La tournée d’Émilie : distribuer abris et repas dans la rue

Quand les personnes itinérantes ne vont plus vers les ressources, les ressources vont à elles

« Donner un ticket de 1500$ à une personne en situation d’itinérance, c’est un peu contre-productif. Ça contribue à leur stigmatisation sans finalement changer rien parce c’est pas un ticket qui va qui l’encourager à respecter les normes de distanciation sociale. »

Dans les bureaux de l’organisme Plein Milieu, rue Saint-Denis, la travailleuse de rue Émilie Roberge déplore l’ émission récente de contraventions à des personnes en situation d’itinérance, sous prétexte qu’elles ne respectaient pas les règles de distanciation physique. Des amendes salées, s’élevant à 1546$.

La nouvelle avait soulevé l’ire de la population sur les réseaux sociaux et celle des organismes d’aide aux personnes qui vivent dans la rue, dont Plein milieu. 

La situation n’est pas simple actuellement (elle ne l’est jamais en fait) pour les sans-abri. De peur de contracter le coronavirus, plusieurs personnes itinérantes refusent d’aller dans les refuges pour éviter les risques de contagion. Selon les dernières statistiques disponibles, sept itinérants avaient contracté le virus à Montréal et l’un d’eux est décédé.

En plus des risques de propagation, les grands refuges ont dû réduire leur nombre de places pour faire respecter les mesures de distanciation  imposées par Québec. Parallèlement, la Ville a ouvert quelques centres d’hébergement d’urgence de jour, notamment au parc Jeanne-Mance ou au marché Bonsecours, en plus d’avoir réquisitionné des hôtels et un ancien hôpital pour accueillir des sans-abri malades.   

Malgré tout, plusieurs itinérants préfèrent garder leur distance, loin des ressources disponibles. C’est dans ce contexte que l’organisme Plein milieu redouble d’ardeur pour aller vers eux, en leur distribuant de l’aide alimentaire et désormais des abris. 

« Ça permet aux gens de se mettre en sécurité tout en s’isolant », explique Émilie Roberge, au sujet des petites tentes à une place offertes depuis quelques jours seulement. 

« C’est difficile de dire à des gens habitués d’être en communauté et d’être ensemble de garder ses distances. Ils n’ont pas les moyens de respecter ces règles-là. »

Le projet de tente a été accueilli avec tiédeur par les autorités, qui craignent que ces campements improvisés ne deviennent à leur tour des foyers de propagation. Citant l’exemple de Toronto et Victoria qui ont approuvé des zones de campement, Plein Milieu aimerait que des sites soient désignés par la Ville et que les policiers se montrent indulgents à l’égard de cette population particulièrement vulnérable.

En attendant, Émilie Roberge et ses camarades vont continuer à sillonner leur quartier pour aider leur clientèle, déjà hypothéquée par plusieurs problèmes autres que la crainte d’attraper la COVID-19.

«  C’est difficile de dire à des gens habitués d’être en communauté et d’être ensemble de garder ses distances. Ils n’ont pas les moyens de respecter ces règles-là », résume Émilie, qui trouve contradictoire l’idée de rester chez soi quand t’as pas de chez-toi. 

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