La série « Living with yourself » : un ovni avec Paul Rudd à son meilleur

Quoi « binge watcher » en fin de semaine.

Living With Yourself est une nouveauté disponible sur Netflix depuis quelques semaines. Un simple coup d’oeil à la bande annonce suffira pour faire apparaître un grand « ?! » dans vos têtes. Vaut-elle la peine? J’aurais tendance à dire que oui. Juste assez champ gauche pour être intrigante et juste assez accessible pour avoir envie d’en voir plus, Living with Yourself nous amène ailleurs. 

Ça parle de quoi?

Miles vit ce qui a l’air d’être une dépression. La motivation lui manque, il se sent profondément malheureux, voire insatisfait de sa vie alors qu’il a tout pour être heureux. Sa femme tente de l’aider, mais il a une fâcheuse tendance à l’autosabotage. Un jour, un collègue lui parle d’un spa spécial qui rend heureux. Seul hic, le traitement coûte 50 000$.

À bout de son état de malheur, il décide d’y aller. Malheureusement pour lui, une «erreur médicale» fera en sorte qu’il se retrouvera dédoublé. Deux Miles, un à son pire et l’autre à son meilleur devront alors se battre pour la même vie et…pour la même femme! 

Le mot clé : surprise

À la manière de Maniac ou du film Be Kind and Rewind, l’univers dans lequel on nous plonge est très similaire au nôtre à l’exception de quelques avancées scientifiques qui ne font pas partie de notre quotidien encore, en l’occurrence le clonage. Que feriez-vous si vous deviez vous battre avec un clone meilleur que vous pour garder votre vie? Celui-ci est d’ailleurs à votre image, il n’est pas dangereux et ne vous veut pas de mal. Puisqu’il n’y a aucune réponse précise – ni aucun précédent – à ce genre de question, chaque épisode est une surprise.

Que feriez-vous si vous deviez vous battre avec un clone meilleur que vous pour garder votre vie?

J’ai été très amusée par l’aspect « tournage à petit budget » qui ressort à certaines scènes. Le décor du fameux « spa », la scène où il doit sortir de terre emballé dans du plastique, etc. La réaction banale de certains personnages à l’existence du clone est aussi très drôle. De multiples oeufs de Pâques ont d’ailleurs été placés dans le scénario pour nous faire sourire. Par exemple, vous y trouverez une réponse potentielle à savoir comment ça se fait que Tom Brady joue encore au football à 40 ans. 

Le message

La série touche à une panoplie de thèmes très actuels comme la santé mentale et la fertilité, tout en adressant avec humour le culte de la performance et de la perfection. Miles a accompli ce qu’il devait accomplir. Il est marié, il vit en banlieue, il a un bon emploi et beaucoup de reconnaissance pour ses performances, mais il a tout de même l’impression que sa vie lui échappe. Il rêve d’écrire un scénario, mais le ne fait jamais, il veut des enfants, mais repousse sans cesse son test de fertilité, bref, il se sabote. Ses motivations à ne pas faire ce qu’il devrait faire, tout comme les causes précises de son laxisme, restent dans le non-dit

On le voit être misérable et c’est à nous d’en tirer nos conclusions au point que ça peut même être frustrant. Pourquoi est-il en train de laisser sa vie lui glisser des mains? Cette question est un des nerfs de la guerre de notre époque actuelle (si on fait partie des privilégiés ). Dans un monde où on peut tout avoir, comment fait-on pour reconnaître ce que l’on veut vraiment? Comment fait-on pour éviter le piège de la prise pour acquis? Pour aimer longtemps? Pour être heureux profondément et pas seulement sur papier? 

Ce sont justement ces apartés comiques et surréalistes qui font que la série vaut la peine. 

En payant pour un traitement, Miles choisit la facilité, l’instantanéité. Le traitement est une pilule du bonheur, mais on ne vous indique pas son prix réel. En devenant cette meilleure version de lui-même, il se libère aussi de tous les défauts et contradictions qui le définissent. Il se déshumanise et il se robotise parce que c’est ce que sa perfection est : une version époustouflante, mais sans relief de l’humain complexe qu’il était. 

Ceci étant dit, le scénario m’a laissé un peu sur ma faim. Les questionnements soulevés sont profonds et actuels, mais ils ne sont pas toujours abordés ainsi. On laisse parfois tomber des pistes intéressantes qui auraient gagné à être développées, au profit de trames narratives plus convenues comme la relation des deux Miles avec leur femme Kate (Aisling Bea). Les personnages des enquêteurs qui soupçonnent des activités anormales de clonages sont savoureux, j’en aurais pris beaucoup plus. Même chose pour les deux scientifiques du Happy Spa qui deviennent de plus en plus louche au fil des épisodes. Ce sont justement ces apartés comiques et surréalistes qui font que la série vaut la peine. 

Paul Rudd à son meilleur

Paul Rudd est l’acteur parfait pour ce genre de rôle puisqu’il est l’équivalent masculin de l’archétype de la fille d’à côté : il est hautement relatable, on imagine tout de suite qu’on peut être son ami. Très bon à jouer des personnages introspectifs avec une tendance morose (This is 40), il est tout aussi bon lorsqu’il incarne des personnages à tendance comiques (Ant-Man). Dans Living With Yourself, il nous montre l’étendue de sa polyvalence et se transforme de scène en scène. 

Sous forme de 8 épisodes qui tournent autour de 30 minutes, la série s’écoute très bien en quelques jours. Si elle ne vous renverse pas, je peux au moins vous garantir qu’elle vous surprendra. 

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