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URBANIA et la Société des arts technologiques [SAT] s’unissent pour explorer le futur des événements live.
Trente ans après sa création, la Société des arts technologiques échappe toujours à une catégorisation fixe. Fidèle à sa mission, elle continue d’exister comme espace à mi-chemin entre salle de spectacle, laboratoire, centre de création, lieu de formation et point de rencontre nocturne. Les formats s’y superposent et s’y transforment au fil du temps.
Mais de quoi aura l’air le divertissement collectif dans 30 ans? C’est la question à laquelle tente de répondre la SAT. Dans le cadre de Futurs Antérieurs, un événement visant à célébrer les trois décennies de l’institution, on s’est entretenu avec des artisans qui s’affairent à repenser notre manière de faire le party.
Pour Jenny Thibault, directrice générale de la Société des arts technologiques, cette identité s’inscrit dans une continuité plus que dans une transformation radicale. Dès son arrivée à Montréal, la SAT était déjà associée à une forme d’effervescence. « C’était vraiment un lieu où découvrir l’écosystème local, les grandes tendances », raconte-t-elle. « On y venait pour sortir, pour danser, pour assister à des DJ sets, sans forcément connaître la programmation à l’avance. Le fait que c’était à la SAT était un gage de qualité en soi. »
Cette relation au public s’est maintenue, tout en prenant de l’ampleur. La SAT continue d’accueillir des têtes d’affiche internationales, mais aussi des artistes émergents, des collectifs locaux et des propositions plus expérimentales.
« On ne présente pas juste des headliners, on programme aussi des artistes en démarrage », dit-elle.
Cette logique dépasse évidemment le champ musical pour s’étendre à l’art numérique et aux expériences immersives, structurées notamment autour du mythique Dôme, qui permettait une expérience immersive à 360 degrés bien avant la Sphere de Las Vegas.
La directrice générale insiste sur la dimension collective de ces dispositifs. « Le Dôme a été construit en 2012, donc depuis presque 15 ans, on propose des expériences immersives. Mais on n’est pas dans la réalité virtuelle : on est vraiment dans les expériences collectives où la technologie amplifie les contacts humains. Quand tu vas voir un spectacle, ça peut être vivant et vibrant, d’être avec plein de gens pour vivre un moment intense. Les arts vivants apportent ça. On essaie de transposer cette fusion collective à l’ensemble de notre programmation artistique », explique-t-elle.
En ce sens, la Société des arts technologiques est un lieu où on repense le futur de la fête et de la performance artistique.
« C’est important de se remettre en question », estime Mme Thibault. Le lieu occupe aujourd’hui une position intermédiaire dans le paysage culturel montréalais, entre scène institutionnelle et espace indépendant. « On est dans le mainstream de Montréal, dans le Quartier des spectacles, mais on présente quand même des artistes de la relève », résume-t-elle.
« J’aime dire qu’on est un middle ground. »
Cette position s’appuie aussi sur un modèle organisationnel particulier. La SAT est un OBNL indépendant, financé en partie par ses revenus propres. « Quand tu achètes un billet ou une bière à la SAT, c’est réinvesti dans la mission », explique-t-elle. Cette structure soutient une activité qui combine diffusion, formation, recherche et vie quotidienne du lieu.
Le producteur et VJ montréalais Martyn Bootyspoon est un acteur important de cette transmission.
« C’est un des rares endroits où rien n’est caché : la technologie utilisée est comprise comme étant une partie intégrante de la performance », dit-il. « Tu peux y faire un atelier sur le storytelling immersif ou le mappage audio et, quelques semaines plus tard, y revenir pour pousser ces mêmes idées à leur limite durant un show dans le Dôme. Ce genre de circularité est très rare et précieuse. »
Son propre travail s’inscrit dans les mêmes valeurs que celles de la SAT, où il s’est d’ailleurs produit plusieurs fois, aussi bien comme DJ que comme VJ. Ayant un background en motion design et en programmation, Martyn conçoit le VJing comme une performance en temps réel, proche du DJing.
