de pendre une décision, car il ne reste que ONE SEAT ONLY. Je regarde les photos: les néons de l’hôtel Flamingo sont roses, qu’est-ce qui pourrait m’arriver de mal? J’annonce mon départ à mes parents, mon boss, mes collègues de travail. Je pleure un peu, sans doute parce que je commence à réaliser ma stupidité, ou peut-être encore parce que je me sens libérée. Une question est sur toutes les lèvres: «Avec qui vas-tu à Vegas?» Je ne réponds pas clairement. Je dis que je vais me trouver un compagnon de voyage sur Craiglist, que je vais pleurer dans l’avion et demander à un couple avec un kit de valises Louis Vuitton de m’adopter, que je vais me rendre à la maison de Céline et lui dire que je suis venue de Charlemagne à pieds. Je ne pense pas à grand chose. Je place 5 t-shirts American Apparel et un jeans American Apparel dans un sac à dos en toile American Apparel. Le matin de mon départ, je rajoute 20$ dans mon compte Starbucks, je retire 100$ en argent américain, et je télécharge 3 livres audio de psycho-pop. La base, quoi.

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L’aller

J’aime ça, l’avion. J’aime ça, les procédures. Enlever mes souliers et remettre mes souliers, jeter ma bouteille d’eau avant de passer le poste de contrôle et en racheter une tout de suite après, regarder le Sky Mall à l’aller et regarder le Sky Mall au retour. Pendant le vol, le couple à côté de moi s’achète des wraps au poulet Air Canada à 15$, je demande des refills gratuits de 7Up pour combattre ma faim. Je prends des photos des nuages, je prends des photos du désert. Juste avant de partir, j’ai pensé à regardé la météo. Il me semble avoir toujours entendu que Vegas, c’est le désert, c’est du 100 degrés à l’ombre, c’est du sable sec dans ton suit de latex de Faster Pussycat Kill Kill. Malheureusement, j’apprends que décembre est le mois le plus froid. La face par en bas, je regarde l’écran de Météo Média qui me dit qu’il fera entre 6 et 10 degrés. Cependant, trop tard pour reculer et embarquer sur un vol vers Cuba/Cancun/Tulum. Finalement arrivée à l’aéroport McCarren à Las Vegas, je verse une larme en voyant un palmier. C’est plus fort que moi, j’ai une forte réponse émotionnelle aux palmiers. Discrètement, j’essuie ma larme alors que Gina me demande si je veux qu’elle monte le chauffage du taxi. Je ris: du chauffage, à Vegas? Je lui dis que d’où je viens, il neige. Gina me dit qu’elle aimerait bien visiter le Québec, mais que l’idée de traverser 3 hémisphères lui fait peur. Je pense à mes cours de géographie et je souris: c’est vrai que 3 hémisphères, c’est loin.

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L’endroit

Il fait soleil, mais pas trop. Pas assez pour que mes verres de transition passent au noir. Je souris à une couple de palmiers, je poste un selfie sur Instagram, j’achète des cossins à la boutique du Flamingo à l’effigie du Flamingo. Je pense à ce que je vais faire d’ici à mon check-in, soit dans un bon 5 heures. Voici ce que les gens m’ont recommandé de visiter: le Vieux Vegas, les magasins du Caesar’s, les fontaines du Bellagio. Voici ce que je réussis à accomplir dans mes premières heures à Vegas: me prendre en photo devant une cage en diamants des Pussycat Dolls, collectionner des napkins de chaînes de restaurant inexistantes au Québec, avoir peur en voyant le barman verser de généreuses shots de vodka dans mon Bloody. Avant de quitter Montréal, j’avais discuté avec un collègue de travail de l’absurdité d’aller magasiner dans des centres d’achats à l’étranger. Lors de ma première journée à Vegas, je dépense 200$ au Topshop. Lors de ma deuxième journée à Vegas, je me fais rembourser mon 200$ au Topshop, en marmonnant à propos du taux de change, des crosseurs chez Visa, et du pseudo-drame de gestion d’argent pour la classe moyenne. Le caissier me regarde morver dans ma napkin en brochant mes factures maintenant aussi longues qu’un rouleau de Cotonnelle. Fait digne de mention: l’activité la plus intéressante de mon séjour a couté en bas de 5$: manger mon burger du In N Out. À chaque soir, je me couche en regardant le show de lumières dans la grande roue du Linq. Je commence à avoir ma routine: je compte les nouveaux mariés, je mange des cocktails de crevettes en mentionnant à tous les serveurs que je suis une food critic, je prends des selfies devant toutes les attractions et les non-attractions. D’ailleurs, ici, le selfie-stick est roi. Moi, je me pense modeste avec mon simple selfie de base: discret, juste les yeux et le toupette devant les palmiers. Toupette devant la fausse statue de la Liberté, toupette devant la fausse tour Eiffel, toupette devant la fausse idée que j’ai réussi à échapper ma réalité.

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Le retour

Les fesses posées sur un banc de la chic navette 747 direction Berri, je pense à cet article de Vice, où l’auteure décrit Vegas comme étant la ville la plus déprimante en Amérique. Vegas est peut-être déprimante si on y va seul(e) et qu’on n’aime pas voir les néons éclairer sa solitude. Moi, je ne trouve pas Vegas déprimante. Je ne suis pas surprise par son haut niveau de quétainerie. Oui, j’ai vu des couples partager des drinks de 4 litres, j’ai vu des bachelorettes porter fièrement leur ruban de satin FOREVER FABULOUS IN VEGAS, j’ai vu des joueurs de machines à sous en pyjamas avec des bas dans leurs sandales. Cependant, c’est exactement ce à quoi je m’attendais. Quand on me demande si j’ai aimé mon voyage, je réponds que c’était fabuleux, que je compte vendre mon article au New York Times: Modern Love: My 72 Hour Love Affair With Palm Trees. Mais vous, vous savez la vérité: j’ai quitté le Bellagio après avoir vu seulement une demie chorégraphie de fontaines, pour revenir ici à Montréal et pleurer sur ma Visa ni or ni argent, juste gris sale. Je suis une fausse larme sur la joue d’Edward Norton. Las Vegas?

Ben oui: veni, vidi, et fucking vici.

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