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La société, ce n’est personne en particulier

14 mai 2014
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Le monde, les gens, la masse, la société, les robots… personne ne se sent vraiment concerné lorsqu’on commence une phrase de cette façon. Nous nous croyons tous uniques et assez réfléchis pour ne pas faire partie de ces groupes auxquels, apparemment, bien des gens appartiennent. Cette semaine, je vous propose pot pourri de réflexions qui ne concernent personne.

On dit que tous les garagistes sont malhonnêtes, pourtant tous nos amis nous réfèrent le leur comme étant le meilleur. Personnellement, j’ai déjà dit à mon garagiste que je lui faisais confiance. Il est dans le métier depuis longtemps et il explique très bien les choses. (Le genre à te comprendre quand tu imites les bruits bizarres de ta voiture) Il a une bouille sympathique et j’ai réellement l’impression qu’il essaie toujours minimiser mes coûts à chaque visite. Malgré cette confiance que je lui accorde presque aveuglément, il m’a quand même convaincu d’acheter des pneus d’hivers à 700 dollars (précisons que ma voiture m’en a coûté 1500) et chaque fois que je vais faire la rotation de mes pneus, il y a un clou dans l’un de ceux-ci que l’on doit faire réparer pour 25 dollars. Je ne sais pas quelle est la fréquence normale pour les vis et les clous qui rentrent dans les pneus, mais la dernière fois, j’ai eu un petit doute. C’est vrai que je trouvais que le pneu se dégonflait un peu, mais parfois, je me demande si je devrais quand même vérifier.

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Quand il arrive malheur à une personne âgée, comme les deux dames qui se sont fait frapper par un camion la semaine passée sur Chateaubriand, je suis envahi d’une grande tristesse. Quand tu as réussi à surmonter toutes les épreuves d’une vie et qu’il ne te reste qu’à profiter de tes journées avec de vieilles amitiés à boire du café et jouer aux cartes, finir écrasé par un camion semble une mort bien plate et inutile. Même si la personne ne meurt pas sur l’impact, se briser un os ou avoir une commotion cérébrale à 70 ans, c’est plus pénible à surmonter que lorsqu’on a trente ans. Il me semble que les deuils associés à la perte de capacité de notre corps sont déjà suffisamment lourds à porter sans, en plus, avoir à se soucier des dommages causés par des accidents de trop.

On dit que tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, mais dans ce cas là, permettez-moi d’en douter. Parfois, il n’y a rien à apprendre des malheurs qui nous arrivent.

La plus belle chose qu’on m’ait dite dans la vie venait justement d’une personne âgée, mon grand-père. Quand il était à l’hôtel-Dieu, la dernière fois que je l’ai vu vivant, il m’a dit :

« Je ne suis pas inquiet pour toi »

J’ai toujours su que j’allais bien m’en tirer dans ma vie, mais parfois, quand le chemin qui nous appelle est un peu différent, les gens autour de nous sèment le doute et nous font presque croire que c’est plus sécuritaire de faire comme tout le monde. D’ailleurs, tout le monde, c’est qui au juste? Qu’est-ce que faire comme tout le monde? Il me semble que j’ai toujours eu l’impression chacun de nous faisait quelque chose de différent.

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Personne ne se sent vraiment concerné quand on parle de la société ou de la masse en général, pourtant c’est d’un commun accord que certaines conclusions peuvent être tirées sur certains groupes.

Par exemple, on dit que les gens qui déménagent en banlieue qui achètent une belle maison, une belle voiture, qui ont des enfants et qui se tapent le trafic des ponts pour aller travailler dans la grande ville sont pris à la gorge avec les paiements. Ils sont obligés de faire de longues heures et ont plus de soucis financiers que ceux qui ont choisi un confort moindre. Ils ne dorment pas la nuit et sont plus angoissés que les artistes affamés.

Toutefois, bien peu de gens qui demeurent en banlieue lèveraient la main et diraient :

« Hey, c’est tout à fait moi ça ! »

À moins que je ne me trompe, personne ne s’attend à rien de nous, à part nous.

D’ailleurs, la semaine dernière, quand je vous demandais vos trucs pour être plus productif, il y a eu plus de commentaires m’incitant à faire la paix avec mon improductivité que de conseils pour la stimuler. Nous sommes les seuls à pouvoir donner une notion de ce qu’est être productifs dans notre vie. La productivité de l’un peut être l’inertie de l’autre et vice versa.

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C’est preuve que nous sommes tous dans le même bateau et qu’il n’y a pas vraiment de recette miracle pour accomplir de grandes choses. Peut-être qu’il faut moins forcer les trucs et se dire que les gens agissent quand ils sont prêts, à leur propre rythme. Certains sont plus lents, d’autres plus vites, mais la meilleure manière de faire les choses demeure la nôtre.

Les dépendances socialement acceptables sont parmi les plus dures à se départir. Beaucoup de gens regardent trop la télévision, l’internet et leur téléphone. (Personne ne se sent visé par contre.) C’est considéré comme normal et l’on a tous l’impression que l’on peut arrêter quand on veut. Se discipliner pour la télé en gardant sa télé dans le salon pour le cinéma du vendredi, c’est comme un alcoolique qui garde de l’alcool à la maison pour les invités. On se permet toujours une petite demi-heure comme on se permet une petite gorgée. Ce n’est jamais vraiment les invités qui finissent les bouteilles.

Tous ceux qui se départissent d’une dépendance ne semblent jamais le regretter, mais encore faut-il admettre que c’en est une. Quand l’alcool était illégal, c’était plus facile pour un alcoolique de savoir qu’il avait besoin d’aide. Maintenant que c’est permis, on peut boire tous les jours sans être alcoolique et on peut écouter la télé tous les jours sans être dépendant. Nous sommes la première génération à passer notre vie devant les écrans. Qui sait peut-être que plus tard, il y aura des lois qui définiront ce qu’est une consommation malsaine.

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Parler des gens avec des généralités, des stéréotypes et des perceptions, c’est comme ne parler de personne, c’est comme ne rien dire.

Faire comme tout le monde, c’est faire à sa propre manière, car c’est en réalité ce que tout le monde fait.

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