Lac-Drolet

Depuis que Lac-Drolet a reçu la sacro-sainte visite de l’équipe de la Petite Séduction, Louis Morissette a supplanté l’enfant chéri local Peter MacLeod dans les wet dream des filles du village. Deuxième offensive montréalaise pour mettre mon village sur la map. 

1. Sacrée Montagne
«Passer par le Morne», expression consacrée à Lac-Drolet, consiste à entrer au village en passant à travers la montagne. C’est le raccourci des téméraires, celui qui te fait gagner un bon 10 minutes, au risque d’y perdre un muffler et d’y scraper une transmission. On se doit aussi de monter ledit Morne, passage obligé de tout touriste ou petit cousin en visite, pour admirer la vue imprenable au sommet. Un petit promontoire y est juché, duquel on joue à nommer les lacs aux noms que l’on espère injustifiés : Lac des Rats, Lac des Araignées, et même l’introuvable Lac de la Veuve – celui que l’on feint avoir spotté dans un soubresaut convaincant.

2. On ne peut pas sortir le Lac du Lac-Drolet
En région, la grosseur du lac de ton village détermine généralement ton niveau de snobisme (n’est-ce pas, Lambton ?). À Lac-Drolet, on n’est aussi pas peu fier de notre grand gaillard de lac, vaste et beau, qui compte deux îles (la Petite et la Grosse), quelques algues bleues et un comité citoyen dont le nouveau membre, l’une-des-Beautés-du-Banquier, fait beaucoup, beaucoup, beaucoup jaser. Un lac où se côtoient l’été pyrotechnie amateure, feux de camp trop volubiles et p’tits énervés en sea-doo qui se font regarder de travers à la Cantine. Son plus grand secret reste la plage des Belles-Vues, où enfant, on allait se baigner en cachette, une plage privée au sable blanc et aux femmes de la ville, à ce qu’on raconte, parfois topless… Une enfance bercée par Bleue Nuit a le don de transformer une banale ride de pédalo en chasse aux tous-nus.

3. FestiDrolac : le nom le dit
Je suis friande de généralités rurales, et je crois sincèrement qu’en campagne, on tend à être plus festif qu’en ville : disons qu’on a le chapiteau plus facile et la kermesse tatouée sur le coeur. Impossible de faire la baboune lors de la semaine Plaisirs d’hiver de Lac-Drolet, où les sleigh-ride à Tit-Couette nous replongent tout droit dans l’univers des Filles de Caleb. Mon coup de cœur va par contre au FestiDrolac, qui se targue d’être « le festival qui célèbre le lac et l’été », soient les deux symboles les plus puissants du bonheur sur Terre. Le fait que les jeux de poches et de fers côtoient une « séance d’arrosage avec les pompiers du village », décuple ton sentiment d’invincibilité et d’amour de la vie, et tu te sens un peu comme si tu pouvais croiser Roberto Benigni dans le tournant en face de l’OTJ.

4. Notre Jourdain

La « Source » est un lieu sacré à Lac-Drolet : située à l’entrée du village, son eau est pure et éternelle, et la foule y afflue, le petit matin de Pâques venu, pour y remplir des deux litres de Pepsi bien rincés.  J’ai souvent entendu les gens la qualifier de « trop pure », comme quoi, à Lac-Dro, on ne prend pas nos nappes souterraines pour d’la p’tite bière. La légende de Marie-Louise « la Sauvagesse » (tel qu’écrit dans le livre du centenaire, entre guillemets, parce qu’on sait vivre) y est souvent associée : sœur cadette d’une famille « d’Indiens » (moi aussi j’suis capable), elle avait des dons de guérisseuse. Elle y puisait son eau, devenue miraculeuse entre ses doigts, pour guérir les malades venus de partout.

5. Ludgine : ça s’prononce comme ça s’écrit
À Lac-Drolet, on est fort sur l’étiquette: soit tu viens du village, sois tu viens d’un rang. Passer de l’un à l’autre ne se fait pas sans heurt : ça t’prend une bonne raison (convoler en juste noce, mettons) et une bonne capacité d’adaptation (tu trouves que les maisons sont vraiment collées mais au moins, tu peux aller manger une crème molle au dépanneur à pied). Je suis née dans la Ludgine, tout en côtes à pic et en courbes musclées au détour desquelles j’ai pris mille bèches en vélo. Pour l’histoire, Ludgine, dans toute la disharmonie de sa prononciation, vient du beaucoup plus joli « Eugénie », du nom de la rivière qui la sillonne. Eugénie, c’est le nom d’une vieille femme amérindienne qui serait morte de froid sur ses rives lors d’une tragique partie de chasse.

