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Le visiteur qui arrive à Lac-Mégantic à partir de l’autoroute 10 et de la route 161 est accueilli à l’entrée de la ville par un temple des Témoins de Jéhovas, un magasin de motos marines, un centre d’achats brunâtre et un immense Canadian Tire. Seul l’hôpital construit dans les années 1950 vient sauver la vue, avec le lac qui s’étend sur 20 kilomètres derrière lui.

J’ai une théorie sur ce désolant spectacle d’urbanisme : les Méganticois sont rusés. Ce barrage visuel n’est là que pour rebuter et renvoyer chez eux les touristes les plus superficiels. Quelques minutes de voiture plus tard, et on se retrouve dans ce que j’appellerais humblement « le secret le mieux gardé au Québec ». Lac-Mégantic est belle et décontractée. Voici 10 choses à savoir sur cette ville.

1. C’est le secret le mieux gardé au Québec (bis)
Avec son immense lac dépourvu d’algues bleues, ses nombreux chalets, sa marina, sa plage publique et ses petits restaurants locaux, Lac-Mégantic aurait tout pour devenir le nouveau Magog ou le prochain Tremblant. Mais heureusement, ici, été comme hiver, vous n’avez aucune chance de vous retrouver coincé dans un bouchon de circulation causé par des voitures de luxe ou de manger dans un restaurant hors de prix. Pourquoi? Probablement à cause des trois heures de voiture qui séparent Mégantic de Montréal et qui découragent les touristes les moins endurcis. Personne ne s’en plaindra. Chut…

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2. Ce n’est pas en Beauce
Combien de fois me suis-je obstinée avec des amis qui affirmaient que Lac-Mégantic était en Beauce? Rectifions ce point une fois pour toutes : bien que je n’aie absolument rien contre les voisins de Saint-Joseph, contre qui joue le Turmel, l’équipe de hockey locale nommée ainsi en l’honneur du garage du même nom, Lac-Mégantic fait bel et bien partie des Cantons de l’Est. Située à une heure et demie passée Sherbrooke, et à trente minutes des douanes américaines dans le nord du Maine, cette petite ville de 6000 habitants est sise bien au fond de l’Estrie. Un adage populaire dit « qu’on ne passe pas par Mégantic, on y va. » Pour ça, c’est vrai.

3. Appelez-la Meg
Selon une observation pas du tout scientifique réalisée auprès de mes proches et de leurs amis de moins de 30 ans, la façon de passer pour un vrai Méganticois branché est de surnommer la ville « Meg ». Attention toutefois de ne pas confondre avec le MEG ou Meg Ryan. Pour avoir l’air cool, vous pourrez ainsi lancer, d’un air indolent : « Je descends à Meg en fin de semaine », « As-tu besoin d’un lift pour Meg? », ou encore, « Meg, here I coooome ». Si vous préférez rester classique, prière toutefois de ne pas dire « je m’en vais au Lac-Mégantic », mais bien « à Lac-Mégantic ».

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4. Le plus beau Dollorama du Québec
Aller au Dollorama de Mégantic, c’est l’équivalent d’une journée relaxante dans un spa. Si l’expérience d’une franchise trop bondée de ce magasin à Montréal peut s’avérer douloureuse, ici, vous êtes accueilli par un bruit de chutes et d’oiseaux (cassette à vendre dans la rangée 4). Non, OK, j’exagère.

Difficile de mettre le doigt sur cette petite touche magique qui différencie ce temple de la cochonnerie à un dollar des autres de la province, mais voici des indices : sa propreté et la largeur des allées. Et le sourire des vendeuses à la caisse. Je vous mets au défi de ressortir les mains vides.

5. Le Mont-Mégantic n’est pas à Lac-Mégantic
Qu’on se le tienne pour dit, le Mont-Mégantic et son fameux observatoire sont situés à une cinquantaine de minutes du centre-ville, de l’autre côté du lac. Pour vous y rendre à partir de la rue Frontenac, la principale, vous devrez passer par de jolis villages tels que Notre-Dame-des-Bois et Val-Racine. Une fois sur place, vous apprendrez que la région est la première réserve mondiale de ciel étoilé.

