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Si je m’avançais pour dire que Cap-au-Renard est à ce jour – et pour les prochains aussi – le plus petit village à être consacré « Ville de la semaine »? Si petit n’égalait pas perdu et désolé? Intrigué? Lis ce qui suit!
(Pour voir Cap-au-Renard en image, c’est par ici)
Cap-au-Renard : village entre parenthèses, parce que La Martre, c’est BEAUCOUP plus grand! Village entre parenthèses, ça sonne chinois? La prochaine fois que tu sors de chez toi (pour plus de 20 km), remarque bien les pancartes vertes le long des grandes routes qui annoncent les municipalités. Tu pourras y découvrir de nombreux villages écrits sous le nom principal, entre parenthèses. Ça s’appelle : fusions municipales!
1. Cap-au-Renard, ah ouiiiii, je suis passé par là!
Non! Dans ton tour de la Gaspésie, tu t’es arrêté à Rivière-au-Renard qui, lui, est l’entre parenthèses de Gaspé. Cap-au-Renard, c’est environ à 200 kilomètres à l’ouest de Rivière-au-Renard, près de Sainte-Anne-des-Monts. Où c’est Sainte-Anne-des-Monts? Tiens, voilà une carte, c’est plus simple.
Cap-au-Renard, c’est à peu près le seul village de La Haute-Gaspésie que tu ne vois pas en passant sur la 132, puisqu’il est situé en grande partie sur le cap, côté mer. Tu montes la côte sur la 132, tu roules sur le plat une minute et tu redescends la côte… tu viens de passer le village!
2. Cap-au-Renard, c’est là qu’il y a la commune! T’habites dedans?
Je disais donc que le village est côté mer, mais il y existe une petite gang de gens qui habitent dans les terres, ceux que les moins avertis appellent « la commune ». Rectifions un peu les faits, parce qu’il me semble aberrant qu’en 2013, un projet collectif soit nécessairement associé à une commune de tous nus! Oui, oui, on voit bien votre sourire en coin quand vous prononcez « la commune ».
À Cap-au-Renard, au milieu des années 2000, des jeunes motivés ont acheté une terre afin d’y établir leurs demeures. Oui, « leurs » au pluriel, comme dans « ils n’habitent pas tous ensemble dans la même chambre ». Le projet : un éco-hameau où seraient construits des bâtiments écologiques qui serviraient de maisons aux quelques familles qui pourraient, à terme, venir s’y établir. De même, en disposant d’une terre comme celle-là, ils pourraient en faire profiter d’autres initiatives, comme la Coopérative de solidarité du Cap. La Coop opère notamment les jardins situés sur la terre de l’éco-hameau et d’autres activités agroalimentaires et environnementales. Sa mission : permettre à ses membres de créer des emplois de proximité en cohérence avec des valeurs d’environnement, de solidarité et d’autonomie.
3. Cap-aux-Renardiens – Cap-aux-Renardiennes
Selon mon plus récent recensement maison, le village compte une soixantaine d’habitants, dont près de 50 % se situent sous la barre des 40 ans. Remarquez, on n’a rien contre les plus de 40 ans, bien au contraire – ils sont aussi nos amis, mais il faut bien avouer que notre situation démographique a quelque chose de particulier dans un Québec vieillissant. La plus jeune Cap-au-Renardienne a deux ans alors que le plus vieux… eh bien ce n’est pas de vos affaires! L’important, c’est que tout se beau monde se rassemble, que ce soit au « bar » chez Bert ou encore dans les soupers potluck tous plus animés les uns que les autres.
D’une généalogie à géométrie variable, le village est composé de familles d’origine, notamment les Vallée (3 souches différentes, c’est ce qu’on m’a dit!) et les Lévesque. Puis, s’en sont venues des familles de nouveaux arrivants… dont les premiers sont arrivés il y a près de 40 ans. Des noms comme Lafargue, Charland-Lallier ou Beau-Ferron… ça ne sonne pas du coin trop trop (désolé, les amis)!
4. Cap-à-le-Renard
Réglons les choses une fois pour toutes : on écrit Cap-au-Renard au singulier. Pas d’histoire de Cap-aux-Renard (ici, on n’est pas sûr, donc on ne prend pas de chance) ou de Cap-aux-Renards; le cap est fidèle à un seul renard. Sur ce point toutefois, si on réfère au renard comme étant l’homme qui habitait en réclusion, les légendes s’affrontent. Qui était-il? Qu’a-t-il fait? De quoi animer nos soirées de contes à la chapelle. Remarquez, si on pense plutôt que le nom réfère au renard l’animal, je dois bien avouer qu’en 4 ans et demi, je n’ai effectivement aperçu qu’un seul renard au Cap. Plausible!