6. Des puces et des Lions
Lac-Drolet semble échapper à la mythique rivalité Chevalier de Colomb vs Lions, puisque les membres sont pour la plupart les mêmes. Les Lions ont quand même le capital de sympathie un peu plus élevé (pas autant que les Fermières avec leur livre de recettes dactylographiées, par contre) grâce à leur vente de garage annuelle, qui se tient au Garage municipal. C’est la vente de tous les possibles, celle où l’on peut facilement compléter son kit d’assiettes à fondue et espérer y trouver un Riopelle, parce que les ventes de garage servent surtout à nourrir l’illusion qu’on est tous à un Stradivarius près d’enfin avoir le lousse de s’payer le cinéma maison ET le divan en L.

7. Sans point ni coup sûr mon oeil
Mon village en est un de tournois. L’annuel « Tournoi de hockey-bottine » de Lac-Drolet, c’est du sérieux : avant son admission à l’école de l’humour, même notre enfant chéri, Peter MacLeod, s’y inscrivait. J’en fais d’ailleurs longuement le tour dans ce conte directement tiré de mon enfance.  L’été, c’est plutôt lors du « Tournoi de balle donnée » (le petit frère encore plus moumoune de la balle-molle) que les sportifs de salon mettent le nez dehors. S’y inscrivent des équipes sous deux catégories aux noms sans équivoque : « Compétion », pour les plus coriaces, et « Pour le fun », où les coups de circuit sont plus rares mais oh ! combien applaudis.

8. Notre granit, c’est pas d’la p’tite garnotte
Le Granit, c’est notre matière première à nous, celle qui unit tous les Droletois et les Droletoises de par le chic de leur comptoir. On lui même érigé son propre musée à même la béance d’une ancienne carrière : la Maison du Granit. Si son architecture cossue et carrée détonne un peu, elle a au moins le mérite d’avoir tenté de casser sa noblesse en accueillant, dans les années 90, une couple de pièce de théâtre d’été. La Basilique même de Saint-Anne-de-Beaupré est construite de notre granit, de même que l’Oratoire St-Joseph, ce qui explique sûrement pourquoi les mères de Lac-Drolet ont encore la neuvaine facile.

9. Missel’n Gospel
Imposante et déserte, l’Église de Lac-Drolet surplombe la rue Principale. Bien qu’elle ne se remplisse qu’à Noël ou lorsqu’une messe est chantée en l’honneur du défunt d’une grosse famille, elle compte toujours de fidèles serviteurs dont Cécile, la vaillante Sacristine. La désertion des églises ne saurait effrayer le nouveau curé du Village, l’abbé Ghislain, l’Africain le plus dans l’jus de la MRC du Granit – il doit répandre sa bonne parole dans plus d’une demi-douzaine d’Églises de la région. Il s’est donné pour mission de faire rimer foi et fun, en tentant tant bien que mal de pimenter ses messes avec des grooves un peu jazzy qui avaient le don d’irriter ma traditionnelle grand-maman. Taper dans ses mains pour mieux élever notre cœur et le tourner vers le Seigneur, oui, mais à quel prix ?

10. Rien à voir avec Pocahontas

Deux mentions de Sauvagesse ne viennent jamais sans trois lorsqu’il est question de mon village, et je dois dire qu’en omettant la Squaw, je m’exposais à un courroux sans nom. La Squaw de Lac-Drolet vivait dans la Ludgine, dans la côte la plus périlleuse, dans une vieille maison délabrée et hantée. Femme armée à la mèche courte, la Squaw ne laissait personne marcher sur son terrain (la route), pêcher dans sa rivière (la très publique rivière Eugénie) et s’en prendre à ses « arbres » (les poteaux dans lesquels les gars d’Hydro montaient parfois) sans les menacer de son gun à plomb. Inutile de dire que la SQ s’en est mêlée, et que la petite maison est maintenant condamnée. Puisse sa répartie iconoclaste alimenter les légendes urbaines de son nouveau patelin…

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Lac-Drolet en images

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