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Ici, sus à la pollution lumineuse : il y a quelques années, la plupart des résidents, des commerces et des industries des environs ont accepté de remplacer leurs luminaires pour des versions plus éco énergétiques et moins « flashantes ». Au mois d’août, les perséides se comptent ainsi à la pelletée. À votre trentième étoile filante, vous serez à court de vœux.

6. Le mont Mégantic c’est bien, mais le mont Gosford, c’est mieux
Beaucoup moins connu que le mont qui accueille l’observatoire, le mont Gosford est pourtant tellement plus cool. Après tout, le plus haut sommet au sud du Québec a même un magasin de vêtements de plein air à son nom au centre-ville. Est-ce que le mont Mégantic peut en dire autant? De plus, la beauté en haut de Gosford est hypnotisante (par temps clair, on y aperçoit le mont Washington) et la randonnée de quatre ou cinq heures se fait dans des petits sentiers où vous ne risquez pas de croiser grand monde, à part un lièvre, deux renards et peut-être trois randonneurs.

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7. Le Meg-Side Story
Comme toute ville qui se respecte, Lac-Mégantic a ses quartiers bien distincts. Deux paroisses séparent l’endroit fondé en 1907 : Saint-Agnès et Notre-Dame-de-Fatima. On m’a dit que, dans les cours d’école primaire des années 1990, on traitait les habitants de Saint-Agnès de « snobs » et ceux de Fatima de « poils », cette dernière étant un quartier historiquement ouvrier. Ce printemps, il a été décidé que l’église Sainte-Agnès, qui abrite une verrière néogothique provenant d’une église de Londres, serait rénovée grâce à une campagne de financement visant à recueillir 1,2 million de dollars. Quant à Fatima, elle sera fermée. Et si son sort reste encore incertain, il est question que la bibliothèque y soit déménagée. À suivre.

8. La deuxième meilleure patate frite au Québec
Dans sa vie, tout Méganticois digne de ce nom a mangé au moins un hot-dog moutarde chou et une patate frite de chez Ti-Bi, là où l’on sert encore les liqueurs dans des bouteilles de verre avec une paille. L’année dernière, la chaîne Historia a organisé un concours pour déterminer quel resto était « le Roi de la patate » au Québec. La petite cabane de la rue Laval est arrivée deuxième après Cantine Bolduc, de Sainte-Marie en Beauce. Un autre lieu gastronomique incontournable? La Berge glacée, juste à côté du barrage (là où le lac se déverse et devient la rivière Chaudière). Ici, vous ne serez jamais jugé parce que vous commandez une « p’tite molle deux couleurs twistée din décorettes » à 27 ans.

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9. Un entracte au cinéma
Comme l’a déjà si bien dit une amie de ma sœur en visite à Lac-Mégantic, la façade du cinéma local rappelle celle d’une « cabane à sucre espagnole ». Ce n’est toutefois pas ce petit détail hispano-architectural qui distingue le mieux l’endroit des autres cinémas de la province, mais plutôt l’entracte qui a longtemps été offert aux cinéphiles.

Une pause à la moitié du film coupait la projection en deux et les spectateurs en profitaient pour faire le plein de popcorn, d’orangeade et de nachos au fromage. Pas fous, les proprios… Malheureusement, cette tradition s’est perdue il y a quelques années et si l’envie vous prend d’un refill de réglisses, vous devrez faire comme partout ailleurs et manquer les quelques minutes cruciales de votre long-métrage.

10. Un trésor s’y trouverait, peut-être
En 1775, le colonel américain Benedict Arnold et son armée, partis du Massachusetts pour se rendre à Québec afin d’attaquer les Anglais, est passé par des lacs dans le nord du Maine, le lac Mégantic et la rivière Chaudière. Les bateaux d’une compagnie de 75 soldats ont fait naufrage dans la rivière et la légende dit qu’avec eux a coulé un trésor : des pièces d’or destinées à payer les paysans canadiens en échange de nourriture. Dans les années 1920 et 1930, des cultivateurs de la région ont retrouvé des balles sur leurs terres. Et un fusil et une épée de cette même expédition forment maintenant les armoiries de la ville. Quant à l’or, il n’a jamais été retrouvé. Mais qui sait, il y a peut-être vraiment un trésor au fond de cette rivière qui traverse la Beauce.

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