5. La chapelle du Cap
Située au centre du village, mais pas au point le plus haut, notre chapelle est bien jolie. Elle provoque parfois les « affrontements » : sera-t-elle laissée sur le bardeau grisonnant ou la repeindra-t-on en blanc, comme à l’époque? Le tout se règle dans la bonne entente entre concitoyens qui consentent à lui garder son charme d’antan. La chapelle, c’est plus souvent qu’autrement un de nos lieux de rassemblement. Le comité « Cap-au-Renard en couleurs » la fait vivre par ses activités artistiques et culturelles : exposition de dessins d’enfants, Fête des récoltes, contes et spectacles de musique ou de danse. Il faut bien l’animer, parce que comme dans bien des villages, on se partage le curé, et ce, juste l’été.
6. Cap-au-R’nard sur la map!
Urbania dit : « pas de name droping pour vos articles », mais qui n’enfreint jamais les règles? Rendu célèbre par le conte du « P’tit Jésus de Cap-au-R’nard » de Patrice Michaud et par la présence de la comédienne Louise Portal comme citoyenne à temps partiel, notre village est un terreau fertile aux âmes artistiques. La preuve : trois romans écrits avec le village pour décor, un conte délicieux sur notre p’tit Jésus trop musclé sur la croix, une artisane verrier reconnue pour ses lampes et ses bijoux, un court métrage produit sur les grandeurs natures organisés dans la forêt, une sculpteure, une multitude de citoyens motivés et impliqués dans des projets d’arts visuels et d’arts de la scène et la présence de notre grève dans un livre sur les plages et les grèves de la Gaspésie. Tout ça avec une bonne couverture médiatique : non mais, hein?! Soixante habitants… ça en fait des artistes au mètre carré!
7. La plage des tout nus
À ne pas confondre avec la soi-disant commune de tantôt, la plage des tout nus, m’a-t-on dit, est le secteur accessible, à marée basse, depuis la grève où se trouvent les chalets et, à marée haute, depuis la 132, à l’embouchure du ruisseau Vallée. On dit « plage des tout nus », mais je n’en ai point vu jusqu’à maintenant. Il faut dire que s’étendre sur les galets, vêtu de son plus simple élément, pour une éventuelle baignade dans une eau qui ne se rend sûrement que très rarement près des 10o C, ça me semble peu invitant! On préférera alors les feux de grève où l’on cuisine sur le bois, habillés normalement!
8. Cap-au-Renard en pancartes
Notre village entre parenthèses s’est doté de pancartes dignes de son esprit créatif pour bien se démarquer des pancartes vertes phosphorescentes du ministère des Transports. À l’entrée et à la sortie du village, de grandes structures de bois représentant une chapelle, ornées de bois de grève et d’un renard de métal en guise de girouette, annoncent fièrement les limites est-ouest du Cap. Beau travail! Bien que village tranquille, Cap-au-Renard n’est pourtant pas à l’abri des vandales. Effectivement, non seulement une des pancartes fut vandalisée – à deux reprises, oui, oui – mais les renards de métal furent emportés. Qui a dit que nous n’avions aucun aspect urbain?! Ha, ha!
9. La Cantine « Le petit Renard 2 »
À la limite est de l’avenue de la Chapelle, notre rue principale, se trouve la cantine du village. En Gaspésie, tout bon village a sa cantine. Chez nous, elle s’appelle « Le petit Renard 2 » et est opérée de mère en fille. Vous comprendrez donc que la mère de France, l’actuelle propriétaire, opérait « Le petit Renard », point, pas de 1. Qu’est-il advenu de « Le petit Renard »? C’est maintenant un bâtiment qui sert de « shed à bois », patrimoine bâti du village. Tenue par France, Marie-Claude et parfois Maryse, la cantine actuelle est reconnue pour son cipaille du dimanche. Entre poutines, pizzas et hot-dogs, se dresse met traditionnel délicieux et très viandeux. Toujours accompagné d’un dessert cuisiné par nos hôtesses, le cipaille hebdomadaire est un rendez-vous à ne pas manquer, dans cet autre lieu de rassemblement très prisé par les habitants du village.
10. Cap-au-Renard a fait élire un maire!
Pour finir avec un sujet d’actualité relié à nos élections municipales toutes récentes, Cap-au-Renard a fait élire un maire. Pas le maire de la parenthèse, non, non, le maire du village auquel nous sommes fusionné : La Martre. Quels projets notre nouveau maire réservera-t-il à notre municipalité? À suivre…
Bref, pour en finir avec une note à peine poétique, celui auquel tu n’aurais pas a priori porté attention est en fait un village dynamique, rempli de belles personnes qui ont à cœur de le faire vivre, de le forger et de renouveler encore et toujours sa saveur particulière. Très prisé, situé dans un lieu entouré des éléments naturels forts et même pas sur le bord de la 132 en plus de ça, je vous dis que « le Cap », de son p’tit nom, a tout le statut d’une ville de la semaine!