« Les éléments visuels peuvent être préparés en amont, soit par moi ou quelqu’un d’autre, mais leur impact dépend entièrement de leur activation dans l’instant. Le vrai travail, c’est comment tu joues en live », explique-t-il. « Le timing, la retenue, savoir quand pousser dans le tapis ou quand complètement se retirer, c’est ce qui produit le plus grand impact. »
En 30 ans, le quartier a bien changé. Les lofts créatifs abordables d’antan ont été remplacés par de luxueux gratte-ciels, et la jeunesse créative de Montréal a dû se disperser. La SAT est donc devenue l’un des rares endroits où les talents, quels qu’ils soient, peuvent venir expérimenter.
« On est rendu un lieu de diffusion important. C’est le cœur culturel de Montréal, selon moi, le Quartier des spectacles. Le cœur culturel du Québec, même, étant donné toutes les institutions culturelles qui s’y trouvent », dit Jenny Thibault.
« Mais il faut avoir le droit de créer, puis le droit à l’erreur, puis de prendre des risques. Qu’on ne soit pas juste dans la culture mainstream qui veut faire rentrer de l’argent. On a le droit d’avoir des lieux qui sont un peu plus dans la contre-culture, où on prend des risques artistiques. »
Au fil des témoignages, une même idée revient : la SAT fonctionne comme un lieu de fabrication culturelle autant que de diffusion. Les œuvres s’y développent dans le temps, les outils y sont testés en conditions réelles, les disciplines s’y croisent sans chercher à se stabiliser définitivement. La Société des arts technologiques porte bien son nom, estime la directrice générale.
Les célébrations des 30 ans de l’institution ont démarré le 8 mai et se tiendront tout au long de l’année, proposant expériences immersives, expositions, formations, musique, arts visuels et ateliers d’initiation.
Alors qu’elle s’apprête à souffler ses 30 bougies, la SAT ne déroge pas de sa mission et souhaite prolonger ce mouvement constant qui la définit depuis ses débuts.
Entre diffusion, expérimentation et transmission, elle continue d’agir comme un point de convergence où on expérimente avec les formes de divertissement culturel de demain. Si l’on en croit Jenny Thibault, c’est un lieu qui, en misant sur le collectif, le risque et l’hybridation, entend rester un terrain d’essai pour imaginer ce que pourra améliorer l’expérience partagée.
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Pour vous procurer vos billets pour Futurs Antérieurs et découvrir la programmation complète des 30 ans de la SAT, rendez-vous sur son site Web.
Car au-delà de la musique, la danse, le théâtre, les arts visuels et même la gastronomie s’y côtoient dans des formats hybrides. Ayant une importante vocation citoyenne, la SAT organise régulièrement des événements gratuits et des ateliers pour petits et grands, en plus de proposer une offre et une programmation culinaires au Café SAT ou encore à sa Buvette sur le toit. De plus, la SAT est l’une des seules salles à Montréal à disposer d’un permis d’alcool prolongé, ce qui permet au public d’y danser jusqu’à 6 h du matin.
Aux étages supérieurs, le travail de recherche et développement prend une forme plus technique. Des équipes y conçoivent des outils liés à l’immersion collective, allant de la spatialisation sonore à des systèmes interactifs en passant par des dispositifs de captation et des environnements ouverts aux artistes. Une partie de ces technologies est développée en open source. « L’idée, c’est de donner aux créateurs une boîte à outils pour créer des expériences interactives et immersives à peu de frais », dit-elle. Cette démarche s’inscrit dans la mission de la SAT de partage des ressources et de circulation des savoirs.
« [Ce croisement multidisciplinaire] se voit annuellement pendant MUTEK, bien sûr, mais c’est tout au long de l’année qu’on sent que la SAT a une équipe passionnée au sens artistique affûté, qui se consacre à présenter notre monde musical et culturel aux Montréalais avec une attention sans pareil », dit le producteur local Jacques Greene. Ayant joué dans des clubs à la fine pointe de la technologie partout dans le monde, il estime que « c’est une cohabitation de l’aspect club et salle de spectacle/lieu culturel sans pareil. Il y a peu de lieux qui m’ont offert autant de moments d’introspection que de crowd surfing. »
Ami de longue date de Martyn Bootyspoon, Jacques Greene se produira avec lui en format back-to-back le 6 juin, dans le cadre de Futurs Antérieurs. Cet événement est organisé dans le cadre des 30 ans de la SAT, où 30 artistes investiront les trois étages de l’immeuble pendant trois jours. La DJ et productrice française Flore sera aussi de la partie ce soir-là. Première femme certifiée formatrice Ableton en France, elle donnera également un atelier sur le programme de production.